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Question à mille dollars dans un paysage politique où les acteurs pour le poste ne se bousculent pas au portillon.

Professeur Abdoulaye Traoré dit Diop, président de l’Adj (Association pour la démocratie et la justice), avait fait un constat douloureux : les partis politiques maliens sont comme des eunuques dans une forêt de jeunes filles vierges. Sa comparaison, osée mais pas insultante, rend compte d’une réalité qui dépasse l’entendement.

Dans un contexte de multipartisme intégral où plus de cent partis politiques se disputent l’échiquier national, aucun d’eux ne mène une politique véritablement oppositionnelle. Tous en panne d’idées et de stratégies qu’ils ne veulent cependant avouer, ils sont tout simplement dans la panade.

Les cinq dernières années, qui les ont vu patauger dans un unanimisme béat vertueusement appelé consensus, n’ont rien arrangé à leur situation.

Les dernières élections générales ont donné la mesure de leur capacité à mobiliser l’électorat. Tous ceux d’entre eux qui ont choisi l’accompagnement institutionnel à partir de 2002 ont perdu des ailes en 2007. La propension des partis politiques et de leurs animateurs à investir la route du gouvernement a été fatale aux uns comme aux autres.

Le président ATT lui-même, malgré les soucis qu’il a de la mise en œuvre de son Pdes, a eu une claire conscience de l’existence d’une véritable opposition capable de s’ériger en force de critique et de suggestion. C’est pourquoi, dans sa lettre de cadrage adressée au Premier ministre, il parle de « renforcer le statut de l’opposition dans le cadre de la loi sur les formations politiques, faire du principal leader de l’opposition une personnalité reconnue de l’Etat » comme participant à l’approfondissement de la démocratie.

Mais, statut de l’opposition et principal leader de l’opposition procèdent d’abord de l’existence même de l’opposition.
Certes, le Rpm, le Parena et le parti Sadi ont proclamé, depuis la rentrée de la nouvelle assemblée nationale, leur positionnement dans l’opposition.

Suffit-il de le dire cependant ? Quelle stratégie d’opposition développeront-ils ? En ont-ils les moyens politiques ?

Le Rpm, avec ses onze députés et le Parena et Sadi avec chacun quatre députés joueront-ils la solidarité oppositionnelle ou aux francs-tireurs ? De leur capacité à transcender leurs clivages partisans et les égoïsmes personnels, sortira sans doute le principal leader de l’opposition si tant est que celle-ci existera.

Dans cette hypothèse, trois personnalités peuvent prétendre au statut de principal opposant. Ibrahim Boubacar Keïta, Tiébilé Dramé et Oumar Mariko, sans paranoïa, forment le redoutable trio. Toutefois, il urge de déterminer les critères de sélection du principal opposant.

Sera-t-il issu du parti de l’opposition qui a le plus grand nombre de députés ? Ou est-ce celui-là qui se révèlera être le plus grand pourfendeur du régime en place ? Ou encore cet autre qui fera preuve de la plus grande aptitude à formuler les propositions et les critiques saines ? Autant de questions qui en cachent certainement d’autres.

Amadou N’Fa Diallo

13 Décembre 2007.