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Les principaux conférenciers étaient: Dr Massambou Sacko, représentant, le resident de l’OMS au Mali; M. Najoum Diarra, chargé des maladies non transmissibles au ministère de la Santé; Mme Diallo Ramata, présidente de l’Association de Lutte Contre le Tabagisme et l’Alcoolisme (ALUCTA) et Dr Coulibaly du Programme de Lutte contre la Tuberculose.

Le thème retenu cette année pour la célébration de la journée mondiale sans tabac est le Tabac: mortel sous toutes ses formes. Le choix de ce thème s’explique par le fait que les industriels dans le domaine du tabac ont plusieurs cordes à leur arc. Face aux luttes des associations et organisations anti-tabac, ils ont voulu changer de méthode dans la fabrication du tabac afin que leur produit soit de plus en plus comestible.

LA RECHERCHE DU PROFIT

Mais le seul souci pour l’industrie du tabac est resté le même: la recherche du profit. Le thème de la Journée mondiale sans tabac de cette année, à savoir « Le tabac: mortel sous toutes ses formes« , intervient fort opportunément et vise à sensibiliser les consommateurs et les décideurs aux effets extrêmement nocifs de l’utilisation de tout produit du tabac et à la nécessité d’une réglementation stricte de tous les produits du tabac, et pas des seules cigarettes. Le thème retenu est également lié en partie aux articles 9,10 et 11 de la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la Santé pour la lutte anti-tabac, relatifs à l’indication de la composition et des émissions des produits du tabac et de la fumée de tabac, et à l’étiquetage trompeur des produits du tabac.

LES TENEURS EN GOUDRONS ET NICOTINE

Les recherches menées dans des pays développés tels que le Canada et les Etats-Unis montrent qu’un pourcentage important de fumeurs croient à tort que les cigarettes « à faible teneur en goudrons » contiennent de faibles quantités de goudrons et de nicotine, et que ces cigarettes seraient donc moins nocives que les cigarettes ordinaires. Ces recherches montrent également que l’introduction de ces variétés de cigarettes a dissuadé de nombreux fumeurs de cesser de fumer, en leur offrant une « incitation » pour adopter plutôt des cigarettes qu’ils croyaient à plus faible teneur en goudron et/ou en nicotine. La sensibilisation à la terminologie et aux marques trompeuses devrait être un objectif fondamental de tous les pays de la région.

L’adoption des cigarettes légères ne se traduit pas par la réduction du risque de contracter une maladie associée au tabagisme. Le seul moyen de réduire d’une manière significative le risque de développer et finalement de mourrir d’une maladie associée au tabagisme est de cesser de fumer. Les décideurs doivent donc interdire l’usage, y compris dans l’étiquetage des produits du tabac, de termes trompeurs comme « à faible teneur en goudrons« , « légères« , « aromatisées au chocolat« , « naturelles« , ou encore « aromatisées aux fruits« , et le recours à un étiquetage « aux couleurs attrayantes ».

LES ASTUCES DES PRODUCTEURS

L’emballage du tabac est un support publicitaire crucial dans la promotion des marques de cigarettes dont on voudrait faire des symboles de raffinement, d’endurance, de hardiesse, de féminité, de masculinité et de bien d’autres symboles encore. Ces symboles ont une forte influence sur les adolescents qui fument, parce que ceux-ci sont encore à la recherche de leur identité. Inversement, les emballages des produits du tabac peuvent servir à décourager l’usage du tabac lorsqu’ils comportent des mises en garde contre les effets nocifs du tabac ou lorsqu’ils sont présentés sous un format ordinaire.
Une photo vaut mille mots”, dit-on. Il semble en être de même pour les mises en garde sur les emballages. Les recherches menées montrent que les fumeurs sont bien plus sensibles aux mises en garde tablant sur le choc des photos qu’aux mises en garde écrites, les premières poussant de nombreux fumeurs, notamment ceux qui ne savent pas lire, à cesser de fumer.

LE NOMBRE DE FUMEURS NE CESSE DE CROÎTRE

Selon les statistiques fournies par le bureau régional de l’OMS en Afrique de l’Ouest a travers son Directeur, le Dr Luis. G Sambo, il y a actuellement plus de 1,3 milliard de fumeurs dans le monde, dont la moitié finira par être tuée par le tabac. Le tabagisme est aujourd’hui la deuxième cause de décès la plus courante à l’échelle mondiale. Il tue un adulte sur dix à travers le monde, soit 5 millions de personnes par an.
Selon les projections, si les tendances actuelles de consommation de tabac se maintiennent, le nombre de décès dus au tabac devrait atteindre 10 millions par an d’ici 2020, et 70% de ces décès surviendront dans les pays en développement.

PREVALENCE DE L’UTILISATION DU TABAC

Les données disponibles montrent qu’en 2000, la prévalence de l’utilisation du tabac était de 29% chez les hommes adultes et de 7% chez les femmes adultes dans la région africaine. L’industrie du tabac bat en retraite devant la réglementation stricte en vigueur dans les pays développés et se repositionne dans le Sud pauvre, créant de nouvelles difficultés pour les pays en développement.

Les cigarettiers continuent de diversifier leurs produits par une variante des campagnes de lancement de nouvelles cigarettes « légères« , « douces » et « à faible teneur en goudrons« , qui ont connu un succès au XXème siècle, donnant ainsi des assurances fallacieuses au public en leur offrant, avec ces nouveaux produits, l’illusion de la sécurité. Ils continuent de berner leurs anciens et nouveaux clients de manière de plus en plus insidieuse, en leur vantant et en leur proposant de nouveaux produits aux noms évoquant la santé, parfumés aux fruits ou présentés dans des emballages plus attrayants.

Les questions des journalistes ont porté sur la place réservée par le gouvernement dans sa politique de luttte contre le tabagisme dont les conséquences constituent de nos jours des problèmes de santé publique; les limites de la loi n°-041 du 7 août 1996 etc.

Selon M. Najoum Diarra du ministère de la Santé, l’Etat accorde une place importante à la lutte contre le tabac. A cet effet, un plan national de lutte contre le tabac est en cours d’élaboration. Le document est en ce moment au cabinet du ministre de la Santé pour son enrichessement.

Le département en charge de la Santé a également demandé à l’Assemblée Nationale la relecture de la loi n°-041 du 07 août 1996 qui interdit toute publicité sur le tabac, sa consommation dans les endroits publics…

Daba Balla KEITA

1ar juin 2006.