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Mardi, Stephen Keshi a signé, avec la FEMAFOOT, son contrat d’entraîneur des Aigles du Mali. Malgré des atouts certains, il y a à se demander s’il est réellement l’homme de la situation au vu de l’environnement, pas très favorable.

C’est officiel depuis le 1er avril 2008, le Nigérian Stephen Keshi est le sélectionneur des Aigles du Mali. La cérémonie officielle s’est déroulée au siège de la fédération malienne de football en présence du chef de cabinet du ministre de la jeunesse et des sports, Issa Tiéman Diarra et du directeur national des sports et de l’éducation physique, Morikè Moussa Traoré.

Sept millions par mois

Le président de la fédération malienne de football, Salif Kéïta et l’ancien capitaine de l’équipe nationale du Nigeria, se sont engagés dans un contrat qui coure jusqu’en Août 2010.

Sur la base d’une exigence formulée par le département de tutelle, les responsables de la FEMAFOOT, ont signé, avec le nouvel entraîneur, un contrat d’objectifs avec des évaluations périodiques. Il sera payé à Stephen Keshi, un salaire de 7 millions de FCFA, plus un crédit de communication téléphonique de 500 000F CFA. Il sera, en outre, mis à sa disposition un véhicule de service et un logement.

Sur les 12 millions réclamés par Keshi, le département s’est résolu à lui verser 7 millions (dont un million payé par la fédération en fonction des rentrées financières).
Les objectifs assignés sont clairement définis, Keshi doit qualifier le Mali pour les rendez-vous continental d’Angola et mondial d’Afrique du Sud, en 2010. S’il réussit le premier objectif, il touchera une prime de 12 millions et en cas de qualification à la coupe du monde, il empochera 18 millions.

Stephen Keshi tient ainsi donc un redoutable engagement, celui de remobiliser une équipe qui parait avoir tout perdu sur le plan de la confiance et de lui permettre de rayonner dans l’élite continentale. En fonction des orientations fixées par le bureau fédéral, il devra rebâtir l’équipe en incluant de nombreux joueurs du championnat local. Au regard de ces orientations, il y a à se faire de nombreux questionnements quant à la possibilité du technicien nigérian à relever les défis. En tout cas, le président Salif Kéïta est convaincu qu’il est l’homme de la situation.

Un entraîneur de rigueur

Né le 31 janvier 1962, Stephen Keshi a connu une brillante carrière de footballeur qui lui a permis de remporter la coupe d’Afrique des nations en 1994 et de jouer la coupe du monde la même année avec les Super Eagles du Nigeria. Il a également connu une longue carrière professionnelle qui l’a vu jouer avec le Stade d’Abidjan, l’Africa Sports de Côte d’Ivoire, Lokeren et Anderlecht, en Belgique, Strasbourg, en France entre autres. Même s’il n’a pas joué dans de grands clubs comme le Réal Madrid ou la Juventus de Turin, il est certain que Keshi ne se fera pas de complexe devant la pléiade de stars dont dispose le Mali.

Entraîneur de rigueur et fortement imprégné des réalités africaines, il bataillera surtout pour imposer la discipline qui a souvent manqué aux Aigles du Mali. Sans doute, c’est ce qui a pesé en faveur de sa réussite avec les Eperviers du Togo, qu’il a qualifiés à la CAN et au Mondial 2006.

Toutefois, de nombreux responsables et partisans du bureau fédéral ne cachent pas leur scepticisme en la capacité de Keshi à relever le défi. Dès lors, le nouvel entraîneur va-t-il bénéficier d’un environnement entièrement favorable ? Aussi, on ne sait pas quel accueil vont lui réserver les cadres de l’équipe eu égard à sa réputation d’entraîneur de rigueur. Selon toute vraisemblance, il ne ferait pas l’unanimité au sein de l’ensemble des joueurs qui s’attendaient certainement à un technicien “plus qualifié“. La plupart de ces joueurs ont plus ou moins fait comprendre leur état d’âme par rapport à la situation.

Interrogé le dimanche dernier par nos confrères de RFI, le capitaine de l’équipe Mahamadou Diarra a fait des déclarations qui demandent à réfléchir. Or, malgré sa préférence avérée pour les joueurs locaux, Keshi est dans l’obligation de composer avec cette légion étrangère qui constitue la véritable force de frappe de l’équipe malienne. Alors il lui faut un adjoint, qui jouit d’une grande estime auprès des expatriés et qui peut constituer pour lui le véritable éclaireur. On sait que le mois de juin va être crucial, le temps est si court qu’aucun entraîneur ne peut constituer une équipe digne de lui en si peu de temps.

Et le Nigérian a beau connaître et aimer l’équipe du Mali, il lui parait difficile de connaître la psychologie du groupe en si peu de temps. Amadou Pathé Diallo, qui n’a pas la bénédiction des responsables fédéraux et du ministre de la jeunesse et des sports, semble pourtant, la personne la mieux indiquée pour la tâche. Si Keshi ne s’attache pas les services de Pathé, il est déjà permis de douter de sa réussite, quoiqu’il est difficile de présager d’avance de la réussite ou de l’échec d’un entraîneur.

Le meilleur entraîneur du monde ne reproduit pas forcement un résultat positif en passant d’une équipe à l’autre, tout comme un mauvais entraîneur peut profiter des concours de circonstance pour faire des résultats sensationnels. Keshi devra donc bénéficier d’un état de grâce mais surtout du soutien du monde sportif. C’est justement ce qu’il demande pour donner au Mali des victoires.

Et il est convaincu que sa réussite passe par le soutien des plus hautes autorités du pays, c’est pourquoi, il n’a pas manqué de remercier le chef de l’Etat. A l’en croire, c’est l’implication de celui-ci qui a permis la signature de son contrat.

Souleymane Diallo

03 Avril 2008.