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La mondialisation aidant, les responsables de ces pays se sont laissés convaincre qu’ils pouvaient nourrir leurs populations en important ce qui est produit ailleurs. Mais, avec la conjoncture internationale, personne n’a vu la catastrophe arriver. Même les concepteurs des programmes de développement ne cachent pas leur surprise depuis les tours d’Ivoire de la Banque Mondiale et du Fonds monétaire international. C’est dans ce contexte qui ne laisse pas notre pays indifférent que la Radio Kayira, en partenariat avec la fondation Rosa Luxemburg, a organisé le Samedi 31 mai 2008, une conférence débat sur le thème: “Quelle politique pour atteindre la souveraineté alimentaire au Mali?”.

La conférence devait être co-animée par des experts du ministère de l’agriculture et du commissariat à la sécurité. Mais, le ministère de l’agriculture n’ayant pas répondu à l’invitation des organisateurs, la conférence a été animée par Dr Diallo Aïssata Traoré, du commissariat à la sécurité alimentaire, Victor Sy, inspecteur de sciences physiques et de chimie à la retraite et par Modibo Sacko, paysan à Niono en zone office du Niger.

Dans sa communication, Mme Diallo Aïssata Traoré a noté que le commissariat à la sécurité alimentaire a été créé avec la mission d’élaborer et assurer la mise en oeuvre de la politique nationale de sécurité alimentaire. Selon elle, le concept de la sécurité alimentaire fait référence à la disponibilité ainsi qu’à l’accès à la nourriture en quantité et en qualité suffisantes. A cet effet, elle dira que la sécurité alimentaire comporte 4 dimensions : la disponibilité, l’ accessibilité, la stabilité dans l’approvisionnement et l’utilisation optimale des aliments.

A la lumière de cette définition, la conférencière dira que la sécurité alimentaire dépasse la notion d’autosuffisance alimentaire et est à distinguer de la sécurité sanitaire des aliments, qui a trait seulement à l’hygiène, la salubrité et l’innocuité des aliments. Dr Diallo Aïssata Traoré a révélé qu’il y a deux dimensions dans la gestion de la sécurité alimentaire : une dimension de gestion conjoncturelle et une dimension de gestion structurelle.

En ce qui concerne la dimension de la gestion conjoncturelle, elle a mis un accent particulier sur le rôle du système d’alerte précoce (SAP).

Selon elle, c’est à partir des enquêtes du SAP qui déterminent les communes en difficultés alimentaires que la décision est prise pour des prélèvements sur le stock national de sécurité alimentaire estimé actuellement à 35 000 tonnes et que l’État compte amener à 100 000 tonnes à l’horizon 2012. “Les prélèvements sont soit distribués gratuitement en cas de crise alimentaire avérée ou mis en vente d’intervention pour assurer la disponibilité”, a-t-elle déclaré. Mais, pour aider les populations à mieux gérer les périodes de soudure, Dr Diallo a affirmé que le commissariat à la sécurité alimentaire a mis en place un dispositif de stockage de proximité, communément appelé les banques de céréales. “Dans le cadre de ce dispositif, chacune des 703 communes du pays a été dotée d’une banque de céréales de 20 tonnes”, a-t-elle dit.

En ce qui concerne la gestion structurelle de la sécurité alimentaire, elle a parlé de la mise en place de la loi d’orientation agricole et du programme national de la sécurité alimentaire qui prend en compte les 12 000 villages du pays. “Le commissariat est parvenu à amener les communes du Mali à prendre la sécurité alimentaire en compte dans leur programme de développement, social, économique et culturel”, a-t-elle déclaré.

Avant de lever le voile sur la mise en place des comités locaux, des comités de cercles et des comités régionaux de sécurité alimentaire. “Tous ces comités sont chapeautés par le conseil national de la sécurité alimentaire présidé par le Premier ministre”, a-t-elle ajouté.

Elle a levé une confusion chez bon nombre de nos concitoyens entre la sécurité alimentaire et la souveraineté alimentaire qui est le droit qu’a chaque État de mettre en place les politiques agricoles les mieux adaptées à sa population.
Elle a cédé le micro à Modibo Sacko, paysan à Niono et porte flambeau des paysans de l’office du Niger qui se battent depuis quelques années pour que les redevances eaux payées puissent être utilisées à bon escient. Selon le paysan riziculteur, notre pays ne pourra pas atteindre la sécurité alimentaire et voir la souveraineté alimentaire, si une aide conséquente n’est pas accordée aux paysans.

Il a mis un accent sur le paradoxe de la zone Office du Niger. “Nous avons des étendues de terre. Le pays bien organisé pouvait nourrir plusieurs autres pays d’Afrique. Mais, nous sommes aujourd’hui obligés d’importer le riz pour nous nourrir”, a-t-il regretté. Il a salué l’initiative riz du Premier ministre dans le fond. Mais, il s’est opposé à la forme. S

elon lui, le schéma de mise en oeuvre actuel va profiter aux commerçants et autres intermédiaires. “Le gouvernement devait plutôt réfléchir à un schéma qui allait directement aider les paysans”, a-t-il proposé. Avant de demander à l’État malien d’aider les paysans pour booster la production agricole du pays.

Pour sa part, Victor Sy a invité les Maliens à inscrire leurs enfants à l’école pour avoir le savoir qui doit nous aider à développer notre pays. Il a invité les autorités à mettre en valeur les phosphates de Telemsi au lieu de se perdre dans des business d’importation d’engrais.

Assane Koné

03 juin 2008