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Le 22 septembre 2008, le Mali célébrera le 48ème anniversaire de son accession à l’indépendance. Si le 47ème anniversaire de cet évènement était intervenu dans un contexte national marqué par l’appel à l’armée pour mettre fin à la provocation des terroristes à Tin-zawaten, cette année, la fête coïncide avec une situation qui se normalise presque au Nord-Mali. Et nos braves militaires ont, sans nul doute, eu le moral pour relever le défi.

Malgré les efforts louables déployés par le gouvernement malien en matière de développement, avec l’appui de ses partenaires techniques et financiers, la crise au Nord-Mali avait ressurgi le 23 Mai 2006, suite aux attaques perpétrées contre l’armée régulière, dans les villes de Kidal et de Ménaka.


Les autorités restées imperturbables

Face à cette situation préoccupante, des compatriotes ne cessaient de manifester leur impatience de voir l’armée en finir une fois pour toutes avec la provocation de Bahanga et ses protecteurs, comme ce fut le cas par le passé.

En effet, la rébellion de 1962-63 avait été matée dans le sang par la jeune république du Mali, sans aucune implication de la société civile dans l’analyse et la gestion de ce conflit. Le cercle de Kidal, et au-delà, les régions du Nord, avaient été mises sous surveillance ou gestion militaire. Mais ce qu’on ne savait pas, c’est que le régime d’alors venait ainsi de semer les graines d’un second conflit armé dans le septentrion malien qui interviendra en 1990.

Cependant, ces compatriotes qui réclament la solution militaire pour mater les insurgés oublient que les crises se succèdent au Nord, mais ne se ressemblent pas ; les solutions aussi. La preuve : à travers le conflit né des évènements survenus le 23 Mai 2006 à Kidal et Ménaka, c’est la première fois qu’on parle de pose de mines anti-personnelles.

Pire, d’habitude, dans la rébellion, on assistait jusqu’ici à des attaques des positions de l’armée ou à des enlèvements. C’est la première fois qu’un groupe se lève et décide de prendre une zone où sont implantées les forces nationales, et demande le départ de l’armée régulière. Bahanga veut faire, de Tin-Zawaten, sa zone et sa propre base, foulant ainsi au pied l’inviolabilité de l’intégrité du territoire national.

Du reste, les plus hautes autorités du Mali, avec, à leur tête, le Président de la République et Chef suprême des Armées, Amadou Toumani Touré, sont sensibles au cri de coeur de leurs compatriotes, face à cette nouvelle donne dans le septentrion. Mais le Président de la République a également compris qu’il faut gérer le problème avec tact et discernement .

C’est ainsi que le gouvernement a entrepris des pourparlers pour aboutir à la paix et au développement dans la région de Kidal. Pour expiquer son option, ATT a fait comprendre à son peuple que “le métier d’un guerrier est de faire la guerre ; celui du militaire est de faire la paix”. C’est dire que l’armée malienne est désormais engagée sur la voie du développement, et que le seul combat qui vaille la peine d’être mené est bien celui contre la pauvreté et le sous-développement.

C’est dire que nos forces armées et de sécurité, qui ont contribué à la paix sur le continent africain et ailleurs, ne sauraient la détruire chez elles-mêmes, ici, au Mali. Elles doivent donc dire non à la guerre et son cortège de malheurs. Mais cela ne voudrait nullement dire que nos forces armées ont peur de prendre les armes.

Bien au contraire, nos éléments restent fidèles à leur serment envers le peuple et la nation : l’expression des missions de préservation de l’intégrité du territoire national, de défense du territoire, de sûreté publique. Et du côté du pouvoir, cela est affirmé avec force : “Il n’est pas question, pour le Gouvernement, de céder ni au chantage, ni un centimètre du territoire malien…”.


Le sacrifice des troupes

En tout état de cause, si le régime ATT privilégie l’alternative d’une solution négociée à la crise, cela est loin d’être un aveu de faiblesse. Seulement, il cherche à faire la part des choses, en se rendant à l’évidence que les actes posés sont vraiment contraires aux principes sur lesquels est fondée la République du Mali, mais aussi constituent une violation flagrante de la légalité internationale.

En d’autres termes, ATT reste convaincu que la région sahélo-saharienne est de plus en plus confrontée à des menaces graves qui pèsent sur elle et qui anéantissent tous les efforts de développement de la zone. Ces problèmes sécuritaires sont caractérisés par la circulation anarchique des armes, le trafic de drogue et des cigarettes, le banditisme transfrontalier et le terrorisme, entre autres. Ce faisant, le contrôle des frontières est hors de portée des seuls moyens d’un Etat.

Or, face à ces violations, nos forces armées et de sécurité n’ont pas failli et ne failliront jamais à leur devoir, et veilleront jalousement sur la défense et la préservation de l’intégrité du territoire national.

Néanmoins, au fur et à mesure que le gouvernement poursuivait les négociations soit en Algérie, soit en Libye, sur le terrain, des éléments de l’armée régulière sont pris en otage par les bandits armés. Quelques fois, l’armée américaine a traduit dans le concret sa coopération militaire avec notre pays, en apportant son soutien à nos forces sur le terrain.

Cependant, ces prises d’otages n’ont nullement ébranlé les éléments sur le terrain, qui sont fidèles à leur serment envers le peuple et la nation, encore moins le gouvernement déterminé à rétablir l’ordre dans le septentrion, par la voie pacifique.

C’est pourquoi les pourparlers ont abouti à la signature, dans un premier temps, d’un Accord à Alger pour la paix, la sécurité et le développement dans la région de Kidal. Cet accord fut signé entre le gouvernement malien et l’Alliance du 23 Mai 2006, sous les auspices du médiateur algérien.

Par ailleurs, en marge de la médiation algérienne, la Libye s’était aussi engagée à tout mettre en oeuvre pour le retour de la paix et de la sécurité dans la bande sahélo-saharienne en général, et à trouver une solution à la crise du Nord en particulier. C’est pourquoi l’implication personnelle du Guide Mouamar Khadafi sollicitée par des notables Touaregs a permis la récente libération des 44 militaires et celle des bandits armés détenus par l’armée régulière.

En saluant les désormais ex-otages, le Chef d’Etat Major Général des Armées, le Général Gabriel Poudiougou, a déclaré : “Vous avez fait preuve d’engagement sans réserve pour la défense du territoire national (…). Vous avez respecté le serment du soldat, dont le métier d’arme est de s’interposer entre les populations dans son pays et le danger. Toute la patrie malienne reconnaît vos sacrifices et vous remercie”.

Comme on le voit, petit à petit, la situation est en train de se décrisper dans le Nord, car si des otages sont toujours détenus par les bandits armés, leur nombre ne dépasserait pas quatre éléments. C’est dire que l’effort du Chef de l’Etat, qui a toujours privilégié les négociations directes ou indirectes, est en train de paye, malgré l’appel du pied de certains Maliens en faveur de l’option militaire, pour le retour de la paix et de la sécurité dans cette partie du territoire national. Et la libération des otages, en cette veille de 22 Septembre 2008, reste un bon cadeau d’anniversaire du Président de la République, de l’armée et du peuple maliens.

Oumar SIDIBE

Soir de Bamako du 18 Septembre 2008