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Cette année, sur le plan international, la Journée internationale de la femme porte sur le thème : « Mettre fin à l’impunité des violences faites aux femmes ». Ce choix se justifie par le fait que chaque année, quatre millions de femmes sont victimes de traite et de violences dues au mariage forcé, à l’esclavage, à la prostitution notamment.

Et sur le plan national, celui choisi est : « l‘Emergence politique des femmes comme facteur du changement pour mobiliser toutes les femmes du Mali autour des enjeux de leur participation à la vie politique« .

Ce choix permettra de mettre en exergue une disposition de la Déclaration de Beijing : « le renforcement du pouvoir d’action des femmes et leur pleine participation sur un pied d’égalité dans tous les domaines de la vie sociale, y compris aux prises de décisions et leur accès au pouvoir, sont des conditions essentielles à l’égalité, au développement et à la paix « .

Il découle également d’un constat. Aujourd’hui les femmes représentent 51,7 % de la population malienne. « Mais cette majorité numérique ne se reflète pas au niveau des instances de prise de décision« , s’indigne Mme Traoré Oumou Touré de la Cafo.

Selon elle, les femmes se trouvent confinées dans des tâches traditionnelles de femmes de foyer et/ou quand elles se retrouvent dans les rouages politique et institutionnel, elles ne se voient confier que des postes subalternes. Alors que sur un plan théorique et même institutionnel, les mêmes droits sont accordés aux femmes et hommes.

En effet, poursuit-elle, la Constitution du Mali dispose dans son article 2 : « tous les maliens naissent et demeurent libres et égaux en droits et en devoirs. Toute discrimination fondée sur le sexe ….est prohibée« .

La loi électorale qui définit les conditions d’éligibilité ne fait apparaître aucune discrimination à l’égard des femmes.

Le long combat des femmes

La femme malienne de nature est battante. Elle a été sur tous les fronts.

Avant l’indépendance, les femmes ont joué un rôle déterminant dans la lutte contre la colonisation. En majorité analphabètes à cette époque, elles ont pourtant été les animatrices et mobilisatrices des partis politiques de l’époque : PSP, US-RDA etc.

Pendant la première République, il n’y avait que quelques femmes députés. Il s’agit de mesdames Awa Kéïta et de Diallo Kamissa Touré. Et une seule conseillère municipale, madame Aminata Diop.

Sous la deuxième République, l’action politique se faisait sous la bannière de l’UNFM (Union Nationale des Femmes du Mali). A cette époque, il y avait eu trois femmes députés sur quatre vingt ; une femme à l’instance suprême le BEC (bureau exécutif central).

Il faut signaler que c’est au cours de la deuxième République, que pour la première fois, il y a eu une femme ministre. Il s’agit de Mme Cissé Inna Sissoko, Secrétaire d’Etat chargée à l’action sociale. Elle a été suivie de mesdames Gakou Fatou Niang, Astan Cissé Sidibé, Diallo Lalla Sy.

Pendant les événements de mars 1991, les femmes ont également participé comme l’atteste les marches historiques des femmes les 23 et 24 mars 1991.

C’est cet effort qui a été couronné pendant la transition par la nomination de Mme Sy Kadiatou Sow au poste de gouverneur du district.

Sous la troisième République, la situation a légèrement évolué. On dénombre actuellement cinq femmes au gouvernement, 18 députés sur les 128 et 12 maires sur les 703.

Même si c’est insignifiant, ce tableau dénote une certaine avancée liée peut être au contexte politique actuel.

Aujourd’hui, les femmes sont de plus en plus présentes dans l’espace politique. Leur participation se trouve contrariée par une série d’obstacles.

Conférence de Beijing, le déclic

« Au Mali, si nous faisons une comparaison de la tenue de la conférence de Beijing en 1995 à aujourd’hui, on se rend compte qu’il y a eu des avancées notamment au niveau de la participation des femmes à la vie publique« , a déclaré Mme Kané Nana Sanou, présidente du Groupe Pivot Droits et Citoyenneté des Femmes, un consortium d’ONG.

La tenue de la quatrième conférence mondiale sur les femmes à Beijing en septembre 1995 a nourri bien des espoirs pour une amélioration substantielle de la condition des femmes en Afrique notamment au Mali.

La déclaration et le programme d’action de Beijing, engageaient les Etats à mener des actions concrètes dans douze domaines prioritaires en vue de l’autonomisation des femmes. Ces domaines concernent la santé, l’éducation, les droits fondamentaux de la femme…

En termes d’objectifs, ces domaines visaient essentiellement l’élimination des obstacles empêchant la femme de jouer pleinement un rôle dans tous les domaines de la vie publique. Et surtout faire participer et mettre la femme sur un pied d’égalité à la prise de décision dans les domaines économique, social culturel et politique.

