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En Afrique, après l’ère des pères des indépendances africaines succéda celle des précurseurs des putschs et coups d’Etat, pour la plupart militaires. C’est cette dernière ère qui a consacré aux affaires une nouvelle race de dirigeants africains, pour la plupart composée d’officiers supérieurs d’armée et des successeurs (des Premiers ministres) des premiers Chefs d’Etat.

A cette seconde vague de Chefs d’Etat africains, on a bien souvent prêté l’intention de porter leurs enfants au pouvoir, de les insérer dans ses plus hautes sphères, ou de les roder aux rouages des affaires.


Les choux et les carottes

La majorité des Chefs d’Etat africains dont la gouvernance a précédé de près l’avènement de la démocratie ont dirigé leur pays durant des périodes variant entre 15 et 30 ans. Et les différentes élections présidentielles qui ont eu lieu n’ont fait que les confirmer, sinon les enraciner au pouvoir. Comme si lesdites élections n’étaient organisées que pour cette seule cause.

Il semble que “l’appétit venant en mangeant”, ces dinosaures du pouvoir avaient (et ont fini), par considérer la gestion de l’Etat comme un bien personnel, ledit pouvoir comme une dynastie, et leur pays comme une royauté ou un empire. D’où un amalgame délibéré des “choux” de l’Etat et des “carottes” du peuple. A raison donc celui qui disait que “trop de pouvoir dénature et corrompt”.

L’on comprend donc aisément que le défunt Président togolais, Gnassingbé Eyadéma, qui a régné sur son pays durant plus de 25 ans, ait tout mis en oeuvre pour assurer, voire garantir sa succession par un de ses fils, Faure Eyadéma. Exactement comme un roi ou un empereur prépare un de ses héritiers (l’aîné ou le fils le plus apte) à régner après sa mort.

Ainsi, le cas de Faure Eyadéma sera l’un des premiers en Afrique, où le fils reprend les rênes du pouvoir à la suite du père. Autant dire que c’est la royauté à la sauce démocratique, et vice-versa. Encore heureux que les pays où il existe encore des rois aient fait la part des choses en séparant…

les choux et les carottes : la royauté d’un côté, et la gouvernance de l’autre. C’est le cas, par exemple, de l’Angleterre, de l’Espagne ou au Maroc (entre autres), où les affaires de la reine ou du roi sont différentes de celles du Premier ministre qui a rang de Chef d’Etat.

Autant donc les choux ne doivent pas être confondus avec les carottes, autant il faut respecter la marge qui sépare l’Etat et la royauté. Mais il semble qu’en dépit de la presque vingtaine d’années d’expérience démocratique vécue par le continent, certains Chefs d’Etat africains continuent de persister dans leurs erreurs et signer dans leur entêtement et leur prétention à se faire succéder par l’un de leur lignée, particulièrement leurs progénitures.

D’où les continuelles retouches faites sur la Constitution, pour les besoins de la cause. Comme pour dire que les lois sont faites et… défaites par, pour et contre les hommes…


Des fils “présidentiables“

Ainsi, dès son jeune âge, l’actuel Président togolais, Faure Eyadéma, fut “façonné” et initié aux rouages des affaires de l’Etat, par son père. Il fut tour à tour le représentant des intérêts de la famille Eyadéma dans plusieurs entreprises, le conseiler financier de son père dans maints domaines (phosphate, prospection minière, téléphonie…), ministre des Mines, de l’Equipement et des Télécommunications…

Quoi donc de plus normal qu’après la mort de son père, le fils Faure soit devenu l’homme fort du pays, et que l’élection présidentielle d’Avril 2005 l’ait plébiscité à plus de 60% des suffrages enregistrés? Le contraire autait plutôt été étonnant, surtout qu’il a du son élection non seulement à la révision expresse de la Constitution, mais au soutien unanime des élus du Parlement.

En Egypte, ce n’est plus un secret : le fils Gamal Moubarak risque ort de remplacer son père. Ces derniers temps, la santé du Président Hosni Moubarak est si fragile qu’il passerait beaucoup de temps d’examen physique dans un hôpital allemand. Si bien qu’entre temps, son fils a réussi à placer bon nombre de ses inconditionnels à la direction de bien des départements de l’actuel gouvernement égyptien .

Aujourd’hui, il dirige la Commision politique du parti majoritaire. Et sauf “grain de sable” imprévu, il devrait être à la tête du Secrétariat Général dudit parti. La dernière, sinon l’ultime étape pour accéder à la Présidence de la République, après… le décès du père Moubarak. Reste à savoir si le plan va réussir…

Au Sénégal non plus, le Président Abdoulaye Wade n’a pas formellement démenti les rumeurs persistants qui circulent à propos de son désir de se faire un jour succéder par son fils Karim. Pour “aguerrir” ce dernier, dit-on, le père Wade lui a confié la gestion des travaux d’embellissement de la capitale dakaroise.

