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D’aucuns diraient peut-être qu’il ne sert à rien de ressasser un passé glorieux. Mais la situation actuelle de notre cher Mali est telle qu’on ne peut s’empêcher de se demander s’il s’agit encore du Mali des Soundjata, Tièba, Babemba, Da Monzon et autres figures emblématiques. Jamais certainement le Mali n’est tombé aussi bas que sous Amadou Toumani Touré, lequel, au demeurant, se vante constamment d’être un général et d’être mieux placé que quiconque pour savoir ce que c’est que la guerre. Et oui le règne d’ATT, n’en déplaise aux courtisans, est, souhaitons-le, ce qui pourrait y avoir de pire, tant l’honneur, la dignité sont désormais des notions réduites à leur plus simple expression.

Les exemples sont nombreux, qui montrent à suffisance qu’ATT n’a pas l’étoffe d’un grand dirigeant. A commencer par la lutte contre la corruption, ou plutôt l’encouragement pour la corruption. Comment, en effet, dans un pays, pauvre comme le Mali, le premier responsable du pays puisse se permettre d’annoncer publiquement qu’il ne va pas humilier un chef de famille parce qu’il a détourné des fonds publics ? Pire, non seulement ATT tient fréquemment ce discours, mais aussi il le revendique, comme pour narguer les autres.

Le sens d’un discours très simple : Celui qui détourne des fonds publics et qui est arrêté et reconnu coupable, n’aura qu’à rembourser ce qu’il aura pris. Lorsqu’on s’empare des deniers publics et qu’on n’est pas pris, tant mieux. En d’autres termes, c’est la loterie. A partir donc du moment où on n’aurait qu’à rembourser au cas où on serait pris, quel est ce citoyen qui ne va pas être tenté si l’opportunité se présente à lui ? Certainement très peu. Il est difficile de croire qu’on puisse pousser la magnanimité jusqu’à défendre les intérêts d’un individu au détriment de tout un peuple car c’est de cela qu’il s’agit. C’est à se demander si le président ATT a des conseillers dignes de ce nom. Mais on le sait, l’homme croit tellement à son étoile, à son cœur (je parle avec mon cœur, ne cesse-t-il de dire), qu’il ne serait pas étonnant si l’on nous disait qu’il se foutait éperdument de ceux-ci.

Outre cette lamentable « stratégie » de lutte contre la corruption, force est de reconnaître que le passage en force du gouvernement dans la gestion du Code de la famille et des personnes, de même que de l’Assurance maladie obligatoire, n’est pas un exemple de fierté. Quid de la crise du Nord ?

Qu’on ne se leurre pas, l’Armée malienne est très mal en point. Pas la peine de revenir sur la responsabilité personnelle du Général dans l’éclatement de cette crise. Parlons plutôt de ce qui reste de notre armée. La vaillante armée se bat avec les moyens du bord. Mais certains faits sont là pour nous prouver que jamais l’intégrité du Mali n’a été menacée à ce point. Des soldats qui désertent, fuient à l’étranger, des villes abandonnées et laissées à la merci des bandits, une caserne (Tessalit) assiégée puis reprise par les rebelles, des soldats enlevés régulièrement ou égorgés, la liste du désarroi est longue. Reste-t-il quelque chose de cet honneur dont on aime tant se vanter ? Loin de nous l’idée de mettre en cause la vaillance des forces armées. Celles-ci ressemblent davantage à des victimes qu’à des faiblards. Oui, on a de plus en plus l’impression que ce qui arrive au Mali est un complot bien orchestré. Un complot dont les artisans principaux pourraient se trouver hors du pays, mais qui serait soutenu de l’intérieur.

C’est l’occasion de revenir sur certains propos du président ATT lorsqu’il ne cesse de rappeler qu’il avait prédit les conséquences de la crise libyenne. Personne ne lui apprendrait que gouverner, c’est prévenir. Alors le président se compromet en rappelant ces propos. Ensuite par rapport au massacre d’Aguel’hoc, ATT affirme que les soldats froidement abattus étaient âgés de 18 à 22 ans. C’est là une confirmation de ceux qui l’accusent de n’envoyer au front que des nouvelles « recrues », des jeunes sans expérience aucune, alors que le pays enregistrerait la plus forte proportion de généraux au Monde (78 généraux d’armée). Et lorsque Alain Foka (RFI) parle de son laxisme au sujet du Nord, ATT prend à témoin le massacre d’Aguel’hoc et de 30 autres jeunes.

