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À l’approche de la fête de Tabaski, on croise des petits groupes de moutons un peu partout dans la capitale

Les jardins publics, les rues, les abords des voies publics et les alentours des services publics. Aucun espace libre n’est épargné par les vendeurs ambulants de ces ruminants. Cela n’est pas sans nuisance au cadre de vie.

Des groupes de moutons à travers la ville de Bamako destinés à la vente. Cela en général ne pose aucun problème si toutefois ce bétail est gardé dans des endroits destinés à cette activité. Le quartier ACI 2000, en commune du district de Bamako est l’un des quartiers les plus chics de notre capitale. C’est aussi le plus grand centre d’affaires abritant les plus grands immeubles. L’une de ses places emblématiques « le Rond-point de l’obélisque ou « Bougie ba », est devenue un marché à bétail en cette veille de fête. Compte tenu de son statut de quartier huppé, fréquenté quotidiennement par des personnes riches, c’est un cadre propice pour la vente, donc visé par ces marchands de moutons.

Situé sur le boulevard Kwamé N’Kruma qui mène au Rond-point de l’obélisque, le siège de la Banque nationale pour le développement agricole (BNDA), côtoie un petit troupeau de moutons broutant paisiblement la verdure environnante. A notre arrivée sur place, nous sommes accostés par un homme. Mais un intermédiaire qui nous met en contact avec le vendeur. Il veille sur quatre moutons dont un mâle et trois femelles avec des agneaux. En lui demandant pourquoi le choix de ce lieu pour garder ces bêtes, il a répondu avec désinvolture que même si les moutons ne broutent pas, ces fleurs seront mortes car elles ne bénéficient d’aucun soin. En plus ces moutons passent la journée dans cet espace mais passent la nuit dans le parc automobile en face. D’après lui, au temps de feu Amadou Toumani Touré qui a initié ce projet de parterres, personne n’osait faire cette pratique.

Awa Sangaré est employée d’une société de la place qu’on a rencontré sur les lieux. Elle ne trouve pas cela normal. Pour elle, ces espaces sont faits pour rendre joli le paysage. « Je trouve que ce n’est pas un endroit pour attacher les moutons qui vont les brouter tout en salissant l’endroit. En cette saison de pluie, il se dégage une odeur nauséabonde. J’espère qu’une solution sera vite trouvée » espère-t-elle.

Un peu plus loin mais cette fois dans le jardin public en face de la Caisse nationale d’assurance maladie, (CANAM), nous sommes abordés par un deuxième vendeur avec deux gros béliers de la race tchadienne. Il affirme que ces moutons se nourrissent des herbes de cet espace vert aménagé. Dans le même espace que le précédent, avec un enclos aménagé pour la garde d’un nombre important de bétail destiné à la vente, sont tous vendus sans exception pour la fête, aux travailleurs des sociétés environnantes. Un passant, visiblement d’ethnie peulh parlait tout seul. Il était triste pour les conditions du bétail car ils sont affamés et assoiffés toute la journée. Ils ne peuvent pas manger les herbes et les fleurs auxquels ils sont attachés. « Même en voyant leurs crottes on se rend compte qu’ils ne mangent pas à leur faim, déplore-t-il en tant que connaisseur. Le gardien des moutons non moins celui qui s’occupe de ce parc, attiré par notre conversation s’est approché et nous a affirmé que ce sont des commandes des travailleurs des sociétés environnantes et de quelques passants. En effet il vend des moutons sur commande qu’il amène de Ségou et plus de la moitié a été achetée par les travailleurs de la CANAM. Tous autant qu’ils sont, ils sont tous vendus. « Je les fais sortir le matin dans ce jardin pour qu’ils puissent marcher et avoir un peu d’air frais. Le soir je les amène chez moi qui se trouve à quelques pas d’ici où ils pourront manger et passer la nuit. Concernant l’hygiène de l’endroit, il assure  s’occuper de cette partie et qu’avec les services d’entretiens, ils ont convenu qu’après la fête ils mèneront une action de nettoyage de la zone. Interrogé sur l’impact de son activité sur l’environnement, Il accuse surtout les ânes et d’autres animaux en divagation qui dégradent plus les jardins.

La trentaine révolue, Abdel Rahamane Sy est né et grandi à Hamdallaye. Il a vu et participé à la mise en place de ces espaces verts. Il trouve désolant le fait que ces espaces soient occupés par les moutons aujourd’hui. Pour lui, ces endroits jouent un grand rôle dans la société au-delà de l’aspect esthétique. Ce sont des endroits de retrouvailles qui accueillent diverses générations et aussi des couples mariés qui viennent immortaliser leur moment. Tout cela contribue à la cohésion sociale.  « Il y a des maliens qui aspirent au Mali coura mais qui gardent toujours ce même genre de comportement en amenant leurs bétails dans les jardins », regrette -t- il. Il interpelle les autorités à prendre leur responsabilité face à ce phénomène en période de fête et à sensibiliser les uns et les autres à arrêter ces pratiques. Pour Oumar Coulibaly, fleuriste du Groupement d’intérêt économique (GIE), dénommé la « Verdure », la garde prolongée des moutons peut avoir des impacts sur les gazons de ces espaces contrairement à un parcage à court terme. Le piétinement, l’urine et les excréments sont des choses de nature à jouer sur la croissance du gazon. Le gazon doit être entretenu, taillé périodiquement et régulièrement et cela dépend de la saison. Pendant la saison pluvieuse si les herbes ne sont pas taillées elles poussent, c’est pourquoi les gens profitent pour mettre les animaux pour qu’ils broutent un peu.

Pour Mahamadou Ouologuem, directeur général adjoint de l’Urbanisme et de l’Habitat, l’occupation des parterres aménagés pour une capitale surtout l’ACI 2000 qui est l’un des quartiers chics de la capitale, n’est pas une bonne chose. Un espace vert ne saurait être transformé en parc à bétail, dénonce-t-il. Avant de poursuivre que dans nos outils de planification, il est prévu des espaces dédiés aux espaces verts, des espaces dédiés aux places publiques des espaces pour les parcs à bétail. « Malheureusement aucune différence n’est faite par ces marchands de moutons à la recherche du jack pot », déplore Mahamadou Ouologuem

Anta CISSÉ

Source: L’Essor