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Notre pays a la chance d’avoir de nombreux artistes talentueux qui font vibrer les cœurs des mélomanes. Mais leurs efforts sont le plus souvent réduits à néant dans la mesure où les spectacles qu’ils organisent sont liés à plusieurs facteurs handicapants. Finalement, beaucoup de spectateurs et moins de recettes.

Au fil des années, le show-biz malien a fait des avancées fracassantes avec des artistes du pays et de la diaspora, qui réalisent des prestations de belle facture. Les artistes en herbe abondent et la multitude de disques ne manquent pas. Les mélomanes, qui profitent bien de cette variété, ont toujours quelque chose à se mettre sous la dent.

Tout cela est agrémenté par des concerts et autres prestations musicales devant les fans, des sources majeures pour les « étoiles » de la musique de fructifier leurs œuvres.
Cependant, il convient de signaler que la rentabilité d’un spectacle est sujette à caution, car plusieurs paramètres entrent en considération au bout du compte. L’artiste doit être d’un grand standing pour pouvoir attirer le maximum de fans.

Et sa discographie est pour beaucoup dans le succès de son spectacle. Ce qui fait dire à des promoteurs de spectacles qu’un artiste qui possède une bonne discographie reconnue à sa juste valeur par les mélomanes a de très grandes chances de faire le plein, « n’importe où qu’il se produise ».

« Quand un Rokia Traoré, Salif Kéita ou Oumou Sangaré se produit quelque part, il va de soi que les mélomanes répondent massivement présents. Surtout que ce n’est pas tous les jours qu’on a droit à leurs prestations », pense un producteur d’artistes.

Mais, a-t-il insisté, d’autres raisons peuvent enfreindre aux données. L’absence d’artistes invités de marque annoncés précédemment, ne serait-ce qu’une fois, peut porter un coup dur à la réussite du spectacle suivant.

« Lorsque, dans ses messages publicitaires, un artiste promet d’éblouir les spectateurs avec le concours d’autres vedettes, qui ne se présenteront finalement pas, il est tout à fait logique que ses fans réfléchissent par deux fois avant de prendre le ticket pour le prochain concert. D’autres prennent même la décision de ne plus y assister », a ajouté un manager.


Nouvelle piraterie

Certains fins connaisseurs du milieu n’écartent pas également le lieu de la prestation. Surtout que l’une des premières questions sinon même la première que le fan se pose, est de savoir le lieu de la prestation.

Surtout qu’au Mali, beaucoup de gens décident de leur participation à un concert en fonction de lieu du spectacle, « beaucoup plus à cause d’autres considérations que de l’argent ». Et « un concert qui a lieu dans un hôtel de la place n’a ni la même coloration ni la présence humaine qu’un spectacle qui a lieu ailleurs ».

Sékou Konekeou, un distributeur de cassettes, qui se dit proche des promoteurs de spectacle, pense que le prix du ticket d’un spectacle détermine la présence d’une marée humaine. « Si vous placez la barre haut en fixant un prix incompatible avec le maigre pouvoir d’achat des citoyens, les gens ne se sacrifieront pas pour y assister ».

La piraterie ne concerne pas seulement les productions artistiques, d’autres secteurs en sont aussi victimes. Beaucoup de spectacles sont aujourd’hui endommagés par la multiplication illégale et anarchique des tickets.

En effet, comme les tickets de concert sont le plus souvent disponibles plusieurs heures avant, des pirates en profitent pour les reproduire illicitement. « C’est ce qui fait que souvent les salles de spectacles sont pleines, mais au bout du compte, il n’y a pas de recettes », témoigne un organisateur de spectacles.

Etant désormais conscients de cet état de fait, des organisateurs de spectacles ne mettent les tickets de concert en circulation qu’à la « dernière minute » dans le but de réduire les risques de contrefaçon.

En tout état de cause, il est difficile qu’avec les miettes de recettes, les prestataires de spectacles puissent s’épanouir avec le fruit de leurs efforts. Les artistes en herbe ou moins connus en font particulièrement les frais.


Ogopémo Ouologuem

(stagiaire)

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PIRATAGE

Un obstacle à l’épanouissement des artistes

Les artistes maliens vivent le drame de la piraterie.

Depuis quelques années, nous assistons à une recrudescence de la piraterie au Mali. Les artistes maliens vivent quotidiennement ce drame. Hormis les rares stars qui ont la chance d’être produites à l’extérieur, la grande majorité vit dans la précarité. Pas par manque de talent, mais parce que les pirates les privent des fruits de leur travail, de leur succès.

Aujourd’hui, les contrefaçons sortent le même jour sur le marché que la cassette légale. Neuf cassettes sur 10 vendues dans le pays sont piratées. Au total, le nombre de cassettes vendues par année au Mali est estimé à 10 millions. 9 millions d’entre elles sont des cassettes pirates pour lesquelles les artistes concernés ne touchent pas un centime.

Le gouvernement ne réagit à cette situation que par des promesses jamais tenues. « Nous ne voulons plus de ses promesses, mais des actions concrètes contre les pirates. Enrayer le fléau ne relève pas de l’impossible. Parce que les pirates sont connus », protestaient en 2004 dans un manifeste des artistes.

Il suffit aujourd’hui de multiplier les opérations de saisie dans les marchés pour ébranler le réseau des pirates. Si le gouvernement a réussi à maîtriser la contrebande de tissus et de cigarettes grâce à la régularité des opérations de saisie, il n’y a aucune raison que cette stratégie ne marche pas dans le combat contre le piratage des œuvres musicales.

Cette situation a contraint les sociétés Mali K7-SA et Seydoni-Mali à mettre la clé sous le paillasson et à mettre leur personnel en chômage technique depuis 2005. Présentement, des dizaines de personnes à la charge des employés de ces deux sociétés qui sont au chômage technique vivent dans la précarité au moment où l’on parle de la lutte contre la pauvreté.

La piraterie est la cause d’un manque à gagner de plusieurs milliards de francs CFA par an pour l’économie du pays.

Outre la piraterie, les artistes sont généralement confrontés à des problèmes financiers pour se faire produire en raison du coût élevé des structures de production. Certains également ont des problèmes pour entrer en possession de leurs fonds avec le Bureau malien des droits d’auteur après la vente de leur produit.


Mohamed Daou

23 Mai 2008