Partager


Nommé à la tête de l’encadrement technique de l’équipe nationale du Mali au mois d’avril 2008, le technicien nigérian Stephen Keshi a réussi de fort belle manière sa dernière sortie à l’occasion de la 4e journée des éliminatoires combinées Can/Mondial-2010. Les Aigles ont surclassé à domicile les Crocodiles du Nil du Soudan (3-0) et conforté leur place de leader du groupe 10. Le triomphe modeste, Stephen Keshi juge son équipe…

Les Echos : Quel bilan faites-vous des quatre premiers matches ?


Stephen Keshi :
Dans un premier temps, ils m’ont permis de voir beaucoup de joueurs, de savoir leurs mentalités et leurs caractères. Les méthodes de travail également. Bref, je suis satisfait du bilan de ces quatre premiers matches même s’il reste encore du travail à faire.

Je suis content des joueurs parce que pendant les quatre semaines que nous avons passé ensemble, ils ont été corrects. Je chercherai un noyau sur lequel je m’appuierai pour mener à bien ma mission.


Les Echos : Et si vous avez à juger vos adversaires ?


S. K. :
Ils ont leur qualité de jeu. Le Congo, c’est une bonne équipe avec des techniciens. Le Tchad, encadré par un ancien international, est une équipe physique qui joue bien en contre-attaque.

Le Soudan joue physique avec des espaces. Techniquement les Crocodiles du Nil sont forts, mais l’équipe a des déchets tactiques. Mais au-delà de ces jugements, j’ai du respect pour chacune des équipes de notre groupe.


Les Echos : Qu’est-ce qui n’a pas marché au match aller au Soudan ?


S. K. :
Je ne saurais le dire exactement. Après la victoire au Tchad, nous étions motivés pour aller faire un troisième succès d’affilée et rentrer au pays. Donc nous avons passé quatre jours en Ethiopie et malgré les conditions climatiques avec 20 degré, la même ambiance régnait dans le groupe.

Mais à notre arrivée au Soudan, il faisait 48 degré. Et c’était de trop pour nous. Je crois que c’est ça, mais je ne crois pas qu’on a mal joué parce que j’ai revu la cassette avant le match de dimanche dernier. On a bien joué sauf qu’on n’était pas agressif.

Les Echos : Quelles sont les grandes satisfactions du côté des joueurs ?

S. K. : Vraiment, à présent j’adore ces joueurs, ils sont disciplinés. Je n’ai aucun reproche les concernant sur le plan du travail aussi. Nous travaillons comme en famille, en frères et je ne pourrais mieux demander. Franchement, tout se passe bien, l’atmosphère est impeccable et nous continuons notre progression.


Les Echos : Peut-on dire aujourd’hui que vous avez l’équipe type que vous recherchiez ?


S. K. :
Non, c’est loin d’être le cas parce que qu’il y a plein de joueurs que je n’ai pas encore vu.

Je n’ai pas eu mon équipe type et je continue à chercher les meilleures combinaisons possibles avec des postes doublés pour palier d’éventuelles sanctions ou blessures. Je félicite les joueurs pour le progrès du groupe. Mon équipe type n’est pas encore là mais je travaillerai dans ce sens. Et ça viendra.


Les Echos : Quels sont les nouveaux joueurs que vous comptez essayer lors des prochains matches ?


S. K. :
Au ce niveau, je ne pourrais rien dire car il y a plein de nouveaux joueurs qui sont annoncés, notamment par Séran Diabaté, le jeune manager malien installé en France.

Ce dernier d’ailleurs m’a parlé récemment d’un joueur malien, un latéral, et qui vient de signer à Séville. Les prochains matches amicaux me serviront d’occasion pour les découvrir. Il nous faut encore des joueurs qui peuvent apporter à l’équipe.

Les Echos : Etes-vous satisfait de vos conditions de travail au Mali ?


S. K. :
Oui jusqu’à présent je suis satisfait. Au staff ça va, au niveau de la presse également je suis satisfait car je commence à avoir sa confiance et son rôle dans ma mission est très important.

J’ai conscience du boulot de la presse et même les joueurs sont contents de leur traitement ces derniers temps. Pour la simple raison que même en faisant bien, on est sous les feux des critiques. Mais actuellement tel n’est pas le cas. Les journalistes positivent les choses et je les félicite de ce travail. Au niveau de la Fédération, il n’y a rien à dire.