Que comprendre ? Ne connaissait-il pas le sens de « laxisme » ou évitait-il la question ? Restons un peu sur ce laxisme que le président réfute, mais qui est tout sauf une affirmation gratuite. En effet, combien de fois les autorités mauritaniennes, algériennes et françaises ont invité le régime ATT à occuper le nord Mali pour combattre les terroristes ? A chaque fois, le président ATT a fait une fuite en avant invoquant la nécessité d’une coalition. Si cette nécessite ne fait aucun doute, il n’en demeure pas moins que les autres pays voisins ont pu faire en sorte que les terroristes n’élisent pas domicile sur leur sol. Pourquoi le Mali ne pouvait-il pas faire de même ? Serions-nous démunis à ce point que nous ne puissions pas suivre l’exemple de pays commela Mauritanieou le Niger ? Difficile à croire ; d’où les supputations sur les connexions mafieuses dont feraient partie de hautes personnalités.

Des avions qui déchargent des quantités de drogue en toute impunité et malgré l’alerte de pays tiers, ça ne rassure pas. Que comprendre au retour imposé de feu Bahanga par feu Khadafi ? Celui-là même qui avait, selon le général Kafougouna, osé demander qu’ « on lui laisse sa zone (pour le paraphraser). C’est suite aux poses de mines anti personnelles que l’Assemblée nationale avait adopté une loi qui ne visait en réalité que Bahanga qui en était le seul responsable. Tout ça pour rien. Bahanga retourne tranquille au bercail, et mieux, il est appelé à faire partie de troupes régulières pour combattre le trafic : un trafiquant à qui on demande de lutter contre le trafic. Le ridicule ne tue pas, heureusement. Au même moment, celui qui était supposé être le principal détracteur de Bahanga, du moins dans l’imaginaire populaire, est envoyé au garage en tant que chef d’Etat major adjoint de la présidence dela République. Ils’agit du colonel Gamou.

Oui, on ne peut être plus mou. Dans ces conditions, même si l’Algérie etla Mauritaniesont des pays voisins dits « amis », peut-on réellement leur en vouloir de soutenir la rébellion ? Le Mali sert de base arrière à des bandits qui tentent de les déstabiliser et ne fait pratiquement rien pour endiguer le fléau. Sinon que de leur permettre de violer allégrement les frontières de notre pays, fut-il au prix de vies civiles innocentes.

Le Mali reste-t-il un Etat souverain sous ATT ? Revenons encore un peu à l’idée de la possibilité d’un complot mûrement réfléchi apparemment. Peut-être que le mot « complot » est-il un peu fort, mais l’incompréhension et l’indignation nous poussent à bout. Aussi, sachant comme il a laissé voir que cette guerre contre la rébellion est éternelle et que nos enfants aussi auront la leur (paraphrase), le président n’a aucune excuse à n’avoir pas préparé la guerre : Qui veut la paix prépare la guerre, dit-on. Et quand c’est un général qui dirige le pays, cela devient plus qu’un devoir. Mais sur ce point, ATT n’est pas apparemment seul responsable. Son prédécesseur, Alpha O. Konaré, n’a certainement rien fait ou peu pour donner à l’armée malienne les moyens de sa politique. Il n’y a pas si longtemps que cela, sous le régime GMT, les Maliens ne se lassaient pas de vanter les mérites de leur armée qu’ils considéraient à tort ou à raison comme l’une des plus équipées de la sous-région. Aujourd’hui on cède un camp devant ceux qui, selon le président mauritanien, ne constitueraient que quelque 300 hommes approvisionnés par des personnes « bien identifiées ».

Les bandits seraient très bien équipés, possible. Mais ce qui est sûr, l’armée malienne n’est visiblement plus que l’ombre d’elle-même. Non pas par sa faute à elle, mais du fait de l’irresponsabilité de politiques qui ont préféré caresser les bandits dans le sens du poil ou tout simplement faire plaisir au défunt Kadhafi ; dont l’implication dans les rébellions successives ne fait plus de doute aujourd’hui. A moins qu’on ne veuille pas admettre la réalité : rien de plus aveugle que celui qui ne veut pas voir, dit l’adage. Alpha O. Konaré et ATT détiennent certainement les records de voyage chez le Guide parmi tous les chefs d’Etat au monde. Au nom de quoi ? D’une cité gouvernementale qui nous revient à 53 milliards de dette ?

Ces deux chefs d’Etat, A. O. Konaré et ATT devront certainement rendre compte un jour au peuple malien pour avoir mis l’armée dans un état aussi délabré. Il suffit de faire un tour dans les camps pour se rendre compte de la triste réalité sur l’état de nos équipements militaires. Les autorités ne s’en gênent même pas, puisque désormais du haut de l’échangeur multiple près de la cité ministérielle, il est loisible même à un étranger, de satisfaire sa curiosité de l’intérieur dela Basemilitaire, avec ce qui reste des équipements. Pourtant Dieu sait si le pays était équipé. Il y a une dizaine d’années,la Russieétait le premier pays créancier du Mali. Ce n’est pas un secret, la dette de ce pays envers le Mali ne partait essentiellement que sur l’achat d’armements à l’ex-URSS.

