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La privatisation de la Compagnie malienne de développement des textiles (CMDT) est imminente et l’Etat ne semble plus ménager aucun effort pour concrétiser sa volonté de bradage. Au cours d’un point de presse hier à la direction générale de la CMDT, la section syndicale de la filière-coton a une fois de plus sorti ses griffes contre les autorités et la « privatisation orchestrée » en se montrant déterminée à défendre les intérêts du pays et des travailleurs. Le plan social 2003 paraît inévitable.

La privatisation de la CMDT occupe de nouveau le devant de la scène quelques jours seulement après que l’Etat eut fait part de la concrétisation de sa volonté de restructuration de la Compagnie couplée avec l’arrivée d’un nouvel acquéreur. Comme ils l’avaient déjà fait savoir maintes fois, les travailleurs, ont, à travers leur section syndicale, dit à l’unisson « non à la vente du Mali ».

Car, « la filière-coton apparaît comme la plus importante et la plus large redistribution de revenu au Mali et le meilleur instrument de lutte contre la pauvreté » avec des milliers d’emplois directs et indirects et des centaines de milliards de nos francs comme chiffre d’affaire.

A preuve, la filière a injecté « dans l’économie du Mali environ 1400 milliards de F CFA, dont 800 milliards au profit du monde rural à travers l’achat du coton graine, 80 milliards pour les banques ; 100 milliards pour le secteur des transports, près de 100 milliards pour le Trésor public au titre de divers impôts et taxes ; 70 milliards de salaires et près de 220 milliards pour divers prestataires dont les activités sont directement liées à celles de la CMDT ».

Inutile de dire alors que le Mali, jadis réputé, à cause de son « or blanc » tire beaucoup du coton. Les travailleurs se sont dits attristés de voir ce « joyau » partir à cause d’une privatisation inédite et « orchestrée ».

Pour Zakariatou Diawara, secrétaire général du syndicat de la filière-coton, l’argument avancé par les autorités est que la CMDT est une « charge » pour l’Etat et que sa privatisation serait salvatrice. Or, tout serait parti d’une « mauvaise gestion » de ces mêmes autorités, entraînant du coup un déficit cumulé de 172 milliards de F CFA de 1999 à 2007.

Soucieux du devenir de la nation et des travailleurs, la section syndicale de la filière-coton dit donc non au démantèlement de la CMDT. A en croire M. Diawara, leur refus est motivé par le fait que la privatisation de la filière a été un échec partout en Afrique (Côte d’Ivoire, Burkina, Bénin, Togo, Zambie).

Et d’ajouter que les nouveaux acquéreurs n’ont pas pu redresser la situation en assurant la pérennité des filières et la sécurisation des producteurs. « Bien au contraire, ils l’ont envenimée ».


« Tiémoko Sangaré a menti »

Un autre motif du refus de cession des travailleurs est le cas avorté de l’Huicoma. « L’Etat nous a trahis concernant la vente de l’Huicoma et veut en faire de même avec la CMDT. Nous ne sommes pas d’accord ». Le sort des travailleurs après la privatisation reste l’un des enjeux majeurs. Et ils en sont préoccupés, surtout si la privatisation doit inéluctablement avoir lieu.

M. Diawara a laissé entendre que « le ministre de l’Agriculture, Pr. Tiémoko Sangaré a affirmé que personne ne sera licencié. Ce n’est pas vrai. Nous, les travailleurs sommes convaincus que l’objectif zéro licenciement visé par le gouvernement est un leurre.

La première ambition des repreneurs sera de diminuer le personnel. Ils veulent nous laisser entre les mains des repreneurs qui nous tueront pour ensuite nous enterrer ».

A cet égard, les travailleurs déclarent haut et fort qu’ils ne tomberont pas dans le même piège que l’Huicoma « où à ce jour, on note plus de 800 travailleurs licenciés sans aucun plan social et dont certains n’ont encore reçu aucun droit ». Une manière de mettre à nu les drames sociaux engendrés par les privatisations au Mali.

C’est le plan social de 2003 qui sera appliqué en cas de privatisation, a précisé M. Diawara.

Le secrétaire général de la filière-coton a déploré la « fuite en avant » des autorités, à commencer par le Premier ministre, le ministre de l’Agriculture et le président de l’Assemblée nationale qui n’ont même pas daigné répondre à leurs correspondances, a fortiori les recevoir.

D’ailleurs, a-t-il souligné, ils sont les maîtres de cette privatisation montée de toutes pièces parce que leurs « actions ont entraîné une crise de confiance entre les paysans et la CMDT et ont sevré les cultivateurs d’intrants agricoles qui auraient dû être disponibles depuis septembre 2007. Tout ça pour prouver à l’opinion que la CMDT est incapable et qu’il faut la privatiser ».

Abondant dans le même sens, le 2e secrétaire général adjoint de la filière-coton a indiqué que « la privatisation de la CMDT est une chose bien préparée, une question d’individus et non d’intérêt étatique » avant d’ajouter que « ceux qui veulent le plus la privatisation de la CMDT ont de rapports solides avec ceux qui veulent l’acquérir ».


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

06 Juin 2008