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Considéré comme une fierté nationale au service du développement rural et de la santé publique vétérinaire, le Laboratoire central vétérinaire qui a été mis en service en 1972 est aujourd’hui victime de tentatives abusives d’expropriation de son domaine foncier. Des tentatives qui compromettent en particulier l’élevage et globalement l’ensemble des bénéficiaires des prestations du LCV, c’est-à-dire toute la population malienne et celle de la sous-région.

Depuis quelques années en effet des actes administratifs inattentifs aux notions de biosécurité et de normes scientifiques et sanitaires sont en train d’être posés sur le domaine foncier du Laboratoire central vétérinaire. Des actes qui menacent impitoyablement d’anéantir les efforts considérables et toute la volonté qui ont permis aux travailleurs de bâtir cet édifice.

C’est le nouveau découpage arbitraire du domaine du LCV suivant le plan de situation de Sotuba extrait du plan de Bamako au profit des spéculateurs fonciers à des fins purement politiciennes qui constitue véritablement une menace sérieuse sur l’avenir de cette institution. En effet depuis 1998, par manque de clairvoyance et pour des raisons purement personnelles, tous les deux sites du LCV connaissent des convoitises et ont fait l’objet de plusieurs affectations controversées.

D’abord en 1998, la totalité des 120 hectares de la sérothérapie et 29 hectares sur la route de Koulikoro (soit 2/3 de sa superficie réelle) ont été affectés à l’Institut d’Economie Rurale (IER) au détriment du LCV et à l’insu de ses travailleurs.

Par la suite, malgré la protestation des travailleurs du LCV et du Directeur de l’époque (lettre N°0064 du 20 février 2000), les 29 hectares sur la route de Koulikoro furent de nouveau morcelés en 2006 et affectés à des particuliers suivants : la population de Sotuba au titre d’un recasement dont un début d’implantation d’un marché public avec une prévision entre autres de multiples points de vente pour les marchands de denrées alimentaires, de volailles et pour des bouchers et chevillards à proximité de la première clôture rurale du LCV ; la coopérative d’habitat ayant construit des logements pour militaire ; un pétrolier malien, Zoumana Traoré dit San Zou ayant entamé la construction d’un complexe commercial ; la société immobilière (Aïcha Immobilière) pour la construction de logements.

Une partie aussi des 120 hectares de la sérothérapie fut cédée à la coopérative des maraîchers.

Mais curieusement, toutes ces attributions ont été faites sans qu’aucune étude d’impact environnemental, d’une part sur les populations riveraines du LCV, et d’autre part sur la qualité des résultats des travaux que mène le LCV (production de vaccins vétérinaires, contrôle de médicaments vétérinaires et diagnostic des maladies animales) n’ait été faite.

En effet, ce n’est pas fortuit si les fondateurs des deux sites ont décidé de les installer hors de la ville lors de leur construction. Il est donc clair que le LCV a été exproprié arbitrairement de ses domaines et ceci est de nature à mettre en danger son existence. En effet, les conséquences que peut engendrer l’occupation de ces espaces sur les occupants eux-mêmes, mais aussi sur la qualité des prestations de service du LCV sont incalculables.

Pour toutes ces raisons et compte tenu de la spécificité du LCV, les travailleurs de cette prestigieuse institution, sous la houlette du Comité syndical dirigé par Moussa Sissoko, exigent aujour-d’hui que le LCV soit rétabli dans ses anciennes limites (initiales) non seulement pour le premier site sis sur la route de Koulikoro (selon le plan de sa situation et de sa construction de 1972) mais aussi pour le second site sis au bord du fleuve communément appelé «Sérothérapie». Ceci dans le souci de respecter l’esprit qui a prévalu lors de sa création d’une part, et assurer d’autre part son existence dans le temps.

Le souci d’éviter, d’une part aux populations riveraines du LCV la dissémination des germes pathogènes en rapport avec les activités de diagnostic des maladies animales (rage, tuberculose,grippe aviaire,anthrax et autres), de production de vaccins (charbon bactérien), le contrôle de la qualité bactériologique des aliments et la recherche de résidus de pesticides, et d’autre part de garantir la qualité des produits du LCV selon les normes scientifiques et sanitaires constituent la préoccupation majeure des travailleurs.

Selon le secrétaire général du Comité syndical du LCV, Moussa Sissoko «si la diversité des germes pathogènes manipulés au LCV peut provoquer un problème de santé publique au voisinage dudit service, l’insalubrité et la pollution environnementale qu’engendrent ces populations elles-mêmes peuvent aussi fortement nuire la qualité des prestations de service du LCV au point de remettre en cause sa crédibilité nationale et sous-régionale acquise de haute lutte».

Il fera en outre savoir qu’au-delà de l’aspect santé publique, le nouvel environnement politique régional et sous-régional impose au LCV une plus grande clairvoyance et une rigueur dans la gestion de nos entreprises publiques. C’est ainsi que suite aux multiples démarches sans issue auprès des autorités compétentes pour trouver un dénouement heureux à l’appropriation arbitraire des domaines du Laboratoire central vétérinaire (LCV) au profit des spéculateurs fonciers, les travailleurs dudit établissement réunis en Assemblée générale le mercredi 20 février 2008 exigent de ces autorités un règlement de ce point avant le lundi 10 mars 2008. Passé ce délai sans satisfaction, le Comité syndical se réserve le droit d’observer une grève de 48 heures allant du mardi 11 mars à 00 heures au mercredi 12 mars 2008 à 00 heures.

Mais selon des informations de dernière minute, cette grève des travailleurs du LCV prévue pour aujourd’hui a été finalement suspendue. Selon une source proche du Comité syndical des travailleurs du LCV, il a été décidé de mettre en place une Commission interministérielle qui est désormais chargée de trouver des pistes de solutions dans un délai d’un mois. Au terme de ce délai, si rien n’est fait, le Comité syndical réactivera sa décision de grève.

Birama Fall – Gnimadi Destin

11 mars 2008.