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Le foncier est un nid à litiges au Mali comme l’attestent les nombreuses saisines des juridictions compétentes pour des contestations. Ce problème, effleuré par le Président lors de son discours du nouvel an, est une bombe à retardement. En effet, une nouvelle race de riches foule aux pieds la loi et s’accapare des terres au détriment des populations. Les tensions s’accumulent et peuvent, si l’on n’y prend garde, mener à des conflits insoupçonnés.

C’est un secret de polichinelles. Au Mali, pour être propriétaire terrien, il faut être riche. Les plus nantis ont décidé de faire une razzia sur les terrains urbains et périurbains, le plus souvent de manière illégale. L’affaire des terrains de N’Tabacoro n’est qu’une goutte d’eau dans la masse des transactions bizarres au Mali. Les propriétaires spoliés que sont les particuliers ou des villages, commencent à ruer dans les brancards. La spéculation s’intensifie au plus grand bénéfice de ceux qui ont organisé la raréfaction des terres. La plupart des logements de la capitale sont devenus inaccessibles aux maliens, sauf aux privilégiés proches des milieux affairistes, proches du pouvoir ou par des étrangers.

Lorsqu’il n’y a presque plus de terrains disponibles, on s’attaque aux terrains privés occupés et à leurs propriétaires comme pour le cas de Kolé dans la Commune rurale de Baguineda. Dans cette localité, les travailleurs de la ferme de l’Etat, propriétaires des parcelles qu’ils cultivent il y a plus d’une quarantaine d’année, ont été dépossédés de leurs terres, depuis 2009, sans pour autant été consultés. Les domaines publics sont le plus souvent morcelés par les gouverneurs et les maires.

Par exemple, à Niono, les maraichers et les détenteurs de verger accusent la mairie et le directeur sortant de l’Office du Niger de s’accaparer de leurs propriétés. L’archevêque de Bamako, Mgr Jean Zerbo et le révérend n’ont pas manqué, lors de la présentation des vœux au Président de la République, de tirer la sonnette d’alarme sur la question.

Selon le délégué général de l’église protestante, le révérend Youssouf Dembélé, l’Association des Groupements d’Eglises et Missions Protestantes Évangéliques au Mali (L’AGEMPEM) est particulièrement frustrée par l’anarchie, la cupidité et l’impunité qui prévalent dans la gestion du foncier au Mali. Ces spéculations foncières résultent le plus souvent d’une mauvaise application ou de la complexité des procédures relatives à l’attribution ou à l’acquisition et à la cession d’un terrain.

Le Président de la République, lors de ses vœux du nouvel an à la nation, a laissé entendre que le logement est un chantier prioritaire de son mandat. L’Etat malien doit, donc, urgemment lancé une réflexion qui va permettre de dégager des solutions effectives à ces problèmes qui occupent les juridictions maliennes.

Et les autorités publiques doivent veiller à une application stricte des dispositions des lois et règlements, pris en matière des terres. L’objectif doit être d’assurer la sécurité juridique à tous les détenteurs de titres fonciers et faire en sorte que chacun puisse utiliser son titre de propriété à des fins appropriés.

Madiassa Kaba Diakité

Le Républicain du 9 Janvier 2014