Aujourd’hui donc, tout est apparemment fait pour affaiblir notre armée et la laisser à la portée des rebelles : la porte ouverte à l’indépendance. Il faut se rendre à l’évidence, jamais les Touareg n’ont été aussi près du but, et ce sous le règne d’un général d’armée. Tout le monde profite du manque de détermination d’ATT. Même l’ancienne ministre Zakyatou Walett dont la maison à été saccagée récemment à Kati. En effet, l’ancienne ministre, dans sa lettre ouverte à ATT, rappelle que le Chef de l’Etat a l’habitude d’appeler son mari « Mon maître ». Zakyatou devrait aller au fond de son idée et nous expliquer où elle voudrait en venir.

Quand nous disons que tout le monde profite du laxisme d’ATT, cela ne concerne pas la classe politique dans sa majorité. Laxiste, ATT est encore plus responsable que la plupart des acteurs politiques. Ceux-ci ont été bien maîtrisés au point d’être devenu l’inventeur d’une « troisième voie », celle du « consensus », mais un « consensus » au bénéfice de leurs seuls acteurs, au détriment du peuple. Ce n’est pas un vain mot le « contre pouvoir », il sert à quelque chose, à rappeler à l’ordre, à dénoncer ce qui ne va pas, pour une meilleure construction du pays. Si ATT est responsable de la situation actuelle du pays, les politiques le sont doublement. La classe politique malienne s’est d’autant compromise qu’elle s’est fait le chantre du projet de référendum constitutionnel, qui est tout comme le Code de la famille et des personnes, plus qu’un recul démocratique.

En effet, au lieu d’aller dans le sens d’un régime parlementaire, où le chef du gouvernement serait issu de la majorité parlementaire, nos chers politiques invitent à voter un projet qui réduirait leurs pouvoirs au profit du seul président. Difficile à croire que ceux qu’on connaît comme étant l’élite intellectuelle sortie des meilleures écoles aient pu agir ainsi ? Tout simplement pour ne pas se mettre à dos à la veille des élections, donc pour préserver leurs intérêts égoïstes au détriment de ceux du peuple, qu’ils s’apprêtent à consulter ? Le comble de l’ironie. La note d’espoir est qu’il reste encore des braves dans ce pays, comme Soumana Sacko, Cheick Modibo Diarra, Ali Nouhoun Diallo et tout le collectif « Touche pas à ma constitution », sans compter ceux qui n’ont pas voix au chapitre, qui n’ont pas hésité, contrairement aux grands ténors de la classe politique, ceux-là mêmes qui sont dits favoris à la succession d’ATT, à s’opposer ouvertement et publiquement au fameux projet constitutionnel.

Ce n’était pas s’opposer pour s’opposer, mais s’opposer avec arguments à l’appui. Les personnes non instruites ont certainement raison quand elles disent que « ce sont les intellectuels qui ont trahi ce pays ». Pour revenir à ATT, la rébellion aura, à son grand bonheur, éclipsé la crise sociale potentielle liée à la crise céréalière et à l’augmentation démesurée des prix des denrées de premières nécessités. Son passage à deux reprises à la tête de l’Etat incite à tirer quelques enseignements. La politique est une chose sérieuse et les citoyens auront tort de continuer à penser ainsi. Ils auront tort de laisser le champ libre à ceux que l’imaginaire populaire qualifie de « gens qui n’ont pas honte ».

L’honneur et la dignité sont des valeurs sacrées. Prenez l’exemple sur ce pays qui force parfois le respect : l’Angleterre. A la dernière coupe du monde de football en Afrique du Sud, les autorités de ce pays n’ont pas hésité à retirer le brassard de capitaine au défenseur de Chelsea, John Terry. « Simplement », parce qu’il sortait avec la fiancée de son coéquipier, même pas l’épouse. Au pays des Lords, cela est un sacrilège. John Terry n’incarnait donc plus les « valeurs anglaises » pour mériter être le digne représentant du pays sur le terrain. D’autres personnalités voulaient simplement qu’il ne fût même pas sélectionné.

