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Diplômé de l’Institut d’architecture de Moscou, Amadou Sidibé est un architecte qu’on ne présente plus au Mali. Au nombre de ses chefs d’œuvre figurent, en bonne place, le monument de l’Indépendance et le monument Al Qods.

Non content de figurer dans le gotha des architectes maliens, dont les mains expertes modèlent le visage de nos villes en croissance exponentielle, voilà M. Sidibé qui s’investit dans l’agriculture innovante. Il dispose à cet effet de 3 hectares aménagés en serres multi-chapelles par la société israélienne Netafim, N°1 mondial en la matière.
Y poussent, entre autres, courgettes, melons, gombo, aubergines, concombres et tomates. La tomate, le légume vedette de Sidibé Agro Techniques, la société créée par Amadou Sidibé pour les besoins de la promotion de l’agriculture innovante, à laquelle notre architecte voue, désormais, un véritable culte.

La serre crée les conditions optimales pour développement de la plante. A croissance indéterminée, la tomate croit toute l’année avec, au bout du compte, un rendement multiplié par 10, soit 25 kg/m2, contre 2,5 kg/m2 à l’extérieur. Amadou Sidibé fait également du poivron rouge palissé, avec un rendement de 60 kg/m2.
Un système d’irrigation goutte-à-goutte, alimenté par l’énergie solaire, complète la gamme de la technologie innovante. En cette période de début d’hivernage, Amadou Sidibé est l’un des rares opérateurs à pouvoir alimenter le marché bamakois en tomates avec des prix très intéressants.
Le tout est supervisé par Rachid Mouain, un jeune Marocain de 30 ans, spécialiste en horticulture, qui établit et exécute le programme de fertilisation et les autres activités techniques. Un Marocain que M. Sidibé a fait spécialement venir du royaume chérifien.

En visitant la serre en notre compagnie, en ce lundi 3 juin, au lendemain d’une généreuse pluie qui a arrosé toute la contrée, Amadou Sidibé nous montre fièrement une jeune fille perchée au-dessus d’un pied de tomates, qu’elle est en train de palisser, à l’intérieur de la serre.
«Elle fait partie des douze filles, toutes originaires du village de Katibougou et toutes exclues du système scolaire, que nous employons. Il y a dix mois, elles n’avaient aucune notion de ce qu’elles sont en train de faire. Maintenant, elles travaillent toutes seules, sans l’aide de personne» fait remarquer Amadou, l’air satisfait.
En plus de la serre de 3 hectares de Katibougou, Amadou Sidibé dispose d’autres périmètres à Samaya, où il expérimente également, au moyen de la technique de filet, la culture de la tomate d’hivernage, fait du gombo sur un hectare et demi, avec arrosage à l’énergie solaire, et exploite du raisin, du melon, de la courgette et fait de l’arboriculture, avec des orangers. A la clé…, 7 récoltes par an, grâce au goutte-à-goutte. Excusez du peu!

«La motivation de M. Sidibé n’est pas tant de se faire de l’argent que le désir de partager son expérience avec les autres Maliens, dans le but de faire naître des vocations, surtout auprès des jeunes, et exploiter le formidable potentiel dont le Mali dispose dans les domaines de l’agriculture et de l’agrobusiness» laisse entendre Rachid Mouais, l’horticulteur marocain.
Au regard de ce potentiel, la révolution verte est bien possible au Mali, selon M. Sidibé, mais à condition que l’Etat fasse la promotion des exploitations familiales, en les subventionnant à 100%, comme c’est le cas au Maroc. L’ambition d’Amadou Sidibé est d’installer 15 hectares de serres pour couvrir les besoins de Bamako en produits maraîchers et d’aller vers l’export. Pour ce faire, il a besoin de l’appui de l’Etat, ne serait-ce que pour lui permettre d’acquérir des terres sous forme de bail.

Amadou a contracté le virus de l’agriculture enfant, en fréquentant les champs de son père Boubacar Sidibé, ancien ministre de son état. L’Etat doit capitaliser son expérience, d’autant que, au nom du patriotisme, il est prêt à voler au secours des jeunes, via sa société Sidibé Agro Techniques. A 55 ans, Amadou Sidibé est marié et père de 6 filles.

Yaya Sidibé

Le 5 Juin 2014