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Dans leur lutte contre la spoliation de leurs réserves foncières, les habitants du quartier de Koulouba viennent d’attaquer devant les tribunaux, le maire de la Commune III, Abdel Kader Sidibé pour disposition de bien d’autrui, atteintes aux biens publics, faux en écriture, abus de confiance. Dans cette même lutte contre la spéculation, « les voisins du pouvoir » attirent l’attention du nouveau président, Ibrahim Boubacar Kéita, sur une nécessaire enquête sur une affaire séculaire.

Après des années de combat contre la prédation foncière dont ils se disent victimes ces derniers temps, les habitants du quartier de Koulouba viennent de contre attaquer par voie judiciaire. En se disant forts des preuves de la source de leurs déboires fonciers, ils ont assigné en justice le maire de la Commune III, Abdel Kader Sidibé. L’édile de la Commune III devra répondre avec d’autres personnes pour disposition de biens d’autrui, atteintes aux biens publics, faux en écriture, abus de confiance. Des faits prévus et condamnés par les articles 273, 274, 106, 107, 102, 103, 104 et 282 du code pénal.

Selon le plaignant, Ibrahim Diakité, président de l’Association Djéka Baara de la jeunesse de Koulouba, « les habitants de Koulouba sont victimes du détournement et expropriation forcée de leurs champs de cultures pour ensuite vendre à d’autres personnes après leur morcellement ».
A l’en croire, les espaces publics réservés pour marchés, jardin d’enfants, terrain de football n’ont pas échappé à la spéculation et au détournement. Ces détournements auraient été faits avec la complicité d’une agence immobilière et selon des plans non approuvés par le service technique de l’urbanisme et de l’Institut géographique du Mali (IGM).

Les plaignants reprochent au maire une gestion opaque des biens publics. Il n’a d’égard pour les populations qu’à l’approche du renouvellement de son mandat, dit-on. Et c’est justement en ce même moment que les terres de Koulouba et d’autres quartiers environnants sont distribuées à tour de bras à des fins électoralistes (cadeaux de campagne).

Aussi, dit-on, le maire parvient à créer un conflit artificiel de propriété sur les réserves foncières entre les quartiers périphériques de sa Commune pour venir en homme providentiel. La guerre de propriété entre Koulouba et Sokonafing en serait, dit-on, une illustration parfaite.

En effet, le quartier de Koulouba, selon ses autorités coutumières, serait dépossédé d’une bonne partie de sa réserve foncière au détriment de celui de Sokonanfing. Ce procédé, savamment orchestré depuis la mairie de la Commune III et appuyée par l’agence immobilière AGIM, aurait créé un manque de zone de recasement en dépit de la croissance démographique.

Agé de 92 ans, le chef de quartier Kariba Bagayogo ne veut pas épiloguer, mais reste déterminé pour la restauration de son quartier. « Cela ne sera que justice », dit-il.
Quant aux femmes et aux jeunes, il faut restaurer Koulouba pour l’avenir de leurs enfants qui n’ont même plus un espace de loisir, à plus forte raison un site de recasement.
Selon la présidente des femmes, Fatoumata Walla Traoré, la non-délimitation fait de leur quartier un nid de maladies.

De nos jours, le problème d’écoulement des eaux usées et de ruissellement est un véritable casse-tête pour les habitants de Koulouba qui attribuent cette promiscuité au non lotissement du quartier.
Depuis les événements de mars 1991, Koulouba subit les effets collatéraux des insurrections armées et des coups d’Etat. En mars et mai 2012, les habitants de ce quartier ont souffert le martyre lors des affrontements entre putschistes et forces loyalistes.

Avec l’élection d’Ibrahima Boubacar Kéita, les populations gardent espoir qu’elles seront réhabilitées. Mais déjà une enquête approfondie s’impose pour éviter un drame. Déjà le nouveau président a donné le ton en instruisant une enquête sur les inondations meurtrières du 24 septembre dernier.

Markatié Daou

L’Indicateur du Renouveau du 6 Septembre 2013