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Une interview de M. Amadou Sow, directeur général de l’EDM. Cette interview de l’ancien DG de l’EDM date du 20 février 1977. Il y 34 ans, les sérieux problèmes posés demeurent toujours, malgré l’existence des deux barrages : Sélingué et Manantali qui étaient des grands projets d’électrification.
M. le directeur général, le Mali est un pays vaste et son électrification doit poser de sérieux problèmes. Quels sont ceux qui ont déjà trouvé une solution ?

M. Amadou SOW : Le territoire malien est vaste et l’électrification des zones urbaines ou rurales est réalisée à partir de sources autonomes de production Diésel car il n’existe pas encore de réseaux interconnectés. La position continentale du pays et son étendue rendent prohibitif le cout du kilowatt (KW) installé. Si dans notre programme de développement douze (12) localités sont électrifiées à savoir Bamako, Kayes, Ségou, Sikasso, Mopti, Gao, Tombouctou, Koutiala, Bougouni, Fana, Kati et Koulikoro (à partir de Bamako) il est envisagé d’élaborer en les actualisant les études d’électrification de San, Kita, Bandiagara, Nioro, Diré, Niono, Ansongo, Goundam d’ici 1978. Nous pensons donc que certaines de ces localités seront dotées d’un réseau de distribution dès que leur exploitation s’avèrera économiquement viable.

Dans les prochaines années, deux noms doivent marquer un certain développement du Mali : les barrages de Sélingué et de Manantali. Quels rapports existent-ils entre l’édification de ces ouvrages et votre Société ?

M.A.S : Les deux grands projets tant attendus au Mali sont en effet les barrages de Sélingué et de Manantali. Mais il faut situer chacun de ces projets dans son contexte réel. Le 19 novembre 1976, le Chef de l’Etat Malien, le Colonel Moussa Traoré a procédé à la pose de la première pierre du futur barrage de Sélingué. Cet aménagement qui représente un investissement très important et prioritaire du plan Quinquennal de Développement Economique et Social du Pays (1974-1978), s’inscrit dans le cadre de la politique malienne d’aménagement des cours d’eau et qui répond essentiellement à un des objectifs du Plan ; la maitrise de l’eau.

Indépendamment du développement de l’agriculture, du développement du transport fluvial, le barrage de Sélingué sur le fleuve Sankarani permettra la production de 200 millions de KWH/an pour répondre aux besoins en énergie électrique de Bamako et des localités raccordées grâce à une ligne de transmission Haute Tension reliant Sélingué à la capitale.

Quant au barrage de MANANTALI, il s’insère dans un vaste programme de développement intégré du Bassin du fleuve Sénégal (OMVS) regroupant trois (3) pays à savoir la Mauritanie, le Sénégal et le Mali. Comme pour le barrage de SELINGUE, le barrage de MANANTALI (situé au Mali) aura un triple rôle : l’irrigation, la navigation permanente entre SAINT-LOUIS et KAYES et une production annuelle d’une quantité importante d’énergie (400 millions de KWH pendant les premières années et 800 après la suppression de la crue artificielle) pour satisfaire du côté malien les besoins quant à l’exploitation des ressources minières dans la région de Kayes.

La construction d’une ligne de transmission haute tension Manantali- Bamako à mon avis se justifie quand on pense à l’interconnexion du périmètre Ségou-Markala avec Bamako4 par une ligne Haute Tension Bamako-Ségou alimentant Fana, Ségou, Markala à partir de l’énergie hydroélectrique de Sélingué, de Sotuba et de Manantali. L’Energie du Mali suit avec un intérêt certain l’édification des ouvrages dont il est question en tant que concessionnaire de la production et de la distribution d’énergie électrique et d’eau sur le territoire mais les rapports entre la gestion de ces ouvrages à buts multiples et le rôle que devra jouer notre Société ne semblent pas avoir été définis clairement.

Que pensez-vous de l’instauration d’une politique énergétique régionale, à l’instar de ce qui se passe entre le Ghana, le Togo et le Bénin ?

M.A.S Ce qui se passe entre le Ghana, le Togo et le Bénin ? C’est la Communauté électrique du Bénin(CEB). Elle a été créée en 1968 par un accord international qui a fixé un code d’électricité entre les pays du Togo et de la République du Bénin.

Cette communauté est exemple de la coopération entre pays africains et ce, il faut dire, grâce à l’esprit de solidarité du gouvernement du Ghana qui s’est efforcé avec les pays voisins d’établir des liens de coopération dans le domaine de l’électricité en partant de l’énergie produite par le barrage d’AKOSSOMBO avec ses 900.000 KW installés. Je pense que l’instauration d’une telle politique énergétique régionale est plus que recommandée car elle va dans le sens de l’accélération de l’Unité Africaine.

F.C

22 Avril 2014