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Nos bonnes relations avec nos partenaires proviennent du fait que le gouvernement conduit une politique économique saine, et appréciée, explique le ministre de l’Economie et des Finances dans un entretien accordé à la presse.Depuis une semaine notre pays se trouve sous les projecteurs des médias tant nationaux, qu’internationaux. En bien. Après nos confrères du « Le Républicain » qui se sont félicités de la première place occupée par notre pays dans l’espace de l’Union économique et monétaire ouest africain (Uemoa) en matière de critères de convergence, c’est la Radio France internationale qui réalise une interview au représentant résident du Fonds monétaire international au Mali, Alain Feller.

Ce dernier a salué la qualité de la gestion des ressources publiques par notre pays et la disponibilité des pouvoirs publics à conduire avec professionnalisme les réformes convenues. Le ministre de l’Économie et des Finances, Sanoussi Touré a bouclé lui-même la boucle en s’ouvrant à trois journaux de la presse nationale, parmi lesquels le quotidien national « L’Essor ».

Le patron de l’hôtel des finances a tenu à préciser que cette médiatisation n’est pas une simple opération de marketing, mais concrétise un effort du gouvernement à communiquer sur sa gestion des affaires publiques, ses relations avec les partenaires techniques et financiers et les réformes structurelles en cours en vue d’impulser notre machine économique.

D’entrée de jeu, Sanoussi Touré a loué la qualité des relations que notre pays entretient avec ses partenaires. Une qualité jugée à la dimension d’une diplomatie impulsée par le président de la République lui-même.

Amadou Toumani Touré entretient d’excellents rapports avec ses homologues à travers le monde. « La qualité des relations avec les PTF, découle d’abord de la qualité de nos institutions. Je me plais d’insister sur cela parce qu’ayant fait l’expérience dans d’autres pays. Nous avons la chance d’avoir au Mali des institutions très fortes.

Un certain nombre d’atouts.

Ainsi, nul n’ignore que le président Amadou Toumani Touré entretient de bons rapports avec ses homologues des pays voisins ainsi qu’avec la communauté internationale », note Sanoussi Touré.

La gestion faite des affaires intérieures, menée sur le triple plan politique, économique et social, est particulièrement appréciée de l’extérieur. Mais, cela ne suffit pas, il faut accompagner la belle image par une bonne gestion macroéconomique de la part du gouvernement. Cette aptitude nécessite une gestion rigoureuse des affaires publiques.

Pour cela, il faut une politique macroéconomique et une politique budgétaire stable pour l’exécution correcte du budget avec un déficit de moins en moins élevé. De ce point de vue, l’appréciation positive du Fonds monétaire international (FMI) facilite le dialogue avec les autres PTF.

Avec le FMI, le Mali entretient de très bons rapports, ce qui a permis de conduire plusieurs programmes de réformes d’année en année avec cette institution.

La dernière revue, longuement commentée par le représentant du fonds, est plus que satisfaisante. « Quand l’administrateur du fonds nous écrit pour nous dire que le Conseil d’administration du fonds a loué la qualité, jugée exceptionnelle, de la gestion de notre cadre macroéconomique, cela veut dire que le gouvernement conduit une politique économique saine, appréciée des partenaires », traduit Sanoussi Touré. Cette appréciation nous donne un certain nombre d’atouts.

D’abord du point de vue de l’apport financier. « Je peux citer les ressources extrêmement importantes dont notre pays bénéficie d’année en année. En témoigne l’accroissement continu de l’aide budgétaire. Par exemple, en 2008, le Mali a bénéficié de 108 milliards Fcfa, dont 79 milliards Fcfa en dons. En 2009 nous avons reçu 158 milliards, dont 98 milliards Fcfa en dons. Pour cette année 2010, à la date d’aujourd’hui, je peux dire ce sera plus, car à mi-parcours, le Mali a obtenu de ses partenaires 142 milliards, dont environ 104 milliards Fcfa en dons », a énuméré le ministre de l’Economie et des Finances.

Une autre manifestation de la qualité de ces relations est l’augmentation du nombre des pays qui ont inscrit leur action conformément à la Déclaration de Paris, en s’alignant sur le programme d’appui budgétaire. Le nombre est passé de 5 à 12. Actuellement le programme d’appui budgétaire est en train de migrer vers un programme d’appui budgétaire général, ce qui représente une symbolique forte dans nos relations avec les PTF.

Elle traduit la confiance que ces pays ont envers le nôtre. « Ils mettent des ressources à notre disposition et nous autorisent à dépenser sans condition, parce qu’ils nous font confiance et aussi parce que nous dépensons bien », a expliqué Sanoussi Touré. « La qualité de nos rapports avec les PTF est donc sans équivoque.

