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Le Vérificateur Général entendu par le Procureur anti-corruption

Qui l’aurait cru ? L’arroseur arrosé. Au regard de la loi instituant le Vérificateur Général, chaque fois que ce dernier a connaissance des faits susceptibles de constituer une infraction à la loi pénale, il saisit le Procureur de la République ou le juge de paix à compétence étendue.

jpg_Sans_titre-1-68.jpgAujourd’hui, c’est le contraire parce que c’est un citoyen et surtout l’adjoint du Vérificateur Général lui-même, le Contrôleur Général de police, Modibo Diallo, qui a porté plainte contre son patron, Sidi Sossoh Diarra.

Il lui reproche des fautes de gestion. C’est pourquoi, le Procureur anti-corruption, Sombé Théra, a entendu l’accusé le mercredi 25 mars. Une information a été ouverte contre lui et l’enquête continue.

Cette plainte intervient dans un contexte caractérisé par une contestation tous azimuts du Vérificateur Général, Sidi Sossoh Diarra. Au sein de son institution et en dehors de celle-là, certains tentent de le discréditer, voire de le déstabiliser et pourquoi pas le contraindre à la démission puisqu’une «faute de gestion», au cas où elle est établie, équivaudrait, au regard de la loi, à sa destitution. Mais, on est loin de ce scénario concocté par le Contrôleur Général de la police, Modibo Diallo, l’adjoint même du Vérificateur Général.

Depuis plusieurs années, celui-ci et son patron sont chien et chat. Ils ne s’adressent même pas la parole alors qu’ils doivent collaborer en tandem. Récemment, dans notre parution n°2100 du vendredi 5 décembre, nous titrions à la Une : «du rififi au Bureau du Vérificateur Général (BVG), les fonctionnaires recrutés en grogne contre Sidi Sossoh Diarra».


Dans cet article, nous écrivions :
«Rien ne va au sein du Bureau du Vérificateur Général (BVG). L’atmosphère devient lourde entre Sidi Sossoh Diarra et certains de ses collaborateurs notamment les fonctionnaires en détachement.

Au climat serein, qui caractérisait jusque là les rapports entre ceux-ci et celui-là, s’est substitué un climat délétère. Et pour cause : le puissant Vérificateur Général ne veut plus d’un fonctionnaire en détachement dans son institution qui bénéfice d’une autonomie totale. Au nombre de quatorze, les agents de l’Etat en détachement au BVG s’insurgent contre cette mesure. D’où la grogne contre Sidi Sossoh Diarra ».

Cette situation a davantage compliqué les relations entre les deux hommes parce que le Contrôleur Général de police, nommé également par décret comme Sidi Sossoh Diarra à l’issue de la procédure de sélection des cadres du Bureau du Vérificateur Général, a pris position en faveur des fonctionnaires que ce dernier voulait remercier.


Eh bien !
Les 12 et 14 novembre dernier, le Vérificateur Général a effectivement mis, par décisions, les fonctionnaires concernés à la disposition de leurs départements ministériels respectifs. Lesquelles décisions ont été attaquées devant la section administrative de la Cour Suprême par Daniel Amagoin Téssougué et autres.

Ainsi, par arrêt en date du 31 décembre 2008, cette haute juridiction a ordonné le sursis à l’exécution des décisions du Vérificateur Général, au motif qu’elle n’avait pas reçu les deux mémoires en réplique du BVG. Finalement, la plus haute juridiction a tranché en faveur des fonctionnaires. Mais, le Vérificateur Général a poliment refusé d’exécuter cette décision de justice.

C’est dans cette atmosphère très tendue que l’Adjoint du Vérificateur Général, le Contrôleur Général de police, Modibo Dialla, a fait une dénonciation à travers une plainte dûment déposée auprès du Procureur anti-corruption, Sombé Théra. Dans sa requête, il reproche à son patron des fautes de gestions relatives à des passations des marchés de son institution. Il lui reproche également l’octroi d’avantages indus à son seul profit. Ce n’est pas tout.

Le Contrôleur Général de police lui reproche aussi de se soigner à l’étranger en puisant des dizaines de millions de nos francs dans les fonds de l’institution. S’ y ajoute le fait que cette dernière lui paye un loyer de 850 000 FCFA pendant qu’il n’a droit qu’à une indemnité de 500 000 FCFA pour frais de loyers. Il semble que ce haut cadre de la police a même apporté au juge anti-corruption, Sombé Théra, des pièces à conviction.

Fort de toutes ces accusations, Sombé Théra a ouvert une information contre Sidi Sossoh Diarra, le mercredi 25 mars, en présence de ses deux avocats en l’occurrence Mes Magatte Seye et Mamadou Konaté. Joint par téléphone pour en savoir davantage, le Procureur Théra nous a laissé entendre : «nous ne pouvons pas divulguer le contenu de l’enquête. Nous sommes au stade des investigations».


A suivre.

Chahana TAKIOU

30 Mars 2009