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La question mérite d’être posée, quand on sait qu’en dépit des modifications, notre système éducatif apparaît de plus en plus (aux yeux de plus d’un, en tout cas) comme un dispositif qui se laisse vivre et charrie son lot de désoeuvrés, avec des citoyens qui n’arrivent plus à s’adapter à leur contexte.

Ainsi, rares sont les diplômés qui trouvent un emploi ou une occupation. Aussi, la plupart d’entre eux chôment, s’exilent ou cherchent d’autres occupations comme le commerce.

Rappelons pourtant que notre système éducatif a connu de meilleures dispositions avec la reforme de 1962 où le gouvernement avait décidé de concevoir une nouvelle école malienne et engagé les acteurs du secteur au moyen de larges concertations, dans le but de permettre un enseignement qui fournisse les cadres dont le pays a besoin, un enseignement adapté au contexte international et basé sur nos valeurs.

En effet, le système reposait sur quatre ordres d’enseignement : le fondamental et l’alphabétisation, le normal, le secondaire général et technique, le proffesionnel, enfin le supérieur.

Ce système emprunte à l’organisation actuelle, mais par les buts qui lui sont assignés, il diffère fondamentalement de cette dernière. Il se caractérise plutôt par une organisation administrative et institutionnelle conçue pour favoriser l’atteinte des objectifs fixés.

Quelles sont les différentes modifications?

De 1962 à 1994, l’enseignement au Mali n’a pas subi de bouleversements d’ampleur. Cependant, des modifications sont intervenues sur l’organisation ou l’attribution des structures, la création d’autres structures. Mais le dispositif d’alors n’a pas été fondamentalement remis en question.

Ainsi, dans la foulée de l’avènement de la démocratie et de la libéralisation concomitante des espaces sociaux économiques, au moment de l’achèvement de plusieurs Programmes d’Ajustement Structurel (PAS), notre pays a entamé l’ouverture de l’éducation au secteur privé et aux communautés, en légiférant ces domaines.

Des dispositions ont illustré ce nouveau virage pris par notre système éducatif. Telles que la loi n°94-032 du 25 Juillet 1994 portant statut de l’enseignement privé, le décret 94-448/P-RM du 28 Décembre 1994 portant règlementation des écoles communautaires et l’arrêté 94-10810/MEB-CAB du 30 Décembre 2004 fixant le cadre juridique des écoles de base au Mali.

Ces reformes donnaient une envergure nouvelle à l’éducation malienne et ont permis d’assurer, à tous les ordres d’enseignement, un bond qualitatif certain. En témoignent les nombreuses écoles et structures éducatives qui permettent aujourd’hui de disposer d’un taux brut de scolarité supérieur à 70%, contre 20% en 1972.

On peut donc constater que c’est à partir de 1994 que notre système éducatif est entré dans une phase de reforme de moindre ampleur certes, mais qui la maintient dans un environnement d’évolution continue, au gré des projets et programmes, avec des partenaires ayant des visions plus ou moins divergentes.

C’est ainsi que nous avons connu un système fortement décrié : la Nouvelle Ecole Fondamentale (NEF). D’où l’instauration, dans certaines zones, de ce qu’on a appellé la Pédagogie Convergente (PC). Et depuis 1996, l’Université a fait son apparition, où les écoles supérieures ont été remplacées par les Facultés.

Toutes ces modifications n’ont pas été suffisamment perçues par les populations. Selon certains observateurs, elles ont plutôt contribué à obscurcir l’image de notre système éducatif.

Notons que depuis bientôt quatre ans, nous sommes entrés dans la phase active du plus grand programme de développement de l’éducation malienne, le Programme Décennal de Développement de l’Education (PRODEC), dont la première phase a été bouclée.

Ce programme, qui constitue l’actualité de notre système éducatif, vise, entre autres : à améliorer le taux de scolarisation (brut de 95%) par des investissements massifs ; promouvoir la qualité de l’enseignement, en soutenant les enseignements ; soutenir le genre et favoriser la décentralisation de l’éducation vers une meilleure implication des collectivités territoriales.

Malgré les reformes intervenues, l’éducation malienne est toujours en panne. Est s’y l’on en prend pas garde, elle risque de s’écrouler. Conscientes de cette situation, les autorités envisagent (et sont d’ailleurs en train) de mettre en oeuvre des mesures multidimensionnelles de soutien et d’amélioration.


Moussa TOURE

15 Mai 2008