Après la coupe du Monde, le brassard de capitaine lui est revenu, certainement plus parce que l’entraineur Italien le voulait. Mais tout dernièrement encore, le même joueur est reconnu coupable de « propos racistes » envers un autre joueur. Il n’en fallait pas plus pour que les autorités le dessaisissent définitivement du brassard de capitaine de l’équipe nationale de football de l’Angleterre. L’entraineur n’ayant pas apprécié cette décision, a préféré rendre sa démission. Cela se comprend, celui-ci n’est pas Anglais. Cette anecdote, pour en appeler au sursaut d’orgueil des Maliens. Le Mali n’est pas n’importe quel pays. C’est le pays des grands empires, c’est le pays de l’une des grandes civilisations africaines et mondiales, le pays des grands résistants à la pénétration coloniale, c’est le pays de Tombouctou dont le rayonnement a atteint le monde entier, c’est le pays de ces grands hommes qui préféraient la mort à l’humiliation. Aujourd’hui le peuple malien n’est pas loin de l’humiliation. Nous n’avons même plus envie d’écouter ces stations comme RFI qui s’amusent à mettre à nu notre armée, qui font de la propagande au profit des bandits avec lesquels le Quai d’Orsay de Alain Juppé pourrait avoir conclu un accord.

La réception de responsables du MNLA au ministère français des Affaires étrangères, de même que les propos tenus par le ministre de la coopération, de Raincourt (expliquant implicitement les démarches nécessaires au MNLA pour prouver sa bonne foi en faveur de la lutte contre le terrorisme au Nord Mali) ne laissent planer aucun doute sur la position des autorités françaises, dépitées elles aussi du manque de réaction de ATT à l’occupation du septentrion par des terroristes. Avecla France, il faut que les autorités maliennes s’assument. Si nécessaire, elles doivent interrompre les programmes de RFI qui ne fait que saper le moral d’une population déjà meurtrie. Les autorités maliennes doivent, par ailleurs, tenir le langage de la fermeté vis-à-vis du régime de Sarkozy. Ne nous cachons pas derrière ce soi-disant rapport de forces à notre défaveur. Les français ne respectent que ceux qui osent leur tenir tête, comme Paul Kagamé du « petit » Rwanda, qui n’a pas osé faire de l’anglais la langue officielle du pays. En lieu et place du français. Voici un homme courageux malgré tous les défauts qu’on pourrait lui trouver.

Mieux, depuis qu’il dirige le Rwanda, le pays se développe de façon considérable. Paul Kagamé traite Sarkozy d’égal à égal, non pas comme un maître. Ce faisant, il force le respect de Sarkozy et de tout le pouvoir.La Francea, on le sait de par l’histoire, une capacité de nuisance terrible. Maisla Francen’est pas la seule puissance au Monde. Pourquoi voudrions-nous déifier un pays dont le rayonnement est historiquement postérieur à celui du Mali des grands empires, à celui de la culture malienne (Tombouctou, Djénné, etc.)

Débarrassons-nous de ce complexe et disons Non pour une fois à la France. Cela ne serait pas la fin du monde. Allah accompagne le Mali. Il reste au peuple malien le baroud d’honneur. Tous les patriotes du pays doivent faire preuve de sacrifice pour aider l’armée à avoir les moyens de sa politique, à assurer l’intégrité du territoire véritablement menacée pour une fois. Il ne faut certainement plus compter sur ATT pour ce faire. Aussi les uns et les autres se doivent-ils de prendre part à l’élection présidentielle, de faire le sacrifice de renoncer au moins pour une fois à l’achat de conscience, de choisir un homme qui incarne les valeurs ancestrales et sauve ce qui reste de Maliba. Pour paraphraser Lénine, « si tu ne fais pas la politique, la politique va s’occuper de toi ». Les Maliens ne doivent pas perdre de vue cette théorie. Faire de la politique ne veut pas dire chercher à être élu. Tout ce qui concerne notre quotidien est politique. Il vaut donc mieux ne pas être absent pour le choix des hommes et femmes appelés à décider en notre nom. C’est cela le sens du message de Lénine.

Les élections ne sont pas sincères, crédibles au Mali. Mais le peuple doit justement refuser de se faire voler sa victoire. Il doit se faire entendre et exiger sa victoire. Par ailleurs, c’est en votant massivement qu’on a plus de chance – pas toutes les chances – de faire élire son candidat, car le tricheur réfléchirait à deux fois s’il constate l’énormité de la différence de voix entre lui et celui à qu’il veut dérober la victoire.

Nous ne sommes d’aucune tendance, mais nous sommes du « bord Mali » qui a besoin de « l’oiseau rare » pour être sauvé, pour éviter d’être traîné à terre en plus d’avoir été terrassé. Il s’agit maintenant de sauver le soldat malien pour que soit sauvé l’honneur dela Nation.

I Vitalki

Liberté du 15 mars 2012