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C’était pourtant la fin des vacances gouvernementales, au moment même où le peuple croule sous le fardeau de la vie chère. Néanmoins, le jeu des ministres, chacun pour préserver son poste, sa poche et son pain, a de loin prévalu sur le devoir de restriction proposé par le Premier ministre et qui s’était traduit par des ponctions sur les budgets des ministères. Placée sous le signe de la détection des jeunes talents, la super-coupe ATT avec la présence de 13 ministres est devenue une grande foire où se retrouvent flagorneurs, troubadours et trouvères de toutes provenances.

De mémoire de Kayésien, on n’avait jamais vu un tel rassemblement de dignitaires au stade Abdoulaye Macoro Sissoko à l’occasion d’un événement sportif. Cette année, la finale de la super-coupe ATT a drainé au moins treize ministres vers la capitale du rail. Un chiffre qui bat le record de présence en conseil des ministres, certains prétextant un déplacement sur le terrain. A défaut d’un réel enjeu, chacun tenait à être là pour ne pas se mettre dans l’œil du cyclone. Car, sait-on jamais, à l’heure des comptes…

Malheureusement, sous ATT et au temps de la démocratie, la théorie des yeux du général Moussa Traoré continue de semer la panique dans les rangs des apparatchiks du régime. Lors du procès crimes de sang, le célèbre avocat, Me Binké Kamité, avait, en effet, déclaré que Moussa n’avait pas besoin de donner l’ordre de tirer et qu’il fallait simplement le regarder dans les yeux. C’est sûr, aussi, que ATT n’a dit à personne d’aller à Kayes mais tous ont tenu a être présents.

C’était pourtant la fin des vacances gouvernementales c’est-à-dire au moment même où le peuple croule sous le fardeau de la vie chère. Néanmoins avec la peur du chef au ventre, il fallait préserver son poste, sa poche et son pain.
On réalise à présent pourquoi le baron Pierre de Coubertin, pour sauver l’esprit olympique, avait tenu à dissocier la politique et le sport.

Que la politique tue le sport, ici, on s’en fout comme de l’an quarante. Placée sous le signe de la détection des jeunes talents, la super-coupe ATT est devenue une grande foire où se retrouvent flagorneurs, troubadours et trouvères de toutes provenances. Au stade Macoro Sissoko on se doute fort que l’ambiance était à la fête avec ce folklore assourdissant et ce conglomérat de griots qui chantent les louanges du prince de la Venise.

Et la fête fut belle et on a joint l’utile à l’agréable avec, paraît-il, 19 boeufs gras offerts par le richissime père du ministre de la jeunesse et des sports. Banquet plein, buffet garni ce dîner, chez l’amphitryon, dirait Prosper Mérimée, fut un vrai régal.

Mais combien étaient-ils cette année, ces ministres ventripotents à assister à la grande finale de la coupe du Mali de football au stade omnisports Modibo Kéïta, pourtant un événement d’envergure nationale ? Pauvre dame coupe du Mali qui souffre de l’apathie des pouvoirs publics.

Pourtant, chaque année c’est le même ATT, flanqué de son ministre des sports, qui donne le coup d’envoi de cette finale. Curieusement, ce jour-là, on voit moins de ministres dans les tribunes. La raison est claire : la coupe du Mali ne porte pas le nom magique du président. Aussi, elle fait moins trembler d’effroi donc le jeu n’en vaut pas la chandelle. Dans ces conditions, la super-coupe ATT survivra-t-elle à ATT ? Pas si sûr.


Mamadou Lamine Doumbia

08 Septembre 2008