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Ils se garent n’importe où, restent autant qu’ils veulent sans se soucier des riverains et, encore moins, de la réglementation.

jpg_une-950.jpgA.S. est chauffeur de taxi. Il habite une maison dans le vieux quartier de Niaréla. Chaque soir avant de pouvoir entrer chez lui, il doit s’armer de patience. Des dizaines de camions stationnés à tous les coins de rue l’empêchent d’avoir accès à son garage. Plusieurs fois, il a eu des prises de bec avec les chauffeurs de gros porteurs qui se donnent le droit de stationner à tous les coins de rue n’importe comment. A N’golonina, la famille Traoré ne sait plus à quel saint se vouer. Non seulement elle a des problèmes pour sortir ou rentrer sa voiture le matin ou le soir mais aussi la devanture de sa maison et tous les alentours sont « labourés » par les mastodontes.

Leur passage fréquent a creusé des nids de poules qui se transforment avec la saison pluvieuse en d’encombrantes flaques boueuses au milieu de la voie. Les habitants des quartiers comme Sogoniko, Samé, Bacodjicoroni, le Golfe Bagadadji ou Niaréla souffrent de désagréments similaires. Dans ces quartiers, comme un partout dans le District, le moindre espace libre est vite improvisé en parking ou en gare routière par les chauffeurs de gros porteurs comme si tout espace a vocation à être occupé par des camions. L’univers du transports de gros porteurs se caractérise de nos jours par cette indiscipline qui s’amplifie chaque jour davantage au grand dam des citadins. Mamadou habite près de l’ISFRA à N’golonina.

Son appartement est situé dans un immeuble à deux niveaux. Au rez-de-chaussée, se trouvent des entrepôts. Le ballet des camions-remorques est presque quotidien. Toutes les rues adjacentes sont prises d’assaut par des camions qui vident leur chargement dans des maisons familiales ou des entrepôts privés. « Nous ne pouvons pas dire à ces gens (les transporteurs) de ne pas venir pour décharger et partir. Non. Le problème c’est qu’ils peuvent passer deux à trois jours après le déchargement bloquant la ruelle. La plupart des bouchons que vous constatez aux alentours du cimetière de Niaréla, de l’hôtel de l’Amitié ne sont pas provoqués par la densité du trafic. Ils sont causés par le stationnement de dizaines de camions dans certains endroits qui doivent demeurer libres », estime Mamadou au sortir de sa 4X4 vers 17 heures mardi dernier. » Drissa Coulibaly de Bacaribougou abonde dans le même sens. Il est lui aussi embêté par les stationnements anarchiques de gros porteurs dans son quartier.

« Regardez, dit-il en pointant le doigt dans la direction d’un chantier devant lequel deux camions remorques déchargement du ciment et du fer. Ces deux camions sont là depuis trois jours. Ils obstruent la voie et les habitants des alentours sont contraints de contourner plusieurs pâtés de maisons pour joindre leur domicile. Ils sont sur une voie très fréquentée et ne se posent aucune question sur les désagréments qu’ils causent aux habitants du quartier », fulmine le vieil enseignant. Mamadou, Drissa Coulibaly ne sont pas les seuls à se plaindre des obstructions de la voie publique dont ils sont victimes. Beaucoup d’autres citoyens des grandes agglomérations en général et de la capitale en particulier supportent très mal les différents désagréments que leur cause le positionnement des gros porteurs sur certaines voies et sur des espaces publics. Ils observent impuissants une situation pourtant bien règlementée dans notre pays. En effet, un dispositif législatif de 1999 règlemente le stationnement des gros porteurs.

L’article 10 de cette loi stipule : sera puni d’un emprisonnement de 11 jours à 6 mois ou d’une amende de 20.000 Fcfa à 500.000 Fcfa ou de l’une de ces deux peines seulement, quiconque : 1- aura, en vue d’entraver ou de gêner la circulation et sans autorisation légitime, fait obstacle par un moyen quelconque au passage de véhicules » ; 2- aura enfreint sciemment les dispositions légales ou règlementaires en vue d’assurer la conservation des voies publiques, des ponts, des bacs et des autres ouvrages d’art et constituant le prolongement ou s’y trouvant incorporés ». Commentant les deux articles, le commandant adjoint de la Compagnie de la circulation routière, l’inspecteur principal se dit choqué par la situation. Pour lui la loi doit être appliquée à tous. « Au niveau de la CCR, nous avons pris des mesures pour que les voies ne soient pas obstruées par ces gros porteurs. Il faut reconnaître que la ville est très vaste et certains endroits nous échappent. » L’ampleur du phénomène a attiré l’attention des autorités routières qui lui ont consacré une réunion de réflexion le 19 juillet dernier au ministère de l’Equipement et des Transports.

Celle-ci a regroupé des techniciens de l’Agence nationale de la sécurité routière (ANASER), de l’Agence des routes (Ageroute), des cadres et techniciens du département, des représentants de la police, de la gendarmerie des artisans, des transporteurs, des syndicats des transporteurs. Elle s’est penchée pendant une journée sur les « voies et moyens de lutter efficacement contre les stationnements anarchiques dans les grandes agglomérations. », rapporte l’inspecteur divisionnaire Cheick Oumar Traoré, chef Voie publique à la CCR. « Nous avons discuté sur tous les aspects et nous avons rassemblé des idées sur la question. Dans les jours ou les semaines à venir, nous allons nous rencontrer pour sortir un document qui servira de document de base pour les futures actions à entreprendre pour que les stationnements des gros porteurs causent moins de désagréments aux usagers de la route. Entre-temps, les Bamakois devront prendre leur mal en patience.

Gamer A. Dicko

L’Essor du 6 août 2012