Pourtant, ni l’opinion, ni l’Opposition sénégalaises ne semblent l’entendre de cette oreille, encore moins abonder dans le sens de l’ambition du Président. “Wade souhaite vraiment que son fils lui succède. Mais il sait que ce n’est pas gagné d’avance, et que Karim n’a aucune chance, si son père n’est plus au pouvoir“, expliqque un observateur averti de la chose politique sénégalaise.

Et le clan des opposants, de renchérir : “Légalement, il (NDLR : Wade) en a le droit, mais la ficelle serait trop grosse. Et les Sénégalais ne laisseraient pas faire ça“. Mais de quel “droit” s’agit-il donc ? Celui du Président Wade de nommer son fils au Sénat, ou de le faire élire à la tête de la Chambre Haute.

Ce qui, pour Karim Wade, équivaudrait au poste de numéro 2 du pays. Aux yeux du Président Wade, cette précaution vise non seulement à affaiblir, sinon à barrer la route de l’Opposition, mais à lui “rabattre le caquet“ à propos de son éventuelle prétention à la magistrature suprême.

Depuis qu’il a été evincé de son poste, l’ancien Premier ministre de Wade, Idrissa Seck, a maille à partir avec le Président, au point qu’il a fini par rallier l’Opposition. Depuis lors, les atomes ne sont plus crochus entre les deux hommes.

Aussi, un proche d’Idrissa Seck, de fustiger : “On sait que le Président a des prétentions pour Karim. Mais on ne voit pas bien comment quelqu’un qui ne maîtrise même pas le wolof (NDLR : Karim) pourrait s’imposer face à un homme politique aussi chevronné qu’Idrissa“.

En Libye, le fils Kaddafi, Seïf Al Islam, semble bien parti pour prendre la relève. Mais pourrait-il l’assurer ? En tout cas, ce jeune architecte et peintre de 32 ans semble disposer de tous les atouts pour remplacer son père, surtout grâce à sa Fondation Kaddafi.

Du reste, c’est grâce à lui que la politique extérieure de la Libye a changé du tout au tout, sans compter l’implication active de ce “Glaive de l’Islam” (Seïf Al Islam) dans la rénovation infrastructurelle de la capitale libyenne.

Au nombre des actions de Seïf Al Islam, il faut compter, en plus de son implication sur le plan sportif, l’indemnisation des victimes des attentats de Lockerbie et du DC 10 d’UTA, la libération des infirmières bulgares accusées d’avoir inoculé le virus du sida à des Libyens et incarcérées durant des mois en Libye…

Toutes ces actions de Seïf Al Islam ont permis la levée du lond embargo international soutenu, pendant des années, par les Etats Unis sur la Libye, et l’ouverture du pays à la libéralisation économique, aux investiseurs et hommes d’affaires internationaux…Mais après l’ère du Guide libyen, les contextes et réalités politiques ne vont-ils pas changer en Libye, pour la plus grande malchance de son fils?

Au Tchad enfin, le Président Idriss Déby Itno avait bien tenté de “remodeler” son fils Brahim pour la succession. Ce diplômé en management, qui fit ses études à Montréal (Canada), avait occupé différents hauts postes d’être nommé Sécrétaire particulier de son père.

Mais Brahim fut assassiné le 2 Juillet 2007 à Courbevoie (France) dans des circonstances restées encore tellement troubles qu’elles ne militaient pas en sa faveur. Pis, de son vivant, le fils Déby était tout sauf aimé et populaire, surtout à N’Djaména, la capitale. “C’était non eulement un sanguin, mais il avait des comportements aussi brutaux qu’inattendus“, expliquait un proche de la Présidence tchadienne.

En effet, lorqu’il s’emportait, Brahim Déby n’hésitait guère à administer publiquement… des mandales à des ministres ! Ce qui, aux yeux de maints Tchadiens, accrédite, du coup, la thèse selon laquelle le fils Déby s’adonnait beaucoup aux stupéfiants. Et qu’en France, il fréquentait assidument les milieux de la pègre et de la drogue.

Quoi qu’il en soit, même s’il était vivant, on doute que cette “mauvaise graine” puisse prendre la relève de son père, surtout avec un tel “pedigree”. Et concernant ses “homologues” fils de Présidents qui nourrissent des intentions -déclarées ou non- de succéder à leurs pères, on peut affirmer que leurs chances sont vraiment minimes.

Oumar DIAWARA

12 Juin 2008