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La seconde mort du Pr Mohamed Lamine Traoré

C’est à l’unanimité des députés présents, soit 107 voix, o contre et 0 abstention que les élus de la nation ont adopté hier en début d’après – midi le projet de loi portant modification de la loi n°99 – 04 du 29 décembre 1999 portant loi d’orientation sur l’Education.

En réalité, il a été question de changer l’article 60 seulement de cette loi que feu Pr Mohamed Lamine Traoré avait appliqué avec engagement et conviction en 2004 et 2006, respectivement pour le recrutement des directeurs de CAP et des chefs d’établissement de l’enseignement secondaire.

Moins d’une année après sa mort, voilà qu’on remet en cause une de ses décisions qui avait été soutenue par ATT malgré les nombreuses contestations d’alors. Le moins que l’on puisse dire, ce qu’on assiste, aujourd’hui, à la seconde mort du Pr Mohamed Lamine Traoré.

En 2004, feu le professeur Mohamed Lamine Traoré, ancien ministre de l’Education nationale, sur la base de la loi d’orientation sur l’éducation, héritée du régime ADEMA qui l’avait défendue et soutenue en 1999 à l’Assemblée nationale, a mis en application l’article 60. Il s’agissait de recruter, par voie de concours, les directeurs des Centres d’Animation Pédagogiques (CAP).

Deux ans plus tard, il remet ça au niveau de l’enseignement secondaire pour sélectionner les chefs d’établissement.

Les titulaires des postes avaient crié au scandale. Mais le défunt ministre est resté de marbre et a poursuivi sa mission, avec le soutien à la fois du président et de la classe politique, issue du consensus politique de 2002.

Les enseignants mécontents de cette situation avaient même saisi la Cour Suprême sans avoir gain de cause. Aussi, une certaine presse a-t-elle été mise à contribution pour dénigrer le ministre et, par la même occasion, discréditer les concours de recrutement qu’il avait organisés.

Il faut relever que feu le ministre Traoré avait la possibilité de nommer aux différents postes des cadres de son choix, notamment ceux de son parti. Mais, animé par un souci de transparence et d’honnêteté, il avait préféré appliquer la loi d’orientation sur l’Education que l’Adema qui l’a initiée n’a jamais voulu mettre en œuvre.

Cette rigueur lui avait valu toutes les méchancetés. La suite est connue de tous.

Voilà que moins d’une année après son décès, le même pouvoir qui l’a vaillamment soutenu revoit la loi d’orientation sur l’Education, en biffant complètement l’unique et seule disposition de cette loi, sur la base de laquelle feu Mohamed Lamine Traoré avait organisé les deux concours.

Défendue par l’actuel ministre des Enseignements Secondaire, Supérieur et de la Recherche Scientifique, Amadou Touré, la modification de cette loi a été précipitamment adoptée par les élus de la nation, sans grand débat.

Parmi les cinq intervenants, seuls Yaya Haïdara du CNID s’est montré réticent en ces termes : «je n’ai pas compris les motivations de cette relecture. Relire une loi pour modifier un seul article, j’ai envie de comprendre. Si l’on met en doute la moralité du concours, il faut l’améliorer.

Qu’est-ce qu’on ne dit pas concernant le concours d’entrée à la fonction publique ? Pour autant, on ne l’a pas supprimé. J’ai besoin d’autres arguments pour être convaincu».

Dr Mariko dira, pour sa part, que le concours des directeurs de CAP et des chefs des établissements secondaires était tripatouillé et que c’est une bonne chose de supprimer cet article.

Séga Bouaré de l’URD abondera dans le même sens avant de conclure en ces termes : «J’aurais souhaité que ce projet de loi soit défendu par une autre personne…». Il a certainement fait allusion à feu Pr Mohamed Lamine Traoré.

Celui -ci qui se trouve dans le royaume de Dieu a dû se tourner dans sa tombe. Ce qui est sûr, c’est que la suppression rapide de l’article 60 de cette loi peut être considérée comme la seconde mort du Prof Mohamed Lamine Traoré.

Le motif annoncé par le ministre Touré repose sur l’apaisement de l’espace scolaire et la «volonté des partenaires de l’école qui avaient soutenu cette disposition, les mêmes sont venus voir le département pour sa suppression».


A la question de savoir qu’est-ce qui doit remplacer cette disposition de la loi ?

Le ministre Touré a répondu par : «l’homme qu’il faut à la place qu’il faut. Ceux qui sont en place seront évalués. Et nous verrons ceux qui méritent leur place. Les changements qui s’imposent seront faits. J’ambitionne également de mettre en œuvre un plan de carrière pour les enseignants du secondaire».

L’Assemblée nationale a, pour sa part, recommandé le respect strict des différents statuts particuliers du personnel enseignant, l’ouverture à l’ENSUP de la filière formation des inspecteurs, conseillers pédagogiques et administrateurs scolaires, la création du corps des inspecteurs de l’enseignement fondamental, du corps des inspecteurs de l’enseignement secondaire général et du corps des inspecteurs de l’enseignement normal.


Chahana TAKIOU

27 Juin 2008