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Sur la crise économique mondiale et l’extension du Conseil de sécurité de l’O NU, le président Lula du Brésil pointe un doigt accusateur vers les superpuissances mondiales, qui, à ses yeux, sont à l’origine des souffrances du moment.

L’histoire donne aujourd’hui raison à ceux qui avaient estimé que le Brésil amorçait une nouvelle offensive sur la scène internationale avec l’élection de Luiz Inacio Lula Da Silva, communément appelé Lula à la tête du pays. Avocat infatigable des pauvres, le président Lula donne le ton aujourd’hui dans le monde avec des affirmations aussi audacieuses que claires. La dernière en date a lieu dimanche dernier dans l’émission « Global Public Square » de la chaîne de télévision CNN.


Sur la débâcle économique mondiale du moment, Lula, persiste et signe :
« La crise a été créée par les comportements irrationnels des Blancs aux yeux bleus qui, avant la crise, paraissaient tout savoir, et qui démontrent maintenant ne rien savoir du tout. Ce n’est pas un point de vue idéologique, mais je ne connais aucun banquier noir ou indien. Je peux seulement dire qu’une fois de plus une grande partie de l’humanité pauvre paie pour une crise ».

Lula est sans doute remonté contre les injustices qui sévissent dans le traitement des peuples et dont les pays sous-développés subissent de plein fouet les conséquences.

Une dénonciation qui rappelle le sommet de Cancun (Mexique) en 2003 et le blocage du cycle de Doha (Qatar) supposé mener les négociations entre les pays membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) portant sur la libéralisation du commerce et l’ouverture des marchés des pays développés aux pays en voie de développement. Et Lula pense qu’un dénouement de la crise passera par la conclusion du cycle de négociations commerciales commencées à Doha en 2001.

Ceci est d’autant plus important pour lui qu’il aiderait les pays les moins développés. « Nous devons donner au monde un signal de notre engagement à trouver une solution à la crise. Et il n’y a pas de meilleur signal que de conclure le cycle de Doha sur la libéralisation du commerce mondial », avertit-il. Une manière de rappeler à l’ordre les Etats-Unis et l’Europe, qui bloquent les négociations en refusant d’abandonner les subventions agricoles et les règles anti-dumping.

Aussi, cette affirmation apparaît comme une pierre dans le jardin d’institutions et de regroupements internationaux comme le G20 qui se réunit présentement à Londres. A l’image des décisions économiques importantes dans le monde, le Conseil de sécurité de l’ONU est seulement dépendant de la volonté de quelques nations.

Obama, un émissaire de Dieu

Son extension à d’autres pays ou continents plus ou moins nantis ou influents ne parvient toujours pas à faire l’unanimité parmi les nations prises au sein de l’organisation. Soutenant la thèse d’une institution reflétant la carte du monde, le président du Brésil clame que « la géographie de 2009 est différente de 1948 quand l’ONU a été créée. A cause de cela, nous souhaiterions que plus de continents participant au Conseil de sécurité de l’ONU. Le Brésil doit avoir un siège au Conseil de sécurité, le continent africain doit en avoir un ou deux. L’Italie s’oppose à l’arrivée de l’Allemagne et la Chine ne veut pas la participation du Brésil. C’est vraiment insensé ».


A travers, leur président emblématique
, les Etats-Unis pourraient jouer un rôle déterminant sur plusieurs fronts dans le monde, croit Lula. Il emboîte le pas à plusieurs dirigeants et citoyens du monde en avouant son admiration pour le 44e président de l’Amérique. Il va même loin en qualifiant Barack Obama d’émissaire de Dieu.

« Je prie beaucoup plus pour Obama que pour moi-même parce que même si je fais face à des problèmes, les siens sont plus délicats que les miens. L’espoir et les attentes qui l’entourent sont énormes. Je crois que Dieu ne l’a pas mis là-bas pour rien. C’est parce que quelque chose d’important aura lieu aux Etats-Unis ».

« Socialiste, homme modeste, président au service et à l’écoute de son peuple, révolutionnaire, dévoué… » , les qualificatifs ne manquent pas pour Lula. Homme politique de caractère, le septuagénaire ne tremble jamais en faisant valoir la pertinence de ses arguments sur divers sujets. Ce qui lui a valu d’être considéré comme une voix d’or pour les nations dépourvues de tout pouvoir au monde.

L’ascension fulgurante du leader du Parti travailliste au Brésil a été une course désespérée et de longue haleine. D’origines très modestes et presque illettré (il n’a fait que 4 ans à l’école), Lula a dû franchir beaucoup d’embauches pour se hisser à la présidence de l’une des nations les plus peuplées au monde.

Cireur de chaussures, commerçant ambulant, puis employé d’une usine de cuivre, le natif de Pernanbuco (Brésil) a connu différentes expériences dans sa vie depuis qu’il a 12 ans quand il a été obligé de se battre pour aider sa famille à subvenir à ses dépenses quotidiennes.

Homme de combat, Lula n’a ménagé aucun effort pour la cause des couches défavorisées, à qui il est lié par ses origines et par ses rapports humains. Sa lutte sociale a commencé en tant que syndicaliste au Brésil, un parcours au cours duquel il a réussi à organiser des manifestations de protestations d’envergure nationale.

Comme les dérangeurs du pouvoir sont toujours réprimandés dans les pays n’ayant pas atteint la maturité démocratique, Lula a passé des heures chaudes en prison. Ce qui est sûr, c’est que le président Lula a d’autres fortes déclarations et sorties inattendues pour nous dans le futur.

Ogopémo Ouologuem

(correspondant aux USA)

03 Avril 2009