Pour Mme Alwata Ichata Sahi, secrétaire exécutive du bureau Afrique de l’Ouest de l’Organisation Panafricaine des Femmes (OPF), parmi les douze domaines prioritaires, il y a des domaines qui ont enregistré des progrès, notamment au niveau de l’éducation et de la participation des femmes à la vie publique.

« Avant Beijing, le taux d’analphabétisme des femmes était de 77 pour cent, en 1998 – Beijing +5 -, il était de 66,3 et 67,8 en 2003« , a-t-elle souligné.

Au Mali, l’une des avancées notoires, est la participation des femmes à la vie publique, a précisé la présidente du Groupe Pivot Droits et citoyenneté des femmes, Mme Kané Nana Sanou. Elle a étayé ses propos par des statistiques : « aujourd’hui, nous avons 15 femmes députés contre 3 avant Beijing et, également 5 femmes ministres contre 3 en 1995« .

Au niveau des postes électifs, Mme Alwata déplore qu’au Mali, « il n’y a pas eu d’efforts positifs. Dans certains cas, il y a eu même des régressions« .

Elle a pris, en exemple, l’Assemblée Nationale du Mali : « durant la dernière mandature, on avait 18 femmes contre 15 aujourd’hui sur les 147 que compte le parlement malien.
Au lieu de doubler les 18, on a régressé à 15…. Au niveau des gouverneurs, des préfets, des procureurs, on n’a pas de femme
« , a-t-elle souligné. C’est surtout au niveau des mécanismes institutionnels que le Mali a engrangé des points.

Avant Beijing, le cadre institutionnel de la promotion de la femme se résumait essentiellement à une administration de mission étatique.

Après Beijing, sous l’impulsion des associations et ONG féminines, les autorités maliennes ont décidé d’ériger le Commissariat à la Promotion de la Femme en un Ministère plein dénommé Ministère de la Promotion de la Femme, de l’Enfant et de la Famille en septembre 1997, chargé d’élaborer et de mettre en œuvre la politique nationale de promotion de la femme, de l’enfant et de la famille.

Scrutant l’avenir avec optimisme, Mme Bouaré Bintou Founé Samaké de la clinique juridique des femmes maliennes, déclare faire confiance aux femmes maliennes et à la plate-forme de Beijing : « parce que les femmes maliennes sont des battantes… qui croient en quelque chose« , a-t-elle précisé.

Dans le domaine des droits humains, en tant que juriste, elle a mis l’accent sur la situation de la petite fille, qui n’est prise en compte selon elle, ni au niveau des femmes, ni dans celui des enfants.
Selon elle, elle est victime comme les femmes des mêmes violations de droits, à savoir : le harcèlement sexuel, le mariage précoce, les stéréotypes…

En chiffres

Les statistiques sont explicites par rapport à la participation des femmes à la vie publique et au développement : 7 maires sur les 703 que compte le pays ; 15 députés femmes sur les 147 de l’Assemblée Nationale ; 28 femmes seulement siègent au niveau des conseils de cercle sur un total de 689 conseillers, soit 4,06 %.
Et pourtant les femmes représentent plus de la moitié de la population (11,7 millions d’habitants) et aussi du corps électoral, selon des données officielles.

Ce tableau, ne semble guère désolant pour la Secrétaire Exécutive de la Cafo.

Dans un large sourire, elle exprime au Républicain : « Beijing, en 1995, était un décollage. En 2006, 11 ans après, il y a eu des avancées… 20 après, en 2010, il y aura des résultats significatifs« . Tout en concluant, on obtiendra des résultats plus probants et surmontera beaucoup d’obstacles.

Au Mali, aujourd’hui beaucoup d’hommes pensent que les femmes sont pressées et ont peur du « Tafé Fanga », le pouvoir des femmes. Les femmes, elles, sont convaincues et déterminées. L’élection de Mme Ellen Johson Searlef, première femme africaine à accéder à la magistrature, est un signal fort. Et au Mali, il faut néanmoins noter l’expérience malheureuse du porte étendard des femmes, Mme Sanogo, en 2002, qui a vu sa candidature à l’élection présidentielle rejetée par la Cour constitutionnelle faute de caution….

Cette année, face à l’enjeu électoral qui se profile à l’horizon, les femmes maliennes font face à un double enjeu : traduire en acte concret le slogan : « l’Emergence politique des femmes comme facteur du changement pour mobiliser toutes les femmes du Mali autour des enjeux de leur participation à la vie politique« , ou subir…

Almahady Moustapha Cissé

08 mars 2007.