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jpg_une-639.jpgSeydou Maïga, ressortissant de Tombouctou (65 ans) : «On ne peut rien attendre de Bamako !»

Nous ne voulons que de l’aide matérielle comme de l’armement. Les jeunes et nous- mêmes, les vieux, sont prêts à aller au front pour libérer notre territoire. Il n’y a pas d’autre solution que le combat ! Bamako est enfoncé dans une situation catastrophique où on ne peut rien attendre de ses dirigeants. Il y a beaucoup de nordiste à Bamako. Nous avons fait des aides à l’endroit des militaires au début de la guerre. On disait qu’il y avait autre chose en-dessous de la situation que nous vivons. Nous pensons que c’est un mauvais coup de l’Etat au niveau du nord.


Hamady Diallo, professeur d’arabe (57 ans) : «On n’a jamais vu le Mali dans l’état dans lequel il se trouve aujourd’hui»

C’est une honte pour l’armée malienne. Que veut dire ces replis « tactiques » ? On n’intègre pas l’armée pour dormir comme on ne va pas dans l’enseignement pour croiser les bras ! Un chef de famille doit assurer l’intérêt de la famille toute entière. Un chef d’Etat est un éducateur. Je ne suis pas du tout content mais je pense qu’il faut de l’union pour venir à bout de la situation que nous vivons. Mon souhait est que Dieu verse de l’eau fraiche sur cette affaire, que les maliens suivent la même voie avec le même objectif : vivre en paix.

jpg_une-637.jpgSékou Sanogo, gestionnaire (35 ans) : «Les maliens sont capables de gérer leurs problèmes»

Nous sommes vraiment mécontents de la décision de la CEDEAO d’imposer des sanctions économiques à la population malienne. Nous sommes également contre leur décision d’envoyer des forces armées dans notre pays ! Au Mali, nous sommes capables de gérer nos problèmes. Là où nous sommes, nous n’avons vraiment pas besoin de la CEDEAO.

Fatoumata Soukoré, vendeuse de galettes à Faladié (50 ans) : «Nos problèmes quotidiens nous préoccupent»

Je pense que ceux qui s’activent à la recherche du pouvoir ne pensent jamais aux conditions de vie de la population à la base. Il y a un mois, le prix du sac de riz a augmenté de 2 000 F Cfa. Personne n’a bronché ! Nous avons nos enfants qui restent toute la journée à la maison faute d’emploi. Ce qui nous préoccupe, c’est de trouver des solutions à ces problèmes !

jpg_une-638.jpgAbou Traoré, responsable de jeunesse de la commune VI : «Nous soutenons la décision de la CEDEAO»

Nous avons suivi, le 22 mars, quelque chose qui nous a bouleversés. La CEDEAO est intervenu pour poser un ultimatum, sous peine de sanctions. Nous soutenons cette décision de la CEDEAO et demandons à notre frère, le capitaine Sanogo, non pas seulement de regagner avec son équipe la caserne, mais d’aller au nord pour défendre l’intégrité territoriale du pays. Les porteurs d’uniformes prêtent serment pour cette cause. Au moment où des gens attaquent le nord, d’autres s’attaquent à la présidence. Ils sont assoiffés de pouvoir. Nous demandons à Sanogo de comprendre la médiation de la CEDEAO et de mettre en place une transition qui sera pilotée par un civil afin que les élections soient organisées dans les meilleurs délais.

Yacouba Diabaté, ancien élu communal (48 ans) : «Il nous faut organiser l’élection présidentielle en 2012»

A l’heure où nous vivons la démocratie, nous n’avons pas besoin d’une situation de ce genre. Il n’y a pas plusieurs solutions. Il faut que la junte laisse le pouvoir à ceux qui sont habilités à l’exercer ! Un militaire n’a pas sa place à la tête de l’Etat. Nous voulons que notre processus électoral continue. Voyez-vous-même la situation dans laquelle ce coup d’Etat nous a enfoncés ! Reporter l’élection du 29 avril d’un ou deux mois est une possibilité mais il faut organiser l’élection à tout prix en 2012 !

jpg_une-640.jpgSoumaïla Dembélé, enseignant (32 ans) : «Nous pouvons surmonter les effets des sanctions de la CEDEAO»

Au regard des exigences de refondations de la démocratie, je pense que la situation que nous vivons actuellement est compréhensive. Cela fait plus de 20 ans que nous n’avons pas d’Etat démocratique, nous n’avons pas d’Etat de droit ! Nous avons seulement un Etat de népotisme, plein de corruption. Si l’armée demande un changement de cette situation, le peuple malien tout entier doit soutenir cette volonté.

Même ceux qui disent au capitaine de partir, y compris la communauté internationale, sont d’accord sur le fait que le coup d’Etat était nécessaire. Au nom de la coordination des associations pour le Développement de Sabalibougou, nous soutenons tous les idéaux du CNRDRE allant dans le sens du bien-être du Mali. Les sanctions de la CEDEAO ne doivent pas nous inquiéter. Des situations ambiguës, on en voit partout en Afrique.

Le CNT de la Libye n’est pas un régime démocratique, mais il est soutenu. La même situation se retrouve à Madagascar. Même en Côte d’Ivoire, le président en exercice de la CEDEAO a été imposé par la France. Si ces derniers rejettent le CNRDRE, c’est leur affaire ! Nous, les maliens, nous allons le soutenir ! Je crois qu’avec un peu de courage, nous pouvons surmonter les effets de leurs sanctions.

Propos recueillis Seydou Coulibaly le 4 avril 2012

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