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  Le Reflet (Hebdo)
Kidian Diallo, ancienne gloire du foot malien : « Je vois le Cameroun et la Tunisie en finale »

Pilier et capitaine des Aigles du Mali puis coach de l’Equipe nationale de football, Kidian Diallo est aujourd’hui un expert qui met son expérience et sa compétence au service du sport en tant que conseiller technique au ministère de la Jeunesse et des Sports. Il nous avait prédit l’élimination du Togo au premier tour de la Can Egypte 2006 et voit une finale Tunisie-Cameroun. Le technicien s’est aussi prononcé sur la crise du football malien, mais en tant que « ancien international et Malien ». Interview !

Le Reflet : La 25è CAN se déroule présentement en Egypte. Quel est votre pronostic ?

Kidian Diallo : Le pronostic est difficile à faire. Au niveau des Equipes nationales, on assiste à un nivellement au milieu qui progresse vers le sommet. Mais, le Cameroun a néanmoins assez des chances et la Tunisie que nous avons vue jusque-là peut aller loin. Je vois donc une finale Cameroun-Tunisie.

-Quelle analyse faites-vous de la prestation de nos mondialistes ?

K.D : Pour le moment, leur parcours est mi figue mi raisin. Le Togo n’a pas laissé une bonne impression. Je doute même que les Eperviers puissent franchir le premier tour (l’entretien a eu lieu la matinée du mercredi 25 janvier 2006, quelques heures avant le match perdu par le Togo face au Cameroun). La Tunisie impressionne, mais la Côte d’Ivoire a été accrochée par une modeste équipe de la Libye même si elle s’est qualifiée pour le second tour. Je pense que les Eléphants ont un blocage psychologique. Il faut qu’ils parviennent rapidement à se libérer parce que rien n’est acquis. Il est vrai que la CAN est une répétition, mais il faut aller loin dans cette compétition pour assurer les uns et les autres de ses capacités à défendre dignement les couleurs du continent au Mondial. On est à six mois de la Coupe du Monde et la CAN est utile parce qu’elle permettra aux coaches de faire les réglages nécessaires.

-Vu le parcours catastrophique d’une sélection comme les Eperviers, ne regrettez-vous pas l’absence du Mali à la CAN 2006 ?

K.D : Il est évident que c’est à nous tous les regrets. Avec le potentiel que nous avons, la campagne 2004-2005 a été un vrai gâchis. Je ne rejette sur personne la responsabilité, mais avec les talents que nous avons, c’est dommage que nous ayons raté un rendez-vous si important. Le regret c’est avant tout pour les joueurs. Nous avons des vedettes qui évoluent dans les meilleurs championnats en Europe, mais qui sont passées à côté du sujet avec les Aigles. Je suis d’avis que les joueurs ont beaucoup à se reprocher dans l’absence du Mali à la CAN 2006. Si on compare leurs prestations dans leurs clubs et leur rendement avec les Aigles, on est en mesure de se poser beaucoup de questions. Le public aurait accepté cette absence si les Aigles étaient tombés les armes à la main. Mais, ils ont perdu tout leur temps dans des chamailleries, les rivalités stériles et les revendications. Dans le football, il faut donner avant de recevoir. Mais, ils voulaient tout avoir avant de prouver quoi que ce soit.

-Pensez-vous que les joueurs soient les seuls responsables de cet échec ?

K.D : Ils ont une très large part de responsabilité dans notre élimination. Les entraîneurs sont le plus souvent montrés du doigt, mais je ne partage pas cette analyse. Un international, de surcroît des professionnels, doit toujours parvenir à lire un match, à trouver les faiblesses de l’équipe adverse et à compter sur ses propres forces. Les marges d’intervention du coach sont limitées. Il ne peut le plus souvent donner que des conseils et des consignes. Mais, dès que le coup d’envoi est donné, c’est beaucoup plus la responsabilité des joueurs qui est plus engagée que celle de l’entraîneur.

-Nous sommes presque dans les éliminatoires de la CAN 2008 et c’est toujours le statu quo au Mali. Les Aigles n’ont pas toujours d’entraîneur. Qu’en pensez-vous ?

