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La loi fondant le système éducatif du Mali est votée en 1962 et le projet éducatif se caractérise par la réalisation d’infrastructures scolaires, la formation et le recrutement d’enseignants, la fourniture d’équipements et de manuels scolaire
s.

L’accès à l’école augmente de façon continue. A la fin des années soixante, près d’un tiers, des garçons et un cinquième des filles vont à l’école, trois fois plus qu’en 1960. Cet essor est interrompu par le coup d’Etat de 1968 et les années soixante dix sont marquées par la première crise du nouveau système éducatif.

La violence à l’ecole

La dévalorisation de la fonction enseignante et la répression du corps enseignant par le régime militaire, les retards de salaires dus à la crise économique (sécheresse quasi-endémique et mauvaise gestion) sonnent le glas de la réforme de 1962. La ruralisation de l’enseignement instituée en 1980 instaure l’augmentation du financement des écoles et les privés, en même temps des moyens didactiques de base.

La crise du système éducatif se manifeste par les grèves des élèves, étudiants et enseignants. D’abord localisées et spontanées en 1970 et 1972, les mouvements prennent en 1976-1977 et 1980 une forme plus structurée et politisée, et se heurtent à la répression du régime militaire en place. Abdoul Karim Camara dit Cabral, leader de l’Union Nationale des Elèves et Etudiants du Mali (UNEEM) est assassiné le 17 mars 1980.

Un unique syndicat des enseignants, le Syndicat National de l’Education et de la Culture (SNEC) est réprimé par le Comité Militaire de Libération Nationale. Dès lors, le syndicat d’enseignants et l’associations des étudiants passent sous le contrôle du pouvoir en place, le premier en s’inféodant au parti unique, l’UDPM (Union Démocratique du Peuple Malien), la seconde en s’affiliant à l’organisation de la jeunesse du parti, l’UNJM (Union Nationale des Jeunes du Mali).

La demobilisation autour de l’ecole

Cette interférence du champ politique dans l’école malienne participe à la dégradation du système éducatif et à la crise de confiance dont il est l’objet. Les restrictions budgétaires imposées par les institutions internationales dans le cadre de la gestion de la dette s’ajoutent au tableau. Les mesures de rigueur adoptées pour diminuer le coût de la masse salariale des fonctionnaires contribuent à démobiliser parents et enseignants par rapport à l’objectif scolaire.

Le gel des recrutements d’enseignants, la fermeture des Instituts de Formation des Maîtres, le départ massif d’enseignants expérimentés à la retraite anticipée, le recours à des vacataires, puis à des volontaires sous-qualifiés, les restrictions budgétaires touchant les salaires, primes et capacité d’investissement de l’Etat sont autant de facteurs qui concourent à la dévalorisation de la fonction enseignante.

Entre 1985 et 1990, les effectifs des enseignants du fondamental baissent de plus de 10%. Dans le même temps, la Fonction Publique qui garantissait jusque-là une débouchée aux diplômes ferme progressivement ses portes : un concours d’entrée est instaurée en 1983 et les postes mis en concours diminuent.

Les familles se détournent de l’école dès lors qu’elle n’assure plus l’emploi et la promotion sociale. La période 1968-1990 correspond ainsi à une période de crise de l’école. La proportion d’enfants envoyés à l’école n’augmente plus ou que très lentement, elle est de l’ordre de 30% pour les garçons, de 15 à 20% pour les filles.

On assiste à un phénomène de déscolarisation : les abandons augmentent, la durée de scolarisation diminue. D’après les statistiques de l’éducation nationale, le taux de scolarisation est passé de 29% en 1968 à 22% en 1989.


La crise de l’ecole, facteur essentiel de la chute de la dictature

La crise de l’école malienne est l’un des éléments moteurs de la chute de la dictature militaire en 1991 d’où l’avènement de la troisième République. Le développement de la scolarisation est très vite affiché comme une priorité nationale par le nouveau gouvernement.

Cet objectif nécessite cependant bien plus que des ajustements, tant les contraintes sont fortes : déséquilibres structurels considérables, attentes sociales fortes, moyens limités et contraintes de l’ajustements structurel.

Deux principaux chantiers sont engagés : d’une part la création d’une université du Mali, d’autre part, la réorganisation de l’enseignement fondamental, en s’appuyant sur l’enseignement privé et la mobilisation des communautés locales.


Mamoutou DIALLO (Stagiaire)

14 Aout 2008