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Le Peul, métis de père arabe et de mère soninké, comme l’affirme le mythe, est partout chez lui sur le continent, d’Est en Ouest, de Nord au Sud, qu’il soit pasteur, chasseur, pêcheur ou commerçant.

C’est le trait d’union entre les Africains, et c’est de l’Egypte que viendrait le mot Fellah. Les Libyens antiques, qui donnèrent un très grand nombre de Pharaons, n’étaient-ils pas des Peul?

Un des plus grands pharaons ne s’appelait-il pas Sankara ? Plus d’un fut surpris d’entendre, il y a quelques jours, dans un publi-reportage d’Africable, citer les Peul parmi les ethnies du Togo.

Houphouet Boigny ne dit-il pas, à l’occasion d’une campagne pour le développement de l’élevage, dans les années 80 : “Il faut que la Côte d’Ivoire ait ses Peul”?

Vincent Monteil, le célèbre africaniste déplorait la facilité avec laquelle le Peul abandonnait sa langue et ses coutumes au profit de celles du voisin, que celui-ci fût Malinké, Sonrhaï ou Haoussa.

Et l’on pourrait y ajouter les Bambara, les Sénoufo ou les Bamiléké. Du moins a-t-il su, par l’endogamie, préserver les traits physiques et moraux de l’ethnie, ce que deux dictons illustrent en disant : “Le teint noir n’empêche pas d’être Peul” et “Le petit point noir ne fait pas partie du lait”.

Le Peul est si loin d’inspirer la méfiance que le poème suivant lui a été composé par les griots, en bambara : “Qui est plus beau que le Peul? Qui est plus brave que le Peul? Qui est plus pudique que le Peul?” On pourrait ajouter à ces qualités la fierté, humilité, l’Islam et le civisme.

La première est attestée par l’écrivain Mamadou Doucouré dans son livre sur les ethnies du Mali quand il écrit que le Peul ne sent jamais inférieur à son vis-à-vis, même quand il est vêtu de haillons…

Les deux qualités suivantes vont ensemble, et concernent par exemple les disciples coraniques, qui mènent une vie de mendiants, alors que leurs parents peuvent être millionnaires !

Par civisme, il faut entendre un penchant fort pour la civilisation et la paix, qui n’exclut pas un sens chevaleresque aigu qui fait que les duels à mort font partie des principales valeurs de cette ethnie.

Comme le Bozo régnant sur toutes les eaux douces de la sous-région et ravitaillant les populations en poisson, c’est le Peul qui garde toutes les vaches du continent, les siennes et celles du paysan, et fait boire du lait à tous.

Et comme le Soninké, qui est devenu “sanankau” (cousin à plaisanterie) à tous parce qu’il domine le commerce, qui ne va pas sans les longues négociations, dans les villes, le Peul est un héros civilisateur qui transforme la brousse en “wérè”, un mot qu’on traduit par “parc”, faute de mieux.

Si le Malinké et le Bambara ont donné leur langue à tout le pays, le Peul a supprimé la brousse et chassé la vieille terreur qu’elle inspirait aux hommes. Non seulement les fauves le fuient, mais il répugne à enlever l’enfant rencontré seul, contrairement aux Bédouins.

Si les Peul ont des esclaves, ils les ont achetés au marché et ils sont devenus captifs de case (wolosso). L’Assemblée Générale de Tabital Pulakho qui se tient à Bamako ces jours-ci, si elle est composée de Peul, s’en tenant au legs ancestral, fera nécessairement du bon travail.

Quant à A Soninké, l’Association Soninké qui vient de naître, elle est la bienvenue, ainsi que toutes les association ethniques du Mali, pays de paix, creuset des peuples.

I. KOITA

17 février 2006.