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Gestion catastrophique des ressources de la Mairie, irrégularités dans le paiement des salaires du personnel, absence d’équipements de travail, dégradation considérable du cadre de travail sont, entre autres, des griefs formulés à l’encontre de leur maire, par le Comité syndical des travailleurs de la mairie de Koulikoro, une ville située à une cinquantaine de kilomètres de Bamako.

La non satisfaction des points de son préavis de grève déposé le 14 août dernier, a conduit le syndicat à tenir une grande assemblée générale pour informer les travailleurs du maintien du mot d’ordre de grève de 72 heures, à compter d’aujourd’hui.

Rien ne va plus entre le maire de la commune urbaine de Koulikoro, Souleymane N’Diaye et le bureau du Comité syndical de sa municipalité dirigée par Mme Kéïta Mahawa Diarra. Ce comité syndical mis en place par le personnel a organisé, hier mardi 29 août 2006, une grande assemblée générale d’information sur le mot d’ordre de grève dans la salle des conférences de ladite mairie.

En effet, depuis l’arrivée de l’actuel maire à la tête de commune, le personnel a assisté une dégradation de ses conditions de travail aggravée par le paiement irrégulier des salaires. Une situation qui avait provoqué une première grève de 48 heures, les 8 et 9 août dernier pour exiger le paiement des salaires des mois de décembre 2005, mai, juin et juillet 2006 ; accorder la priorité aux dépenses du personnel et la reprise effective de sept agents licencié.

Si ce dernier point a été satisfait entièrement, le syndicat n’a obtenu que deux mois d’arriérés de salaires sur les quatre.

Constatant une certaine négligence du maire vis-à-vis de ses préoccupations, le comité syndical a, alors, décidé de revenir à la charge en déposant, le 14 de ce mois, un nouveau préavis dans lequel il exige l’application, sans délai le paiement des salaires de juin et juillet 2006 conformément à l’esprit des lettres n°2165/MATCL du 25 août 2004, n°0962/MATCL-SG du 7 avril 2006 et n°1251/MATCL du 4 mai 2006 relatives à la régularisation sans délai et sans conditions des arriérés des salaires et le paiement à terme échu des salaires du personnel des collectivités territoriales.

Hier encore, malgré les négociations prônées par le Préfet du cercle de Koulikoro et le directeur régional du travail, de l’emploi et de formation professionnelle et certaines bonnes volontés de la société civile, rien n’a été convenu entre le maire et le syndicat qui a décidé d’observer la grève.

Pour la secrétaire générale du comité syndical, « il ne fait l’ombre d’aucun doute que le maire est de mauvaise foi et priorise ses dépenses personnels au détriment des travailleurs.D’ailleurs au début des négociations chez le préfet, il avait reconnu qu’il y avait suffisamment d’argent pour payer les deux mois mais que le trésorier payeur était en mission. Et entre temps, il a utilisé cet argent pour réparer son véhicule, payer 35 jours de sessions aux 23 conseillers municipaux et régler certaines factures des fournisseurs« .

Au-delà de l’irrégularité des salaires, les travailleurs se plaignent plus généralement de leurs conditions de travail. En effet, expliquent-ils, depuis l’arrivée du Souleymane et son équipe, aucun investissement n’a été fait en terme de matériel de travail, ni dans l’achat, ni dans l’entretien.

Conséquence : il y a rupture périodique de stocks des imprimés, de papiers, de classeur courriers. Sur la dizaine d’ordinateur, seul un seul fonctionne, alors que le réfrigérateur, les véhicules de service sont sur cale depuis plus d’une année, chose que nous avons pu constater sur place. Faute d’entretien, les toilettes intérieures sont impraticables.

Bref, c’est dans des conditions lamentables que vivent les 85 salariés de la mairie de Koulikoro qui ne sont plus prêts à cautionner l’indifférence du maire face à cette situation.

Le maire Souleymane N’Diaye, reconnaît l’existance des irrégularités dans les salaires mais impute cette situation à ses prédécesseurs dont il a hérité une ardoise salée de plus 160 millions de FCFA d’impayés envers l’Etat qui refuse de l’éponger, 20 millions envers EDM-SA, 9 millions de facture de téléphone et une dizaine de millions pour les fournisseurs d’imprimés, de pièces détachées et autres besoins de la mairie.

« L’argent que l’on collecte est directement versé au Trésor. Un maire a besoin d’une équipe soudée. Mais malheureusement, il se trouve qu’un collectifs de conseiller est contre moi. Et au lieu de voir cette situation, on m’en veut pour des raisons politiques » a- t-il soutenu.

Alors que la mairie est à la recherche d’alternative pour liquider ces arriérés, le maire n’a rien trouvé de mieux que d’en rajouter avec la faiblesse du recouvrement des recettes. D’après lui, le budget 2006 arrêté à 359 millions de FCFA n’est pas recouvré à 50 %. Une situation que le maire impute au comportement des collecteurs de taxes et impôts qui ne seraient pas loyaux dans leurs actes.

Comme alternative, Souleymane N’Diaye dira qu’il est en train de voir comment instaurer une gestion déléguée des équipements marchands de la mairie (labatoire frigorifique, les magasins du marché, la gare routière, le stade municipal…). A travers cette politique, la mairie et les utilisateurs s’entendent sur un montant que ceux-ci vont payer mensuellement.

En réaction à ces affirmations, Mme Coulibaly Alima Kané, secrétaire à l’organisation du comité syndical dira que « le maire a instauré une gestion politique des collecteurs en nommant ses proches qui avec sa complicité, utilisent les sous à d’autres fins, sinon, lui il dispose de tous les pouvoirs pour sanctionner les collecteurs.*

En tout cas, ce que nous voulons, ce sont seulement nos salaires, les histoires politiques ne nous concernent pas« . Mme Kéïta renchérit « la gestion déléguée est une autre manière pour lui de faire la mainmise sur la collecte des taxes et impôts à travers des organismes fictifs que lui-même va créer « .

Le régisseur de la mairie, Salif Koné, en service à ce poste depuis décembre dernier, reconnaît une chute des recettes de l’ordre de 40 à 45 % à partir du mois de juillet. Pour lui, cette contreperformance s’explique par trois faits : la volonté du maire d’instaurer une gestion déléguée qui fait que les imposables n’ont plus de considération envers les collecteurs; les conflits incessants entre le maire et le syndicat et le manque de motivation des travailleurs.

C’est pourquoi, il conclura que chacun a une part de responsabilité dans cette situation. Pour le secrétaire général de la coordination régionale de la CSTM, Mamadou Koutia Diawara, « il est temps de gérer définitivement cette affaire au lieu d’une gestion partielle. Pour ce faire, il faut un travail en profondeur avec toutes parties concernées sous l’égide de l’administration qui semble indifférente au sort des travailleurs en laissant le maire faire à sa guise« .

Youssouf CAMARA Envoyé spécial

30 août 2006.