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Le printemps est le temps que choisit la métropole montréalaise pour commencer à soigner les nids-de-poule et fissures causés sur ses routes, autoroutes et toitures par le poids des neiges tombées du ciel hivernal. Montréal s’attèle aussi à refaire sa propreté et surtout sa beauté par le nettoyage des saletés entassées dans les coins de son corps pendant le froid crispant de l’hiver.

Bref, dès le printemps, Montréal se soucie de préserver sa réputation de grande et belle Ville. C’est dans cet élan d’embellir leurs apparences que de nombreux mélomanes montréalais, débarrassés de leurs manteaux et bottes d’hiver, ont porté leurs plus belles tenues pour vite occuper leurs places dans la grande salle du Théâtre Plaza Saint-Hubert.

Cambré à quelques pas du métro Beaubien, ce lieu a été choisi par Tidiane Soumah, fondateur de TWM( Tidiane World Music), promoteur de FESTIRAAM ( Festival International des Rythmes d’Afrique et des Antilles à Montréal) pour organiser ce vendredi 10 avril son événement musicale très spécial.

Oui, ce spectacle sort de l’ordinaire parce qu’il entre dans la série « Étoiles d’Afrique » programmant à Montréal, entre avril et novembre 2009, plus d’une dizaine de grandes vedettes de la musique africaine pour rendre hommage à l’inoubliable Miriam Makéba. Mais, aussi et surtout parce qu’il produit en primeur l’incontestable diva, Ami Koita et l’une des grandes vedettes africaines au Canada, la montréalaise Lorraine Klassen, d’origine sud-africaine.

Placée sous le thème, Nuit du bazin, cette soirée inédite a donné une grande visibilité a la communauté malienne honorée par ces titres de Parrain, de Marraine et de président d’honneur.

Ces amoureux de la bonne musique qui ont envahi la salle étaient ostentatoirement habillés en bazin de couleurs et de modèles très variés selon les goûts des femmes (Gorobinè) majoritairement présentes. Au fur et à mesure que ces dames entraient et s’installaient les suaves senteurs de leurs encens et parfums se dégageaient et embaumaient la salle bruyante de multiples conversations. Dans cette atmosphère conviviale, le présentateur IKK( Dj très qualifié) et la présentatrice Guéda Keita ont rappelé le déroulement de la soirée tout en demandant à la foule d’observer une minute de silence à la mémoire de Myriam Makéba avant de céder la scène à la bouillante artiste Lorraine Klassen.

Issue d’une mère artiste, Thandie Klassen (chanteuse préférée de Nelson Mandéla), très célèbre en Afrique du Sud, Lorraine Klassen a su vraiment réchauffer la salle.

Souriante et très décontractée, ses déhanchements aux rythmes captivant de sa musique Zoulou ne laissaient aucun spectateur indifférent. Habillée en pantalon noir et camisole de scène rayée, Lorraine a fait bien rire le public en reprochant, d’un ton humoristique, à ses deux choristes bien moulées dans leurs bazins, de ne lui avoir pas donné de si beaux habits africains.

Lorraine Klassen a clôturé sa prestation d’une heure de temps, vers minuit, en interprétant la célèbre chanson « Pata pata » de Miriam Makéba sous les applaudissements des mélomanes Soudain, sous la lumière tamisée, tous les regards se tournèrent vers l’allée latérale gauche de la salle où la charmante diva passait et serrait des mains dans un vacarme d’ovations pour rejoindre ses musiciens sur la scène.

Habillée en bazin verdâtre long jusqu’aux mollets et bien brodé au niveau des manches évasives et de la devanture, la reine de la soirée portait des bijoux en or aux bras, au cou, aux oreilles et un foulard attaché remarquablement à sa tête.

Après avoir salué son public enthousiaste, la grande griotte Ami Koita commença son spectacle par une légendaire chanson du terroir « Djata » dont les refrains ont été très bien détonnés par son unique choriste, Tapa Diarra, la fille de Kandia Kouyaté.

Dès qu’elle a chanté les premiers mots, sa voix encore puissante, malgré une trentaine d’années de carrière internationale, a fait exploser des cris d’admiration. Elle a dédié cette chanson à la marraine de l’événement, madame Touré Aminata Kéita dite Mimi qui a choisit de faire dos au public pour jeter sous les pieds de la diva des billets de banque tout en dansant avec ses nombreuses accompagnatrices aux bordures de la piste.

Son mari, Nouhoum Touré, n’ayant pu trouver de place dans cette forêt de femmes, est allé sur la scène pour y déposer quelques gros billets. Bien réchauffée, l’artiste pleine de professionnalisme enchaîna avec son second titre « Tara » à l’adresse du parrain, Seydou Boubacar Diallo, du président d’honneur Oumar Tall (président du Conseil des maliens au Canada) et de tous les peuls dans la salle.

