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A Tombouctou, il est difficile de faire la différence entre les terroristes d’Aqmi et Ançar Eddine. Les premiers restent les vrais combattants sur le terrain. Qui sont-ils ?

Ils sont Algériens, Afghans, Tunisiens, Pakistanais, Mauritaniens, Nigérians, Maliens… à perturber la tranquillité des Tombouctiens. Les djihadistes enturbannés sont tous munis d’armes lourdes et de Kalachnikov et circulent dans les rues et ruelles de la Cité des 333 Saints. Ils sont visibles soit dans des pick-up de l’armée malienne (l’immatriculation AMA est mentionnée dessus) soit dans les véhicules de luxe, de marque climatisés.

Habillés « à la taliban », rangers aux pieds, la présence des moudjahidines et autres groupes terroristes à Tombouctou ne fait l’objet d’aucun doute. A Tombouctou ville, où Ançar Eddine est seul maître du terrain, les combattants « djihadistes » et terroristes se méfient et ne communiquent presque pas avec la population impuissante depuis la débâcle des militaires et l’absence de l’Etat. Difficile de rencontrer un véhicule à Tombouctou qui n’appartienne pas aux groupes armés. Même les tout-petits portent des armes. Des hommes munis de roquettes à bord de 4×4 sont fréquents dans la ville.

Ce sont des combattants qui ne restent pas longtemps en ville. Samedi dernier, une dizaine de pick-up dotés d’armes lourdes et de combattants enturbannés a traversé la ville. Les combattants restent à la solde des leaders charismatiques. Il s’agit d’Iyad Ag Ghaly (le chef du mouvement Ançar Eddine), Abdelhamid Abou Zeid (Algérien) l’un des chefs les plus radicaux d’Aqmi, jugé par contumace pour appartenance à un groupe terroriste international, il est aussi considéré comme faisant partie de « l’intelligensia » d’Aqmi ; Moctar Belmokhtar, (un spécialiste des enlèvements d’Aqmi. C’est lui qui aurait enlevé les diplomates canadiens et les quatre touristes européens enlevés au Niger).

Selon les Tombouctiens, les trois hommes font rarement leur apparition en public. Ils n’ont pas de lieux de résidence fixes et sont d’une extrême mobilité. « Personne ne peut dire où Iyad et Abou Zeid passent la nuit », dit un autochtone de la ville. Du témoignage de Tombouctiens, des chefs d’Aqmi et Ançar Eddine logeraient à l’hôtel du désert à Kabara en dehors de la ville de Tombouctou.

La France, les USA… menacés

Très prudents et vigilants, Abou Zeid, Iyad et autres changent de véhicules à chaque déplacement. Contrairement à Moctar Ben Moctar, Iyad et Abou Zeid font preuve d’hospitalité quand il s’agit de réserver un accueil chaleureux à des invités en qui ils ont confiance.

Les délégations du Haut conseil islamique au cours de la caravane humanitaire ont été reçues par les deux hommes à Tombouctou (Abou Zeid) et à Kidal (Iyad) avec qui elles ont partagé un repas. Cette prudence fait qu’ils ne se débarrassent jamais de leurs armes. Si les autres membres d’Aqmi sont très souvent vus à Tombouctou, Iyad Ag Ghaly préfère être à Kidal.

Sanda Ould Bouamama (c’est celui qui a été libéré par la justice malienne en échange de la libération par Aqmi de Pierre Camatte) est le porte-parole d’Ançar Eddine et Aqmi et Oumar Koné, plus connu sous l’appellation « Oumar le barbu rouge », sont de la branche armée des deux mouvements.

A Tombouctou, les deux hommes ne reculent devant rien. D’apparence calme, Sanda est celui qui joue le rôle d’autorité supérieure dans la prise de décision à Tombouctou. Il n’aime pas être contesté, quand il décide de quelque chose, il est exécuté à la minute. Orgueilleux, le jeune barbu dicte sa loi à tous. On se rappelle qu’il est allé même à dire au maire de Tombouctou qu’il n’est plus maire et qu’il devra se considérer désormais comme un citoyen ordinaire.

Quant à « Oumar le barbu rouge », les Tombouctiens le comparent à quelqu’un d’anormal tant ses idées à faire appliquer la charia de gré ou de force et ses déclarations à l’encontre des Occidentaux sont monnaie courante. Activiste des groupes terroristes, Oumar (Malien) est réputé impulsif. « Il dit combattre même le diable si c’est nécessaire pour instaurer la charia partout où besoin sera », affirme la population des 333 Saints. Il y a quelques jours, il a essayé d’abattre un « avion de reconnaissance » qui a été aperçu au-dessus de la ville.

Dans l’entretien accordé à un journaliste « le Barbu rouge » dit qu’ils attendent de pied ferme l’Otan qui a envoyé ses avions pour photographier la ville. « Quand on va finir avec le Mali, nous allons implanter notre drapeau en France, aux USA, en Angleterre. L’Otan et les forces internationales ne sont qu’une toile d’araignée ».

A Tombouctou les jeunes n’attendent plus se soumettre au diktat des hommes qui sèment la terreur dans leur ville. Ils sont en train de s’organiser à travers des comités d’auto-défense créés dans les 8 quartiers de la ville. Tout regroupement des jeunes est désormais interdit par les nouveaux chefs des lieux.

Amadou Sidibé

(envoyé spécial)

Les Echos du 21 Juin 2012