K. D : C’est inquiétant ! Le Mali aurait dû avoir déjà un entraîneur. D’abord pour voir ce qui se passe à la CAN 2006 présentement et se faire une idée de l’évolution du football africain. Et aussi parce qu’il aurait pu rapidement entrer en contact avec les joueurs, les sensibiliser et leur faire adhérer à son projet. Mais, on est entrain de perdre du temps dans des choses inutiles. Le sportif que je suis se demande où est le football dans le débat qui se mène actuellement ? On oublie le football, on se donne des coups bas. Nous devons travailler pour l’intérêt du football malien. Et cet intérêt doit être au-dessus de tout. Quelles que soient nos divergences, nous ne devons pas prendre les enfants et les intérêts du pays en otage. Comment créer les meilleures conditions permettant aux enfants de jouer au football ? C’est le vrai débat qui aurait mérité d’être mené aujourd’hui. C’est tout ce qu’ils attendent de nous et c’est ce genre de débat que nous devons privilégier.

-Quel est, en tant que technicien, le profil de l’entraîneur qu’il faut aux Aigles aujourd’hui ?

K.D : Un entraîneur qui dispose d’assez de professionnels dans son effectif doit avant tout jouer sur la psychologie des jeunes. Pour moi être entraîneur, c’est avant tout connaître les enfants qu’on a sous sa responsabilité et trouver leur motivation. Avec des professionnels que nous avons, c’est aussi la cohérence qui doit être recherchée. Avec un groupe cohérent qui nourrit la même ambition, la tâche du coach devient alors aisée. Je pense qu’un entraîneur ne peut rien apporter sur le plan technique en deux ou trois jours de préparation. Il doit donc travailler sur le mental et la cohésion de son groupe.

-Vous avez été le premier entraîneur à offrir un titre majeur aux Aigles, la Coupe Amilcar Cabral en 1989. Etes-vous prêt à reprendre les Aigles si on vous le propose aujourd’hui ?

K.D : Je connais mes limites. Je suis régulièrement les entraînements de l’Equipe nationale. Je côtoie les joueurs, je les observe et je prends des notes pour moi-même. Je suis un entraîneur directif alors que c’est un technicien coopératif qu’il faut aux jeunes. Je suis donc disqualifié par rapport au coaching de la génération actuelle. Certes ce sont mes enfants, mais ils ont une autre éducation différente de l’éducation africaine. Ces joueurs ont avant tout besoin de connaître le Mali, son histoire et l’identité malienne. C’est ce qui a manqué à beaucoup d’entre eux. Si nous prenons l’effectif actuel, rares sont ceux qui savent chanter l’hymne national. Certains se sont même offusqués parce qu’ils ont été critiqués d’être partis en boîte de nuit à la veille d’un match décisif. Pour eux cela est normal. Mais, ici quand les gens mettent de l’argent pour parvenir à un but, il faut les respecter. Même si c’est une habitude, il faut se retenir de faire au Mali ce que les Maliens n’aiment pas. Je peux donc faire partie d’un staff constitué, mais je ne suis pas prêt à être l’entraîneur attitré des Aigles.

-Il est de plus en plus question du retour de Christian Saramagna. Cela peut-il être une bonne chose pour l’Equipe nationale du Mali ?

K.D : Je me méfie des rumeurs ! J’attends de voir.

-Et si ce retour était confirmé. Qu’en penserez-vous ?

K.D : C’est un technicien qui a déjà eu à diriger les Aigles et les résultats plaident en sa faveur. Il est assez majeur et il peut penser que ce retour est un challenge. S’il vient avec la volonté de se surpasser pour relever ce défi, cela peut-être une bonne chose pour lui et pour le Mali. Je respecterais son choix de toutes les manières car en définitive tout dépend de lui-même.

-Quel appel lancez-vous aux uns et autres pour sortir notre football de cette zone de turbulence ?

K.D : Il est temps de dépasser les querelles inutiles pour voir les intérêts du football malien.

Propos recueillis par
Moussa Bolly

31 janvier 2006.

 

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