C’est à partir de cette deuxième chanson que plusieurs personnes ont commencé à monter sur le podium pour danser et donner leurs cadeaux en argent ou en or. Dans la même foulée, l’artiste Madou Diarra, bien connu à Montréal, a été vivement applaudi pour son encouragement à Ami et son salut militaire au public.

Cette ambiance festive continua jusqu’aux environs de 01h 40 du matin quand les fans inconditionnels de la fille de Djoliba ont réclamé son titre magique « Diarabi ». Cette chanson anthologique qui a énormément contribué à la pérennité de la célébrité d’Ami Koita.

Il faut voir pour croire à cet engouement phénoménal : Dès que les musiciens ont lancé les premières notes de Diarabi, toute la salle s’est levée comme un seul homme pour, non seulement danser mais aussi, arracher à Tapa son rôle de choriste. Ainsi, la coquette et l’impressionnante Ami, très émue, a tendu son micro au public très émerveillé.

Après avoir terminé de chanter avec douceur les tendres mots de cette hymne des amoureux, la diva a été obliger de bisser tellement que les gens en raffolaient. Mais, toute chose doit avoir une fin. Durant un peu plus de 2h00 de spectacle, Ami a chanté et danser sans repos.

Elle a ainsi confirmé sa déclaration lors de notre bref entretien téléphonique entre l’aéroport de Montréal et sa chambre d’hôtel au centre-ville « Je n’ai pas eu de difficultés particulières pendant les formalités à l’aéroport.

Je suis en pleine forme et je promets un grand spectacle aux mélomanes »
Pendant une dizaine de minutes, vers la fin du spectacle, Tidiane, IKK et Guéda ont procédé au concours de meilleurs bazins pour sélectionner quatre gagnants qui assisteront gratuitement à tous les spectacles jusqu’en novembre. Devant l’embarras du choix entre les 8 candidates qui se sont présentées dans leurs beaux bazins bien brodés, Tidiane décida de les déclarer toutes gagnantes.

Deux jours après, dans le restaurant Tombouctou de Samba, Ami Koita, entourée de femmes africaines, a animé avec Tapa et un musicien, une séance de musique traditionnelle appelée « Soumou ». À l’issu de cette rencontre de réjouissance, Ami Koita nous a accordé cette entrevue :


– Bonsoir Ami Koita. C’est un honneur pour nous d’être avec vous à Montréal. En tant que cantatrice, artiste et griotte, vous avez donné un grand concert le vendredi dernier au Théatre Plaza Saint-hubert, pouvez-vous nous donner vos impressions sur cet événement ?

– Merci, Diawara. Mes impressions sur ce spectacle peuvent être témoignées par les faits. Vous étiez dans la salle et avez constaté la présence massive des maliens, guinéens, mauritaniens, sénégalais, des blancs et plusieurs d’autres mélomanes. Toutes ces personnes de différentes origines qui se sont mobilisées, rencontrées dans la salle, sans aucun incident, depuis le début de la soirée jusqu’à 03h du matin, ont partagé avec moi un immense plaisir. J’ai su qu’il y a de l’entente entre vous ici au Canada. Je remercie toutes ces personnes pour l’importance qu’elles m’ont accordé.


– Ce dimanche nuit nous sommes au restaurant Tombouctou chez Samba Seck où vous venez de terminer une rencontre traditionnelle musicale appelée Soumou avec des femmes africaines de Montréal, quels sentiments vous animent après ce Soumou ?

– Comme vous l’aviez dit, je suis artiste et griotte. Donc après le concert, je trouve normale, surtout que le temps le permet, de m’entretenir avec les femmes dans un cadre de musique traditionnelle. Ce Soumou qui est un moment de réjouissance nous a rapproché les unes des autres. Il s’est bien déroulé.

Je remercie le propriétaire de ce restaurant, Samba Seck et sa femme qui, depuis mon arrivée à Montréal, m’ont donné tous les bons plats africains de mon choix. Je salue toutes les femmes qui se sont déplacées ce soir, particulièrement la marraine, Mimi Keita.

Je remercie le parrain, le responsable de la communauté malienne, tous les maliens et les africains du Canada. Je remercie tous les organisateurs sans oublier vous les journalistes pour le bon travail d’information que vous faites.

J’ai été dans beaucoup de pays au monde, à ma première visite ici, je me suis rendu compte qu’il y a une entente entre les maliens et aussi entre les africains au Canada.

Lacine Diawara, écrivain et animateur de radio à Montréal.

21 Avril 2009