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Ce choix politique ressuscite les démons de la division et expose la Ruche au risque d’une nouvelle césarienne.
Le débat est clos ! L’Adema soutiendra ATT, «un militant de la première heure du parti» selon son président Dioncounda Traoré, en 2007.

La question est tranchée parce qu’il sera surprenant que le congrès extraordinaire qui doit entreprendre les modifications statutaires nécessaires en décide autrement. La conférence nationale des 12 et 13 novembre derniers a profité aux «pro-ATT».

«Au détriment des intérêts du parti» diront certainement leurs adversaires. Comme on pouvait s’y attendre le choix politique, grosse de conséquences pas forcément réjouissantes pour les Abeilles de Bamako Coura, provoque déjà des remous dans la Ruche.

Alignés en ordre de bataille derrière Soumeylou Boubèye Maïga (1er vice-président et candidat potentiel en 2007), certains responsables sont déterminés à s’opposer à ce «soutien électoral» à ATT.

A 16 mois des élections générales prévues pour le mois d’avril 2007 au Mali, l’Adema Pasj est donc une fois de plus au bord de l’implosion. On voit mal Soumeylou et ses alliés renverser la tendance actuelle.

Tout comme on les voit mal se résoudre à la décision supposée être celle de la majorité. En réalité, elle est loin de satisfaire les différentes tendances de la première force politique du pays (3550 conseillers élus, 270 mairies, 25 conseils de cercles, 6 Assemblées régionales et la mairie du district de Bamako…).

Ce n’est un secret pour aucun analyste politique que ce soutien enthousiaste cache mal le profond malaise qui secoue l’Adema depuis quelques mois.

Peu de militants partagent en effet l’enthousiasme et l’optimisme du président Dioncounda Traoré qui, au lendemain de cette 7è conférence nationale que certes, «l’ADEMA n’a pas connu un énième éclatement à l’issue de ces débats qui constituaient sans aucun doute un vrai pari».

Des propos visant de se donner bonne conscience, a rassuré lui-même sur les bien-fondés de sa position. Parce que tout le monde sait que le péril d’une nouvelle scission est encore réel.

Sinon pourquoi les participants ont-ils alors conseillé une campagne de sensibilisation et d’information des militants à la base par rapport à cette décision ?

Comme le soulignait un confrère, en début de la semaine dernière, une telle précaution n’aurait pas été nécessaire si réellement toutes les composantes du parti adhéraient à ce choix adopté, officiellement, pour éviter à la Ruche les même soubresauts qui l’avaient ébranlée en 2002 pour la même raison.

L’éternelle division autour d’ATT

Décidément, l’Adema ne réussira jamais à faire l’unanimité autour de ce «grand militant» qu’est ATT. La division autour de lui n’a pas commencé maintenant.

Déjà en 2002, la candidature de celui dont la bienveillance aurait permis au Parti africain pour la Solidarité et la Justice (ADEMA-PASJ) de faire deux mandats avait déjà divisé les barons.

Une grande partie de l’Adema, à commencer par Alpha Oumar Konaré (président sortant) et Soumeylou Boubèye Maïga , l’avait soutenu contre Soumaïla Cissé, le candidat officiellement investi de la Ruche. Aujourd’hui, la fronde vient de certains de ses alliés de 2002.

C’est le cas de Soumeylou Boubèye Maïga qui, étrangement est un farouche opposant à ATT aujourd’hui alors que jadis il lui était très proche puisque ayant collaboré avec l’actuel locataire de Koulouba sous la transition.

D’ailleurs, il a tenu à le rappeler à ses adversaires en déclarant, «je connais personnellement ATT et je ne pense pas qu’il y ait dans cette salle quelqu’un qui a des liens plus étroits avec lui que moi».

«Parlant de la position du parti, en ce qui concerne les élections de 2007, certains arguments sont mis en avant par les militants : le soutien à ATT renforcera le parti dans la perspective des législatives, le parti manque de moyens financiers», constate-t-il dans une déclaration faite lors de la conférence nationale.

Des arguments qu’il ne partage pas naturellement. Pour lui, les moyens ne déterminent pas forcément l’issue d’une candidature.

«En 1992, à 48 heures du dépôt des candidatures, la caution d’Alpha n’était pas encore réunie : néanmoins il a gagné. En 2002, Soumaïla Cissé a dépensé plus que tous les candidats : mais il a perdu. Le soutien à un candidat doit se faire sur la base de la force du parti», argumente-t-il.

Connaissant les ambitions de l’homme, il est utopique de croire qu’il va se résigner et suivre ses adversaires dans leur soutien électoral à ATT. Il faut s’attendre à ce que Soumeylou use de tous les moyens pour avoir gain de cause.

Cela est d’autant prévisible qu’il peut être le candidat naturel de l’Adema en 2007. Et l’homme n’a jamais caché ses ambitions de diriger le Mali un jour.

Il faudra donc compter avec sa «rébellion». Une velléité contre laquelle la conférence nationale a déjà recommandé des mesures disciplinaires.

Elle a en effet recommandé au CE de «faire respecter, avec vigueur, la discipline au sein du Parti» et «prendre des sanctions immédiates contre le travail fractionnel quelle que soient sa nature et son origine».

Faire prévaloir le sens de la responsabilité

C’est dire que la décision de la conférence nationale est loin d’avoir résolu l’équation du soutien à ATT qui divise l’ Adema.

Et même s’ils ne disent pas haut par crainte pour les postes, des responsables et non des moindres affichent la même détermination que Soumeylou.

A les entendre, le combat ne fait que commencer. Une belligérance naturellement jugée anti-démocratique par les Pro-ATT. Ces derniers sont déterminés à faire entériner le choix d’ATT par les instances du parti.

La position des uns et des autres est légitime puisque chacun défend ses intérêts. Comme l’analyse un confrère de Le Républicain, «c’est donc un bras de fer qui est aujourd’hui engagé dans la ruche. Vu la détermination des uns et des autres, une déchirure au sein du parti est fortement envisageable».

Mais, force est de reconnaître que si le réalisme politique donne raison aux Pro-ATT, la légalité est du côté de leurs adversaires.

Le recours à un congrès extraordinaire pour adapter les textes, la nouvelle donne le prouve. Chacune des deux tendances aura sa part de responsabilité dans la nouvelle césarienne politique dont les signes sont évidents dans les différentes déclarations.

Gageons qu’au delà du réalisme et de la légalité, les protagonistes vont privilégier le sens de la responsabilité historique pour circonscrire le péril qui menace la première force politique du pays.

Aïssata Bâ

22 novembre 2005.