Elle est d’autant plus importante que récemment la Banque mondiale a fait confiance à notre pays en organisant dans notre capitale la réunion de reconstitution des fonds de l’IDA », a t-il indiqué. C’est, en effet, la première fois qu’une telle réunion se tient dans un pays africain francophone. « Vous ne pouvez pas savoir ce que cette réunion peut apporter à notre pays en terme d’image et en terme de facilitation de dialogue et de leadership », a commenté le ministre.

Un financement extrêmement important.

En terme de retombées directes, cette réunion a permis à notre pays d’engranger 70 millions de dollars, environ 35 milliards Fcfa, d’appui budgétaire accordé par la BM. Dans quelques jours, nous allons avoir ces ressources.

L’accord a été signé et toutes les conditions sont remplies pour que cette manne financière atterrisse dans les comptes du Trésor public, au plus tard cette semaine. Sans compter, le programme ambitieux dans le secteur agricole qui a été paraphé à l’occasion de cette réunion de l’IDA avec la BM. Il porte sur une enveloppe de 72 milliards Fcfa avec la BM.

C’est un financement extrêmement important dans le secteur agricole, un secteur clef de notre politique économique et de croissance. « Pour dire les choses de façon objective, je pense que dans la sous-région, il n’y a pas un pays qui bénéficie d’autant de compréhension de la part des PTF. Cette marque de confiance découle de la bonne qualité de notre gestion macroéconomique », a estimé Sanoussi Touré.

Le ministre de l’Economie et de Finances s’est également longuement penché sur la qualité de la gestion des ressources publiques. Les efforts, jusque-là engagés par le gouvernement, ont été reconnus et récompensées par les autorités de l’Uemoa, note-t-il.

Ainsi, notre pays s’est hissé en tête des pays qui ont respecté le maximum de critères de convergence de l’Union (voir L’Essor du mercredi 4 août). Par ailleurs Le ministre Touré a relevé que les perspectives de l’économie malienne devraient continuer à s’améliorer en 2010, sur fond de reprise mondiale. L’inflation moyenne devrait se stabiliser autour de 2,1%. Tandis que la norme admise par l’Uemoa est de 3%.

La croissance du Produit intérieur brut (PIB) réel devrait dépasser les 5% contre 4% pour l’Uemoa. Le secteur primaire devrait bénéficier d’une augmentation spéculatives compte tenu du bon lancement de la campagne agricole sur fond de pluviométrie favorable et de poursuite de la politique de soutien public aux intrants. Le secteur secondaire devrait aussi enregistrer une bonne performance du fait d’une activité soutenue du BTP, sous l’impulsion des chantiers du cinquantenaire et d’une production aurifère accrue par rapport à son niveau de 2009.

Le compte courant de la balance des paiements devrait s’améliorer légèrement, sous l’effet des cours élevés de l’or, malgré un renchérissement du cours du pétrole et une augmentation des importations en ligne avec la croissance des investissements publics. Quant à la croissance économique, elle sera soutenue par une expansion budgétaire en 2010 grâce à l’utilisation des recettes issues de la privatisation de la Sotelma.

La loi de finance pour 2010 cible un déficit de base (hors dons et investissements financés par l’aide extérieur) de 1,6% du PIB, contre 1,4% réalisé en 2009. Cet objectif tient compte de dépenses exceptionnelles équivalentes à 0,6% du PIB financées par les recettes issues de la privatisation de la Sotelma.

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Réformes structurelles : Des résultats encourageants

Elles ont pour but d’ouvrir notre économie sur l’extérieur en vue de la rendre plus compétitive

Depuis plusieurs décennies, notre pays est engagé dans un processus global de réformes structurelles. Loin d’être une sinécure, ces réformes ont pour but d’ouvrir notre économie sur l’extérieur en vue de la rendre plus compétitive.

« Il faut que l’économie ait une base très solide » a expliqué le ministre Sanoussi Touré. C’est cela le sens réel de ces réformes, qui se sont d’ailleurs notablement accélérées ces dernières années. « Et, les résultats obtenus jusqu’ici sont très encourageants. Les exemples ne manquent pas pour illustrer ce que je dis là », a assuré Sanoussi Touré. Par exemple en 2008, le Mali a cédé à des investisseurs privés marocains, 51% des actions de la BIM-SA.