Le ministre aussi est avec nous et joue sa partition, donne ses consignes. Je remarque que tout le monde est ensemble. Je ne veux pas parler du chef de l’Etat parce qu’il est avec nous, de loin certes, mais il est au courant de tout ce qu’on fait. Je remercie le public sportif, les supporters.


Les Echos : Et ces prières avant, après chaque entraînement et après chaque but, c’est quoi ?


S. K. :
Je crois en Dieu et tout ce que je fais dans ma vie, je le mets dans la main de Dieu. Et j’ai l’habitude avant d’entamer toute chose de prier pour la grâce de Dieu.

Même au Nigeria, au Togo, partout où je vais tout commence par la prière et tout fini par la prière. Ça existe dans le Coran, la Bible. En priant ensemble on est toujours avec Dieu. Et je demande aux Maliens de prier avec nous pour la bonne santé des joueurs et dans l’atteinte de nos objectifs.

Les Echos : Contre le Soudan, les Maliens ont vu leur équipe évoluer selon un schéma tactique nouveau et avec des nouveaux joueurs surtout en attaque…

S. K. : Chaque entraîneur à sa façon de voir le football. Moi, je pense qu’un travail offensif doit être aussi marqué par une certaine flexibilité.

On demande toujours aux attaquants d’être flexibles, de rechercher de nouveaux chemins, des couloirs. On n’était obligé parce que le travail de groupe doit s’adapter aux situations de jeu.

C’est la raison pour laquelle nous avons eu différents schémas d’attaque contre le Soudan. On a joué avec 2 attaquants devant. Bref, il y a eu beaucoup de changements tactiques et d’hommes que le groupe a su assimiler et appliquer sur le terrain. Et c’était agréable à voir.


Les Echos : Pensez-vous que le message soit passé comme vous le souhaitiez ?


S.K. :
Tout à fait ! La qualité du jeu produit par les Aigles m’autorise à affirmer que le travail effectué pendant les quatre dernières semaines est concluant.

Au-delà du résultat d’un match, le plus important, c’est la capacité des joueurs à assimiler et appliquer les consignes sur le terrain, quel que soit le schéma mis en place. C’est en cela que nous voulons travailler pour arriver à jouer d’égal à égal avec n’importe quel adversaire, que ce soit l’Italie, la Turquie, l’Espagne ou la Russie.

Les Echos : Deux joueurs locaux, Souleymane Dembélé et Amadou Sidibé, ont été titularisés contre le Soudan. Avez-vous été satisfait de leur prestation ?

S. K. : De leur prestation contre le Soudan, je retiens que ces deux joueurs ont l’avantage de jouer dans n’importe quelle situation de jeu. Le travail produit par l’équipe a été bien rempli. Amadou et Souleymane ont fait un bon match comme toute l’équipe.

Ces deux joueurs du championnat local n’étaient pas à leur première sélection avec les Aigles. Il faut dire d’abord que c’est toujours un geste à l’endroit du football malien et de la formation des jeunes qui se fait au plan local.

Si les joueurs maliens qui évoluent dans les championnats à l’étranger n’avaient pas encore une bonne formation ici au Mali, ils ne seraient pas là où ils sont. Nous honorerons toujours ce travail fait à la base avec d’autres entrées de joueurs qui évoluent sur le plan local.


Les Echos : Après cette large victoire face au Soudan, le Mali est-t-il assuré d’être présent à la dernière phase des poules qualificatives ?


S. K. :
Notre succès face au Soudan est un pas très important pour notre qualification à la dernière phase des poules qualificatives. En marquant trois buts, c’est bon à prendre pour le décompte final. Mais, il ne faut pas sous-estimer non plus le Tchad et le Congo. Cela n’aura servi à rien de marquer trois buts à la maison et d’aller perdre des points au Congo en septembre.

Et la bonne impression que j’ai eue à l’issue des quatre journées disputées me laisse croire que nous irons au Congo pour livrer un match sérieux, en attendant la réception du Tchad pour la dernière journée.


Propos recueillis par

Boubacar Diakité Sarr

26 Juin 2008