Ce qui a rapporté au Trésor public une enveloppe conséquente de 40 milliards Fcfa. Une première dans la sous-région. Jamais un processus de privatisation d’une banque n’a rapporté au tant d’argent à un État, a relevé le ministre. Cette privatisation faisait suite à deux opérations du genre dans la sous-région, mais c’est seulement au Mali, qu’elle a été un franc succès. « Les autorités de certains pays voisins ont demandé, si nous avions un secret. Le secret ce sont les arguments développés par nos experts qui ont convaincu les partenaires marocains leur a-t-on répondu », relate Sanoussi Touré.

Cette privatisation a été une réussite à double titre : en terme de ressources et au plan social. Car, le repreneur a repris tous les travailleurs. Il a procédé à de nouveaux recrutements et depuis, la banque accroit ses résultats. Les résultats de l’exercice écoulé et celui en cours sont en nette croissance.

On peut parler aussi de la vente des 51% des actions de la Sotelma l’an dernier. Celle-ci a également été une grande réussite. Elle a permis à l’État d’engranger 180 milliards Fcfa. Il y a vraiment motif à se réjouir. Car, ce ne sont que 51% des actions qui ont été vendues, il reste encore 49% dans le portefeuille de l’État ou en possession des investisseurs locaux et du personnel. Dans chacune de ces deux privatisations l’État a fait de bonnes affaires.

Car au delà de la provision de recettes, il y a les investissements que chacune des entreprises a réalisés ou est en train de réaliser. En terme d’apport de capitaux, ces investissements peuvent apporter un souffle nouveau à notre économie et stimuler la croissance. Mais la réforme majeure et certainement la plus attendue est celle de la Compagnie malienne du développement du textile (CMDT).

Tout le monde a connaissance des difficultés que le secteur coton endure dans notre pays depuis près d’une décennie à cause de la chute drastique du cours mondial du coton. Mais l’espoir est permis, note le ministre Touré. Depuis, un certain temps, on assiste à une timide reprise des cours mondiaux du coton et le retour des investisseurs dans la filière cotonnière.

Un dynamisme nouveau.

On peut dire aujourd’hui, que même si la crise du secteur n’est pas entièrement dissipée, le pire est quand même derrière nous. Sanoussi Touré sait de quoi il parle. Car, dès l’annonce de la privatisation des quatre filières de la compagnie, les investisseurs se sont rués sur les dossiers d’appel à candidature. « Au regard de l’intérêt suscité, je suis convaincu que la privatisation de ces quatre filiales va non seulement nous procurer beaucoup de ressources, mais imprimera un dynamisme nouveau au secteur cotonnier, qui est un secteur vital pour notre économie », assure le ministre.

D’ailleurs, le coton a réellement besoin de ce nouveau souffle pour reprendre sa place dans notre économie, afin de stimuler la croissance. Signalons que le coton profite directement et indirectement à plus de 3 millions de Maliens. Jusqu’à sa chute en 1999-2000, le coton constituait le principal produit d’exportation de notre pays avant l’or et a contribué pour une large part au Produit intérieur brut (PIB). Mais que peut retirer le citoyen lambda de la croissance ?

La croissance est au début et à la fin de toutes les actions de développement, explique Sanoussi Touré. Elle est indispensable pour conduire une bonne économie. « Quand on parle de stabilité macroéconomique, les gens n’y voient toujours pas d’utilité parce que tout simplement c’est une notion qui relève beaucoup plus du domaine théorique, c’est à dire de la réflexion stratégique, que du vécu quotidien des citoyens », constate le ministre.

Or, poursuit-il, on ne peut réussir à bâtir une économie tant qu’on ne maitrise pas la croissance. Et, les théoriciens sont d’accord là-dessus : c’est la croissance qui permet d’accumuler et c’est cette accumulation qui permet d’investir et d’aller de l’avant. On ne peut donc rapporter physiquement la croissance au quotidien des citoyens. Mais, elle est indispensable pour améliorer leur quotidien.

En ce sens lorsque le pays maintient une situation monétaire plus correcte, il maintient les prix. « Je ne dirai pas des prix qui ne connaissent pas de fluctuations, mais des prix à la limite comparables à leur revenu, en terme de moyens monétaires qui s’y dégagent », précise Sanoussi Touré.

La croissance permet aussi d’avoir un dialogue très constructif entre les divers acteurs économiques. En fait, elle donne à l’économie une marge de progression qui lui permet d’investir, de distribuer des ressources en terme de salaire, en terme d’appui sanitaire, en terme de politique éducative et tout ce qui s’en suit.

Il ne faut donc pas ramener la croissance à sa simple expression purement individuelle, catégorielle ou la lier à des avantages quelconques, mais plutôt à un avantage collectif, résume le ministre de l’Economie et des Finances.

Amadou O. Diallo

L’Essor du 10 Août 2010.