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Alors même qu’il tentait de corrompre un inspecteur de police dans l’exercice de ses fonctions, le chef d’agence de la Banque régionale de solidarité/Mali (BRS) sur lequel de forts soupçons pèsent dans une affaire de blanchiment d’argent et qui était détenu au 3e arrondissement a été nuitamment extrait par un juge qui n’est même plus du ressort de la capitale.

L’affaire du vol de plus de 260 millions de F CFA à l’hôtel de l’Amitié évolue lentement vers le démantèlement d’un réseau de blanchiment d’argent à la Banque régionale de solidarité (BRS-Mali).

Le chef d’agence de cette banque a été appréhendé dans la nuit de vendredi 3 octobre pour tentative de corruption de l’inspecteur Papa Mambi Kéita dit l’Epervier du Mandé avant d’être libéré en catimini par le juge de la Commune II.

Il y a environ deux semaines, Ila Koïta, le principal suspect du vol de 400 000 euros (plus de 260 millions de F CFA) à l’hôtel de l’Amitié en 2007 sur Ousmane Yara (un de ses compatriotes résident en Guinée de passage à Bamako) est sous mandat de dépôt à la Maison centrale d’arrêt. L’affaire n’a pas fini de révéler tous ses dessous que l’étau se resserre déjà sur le chef d’agence de la BRS-Mali, Madani Sylla. Ce dernier est soupçonné de blanchiment d’argent.

Selon les enquêtes de l’Epervier du Mandé, l’argent volé par Ila Koïta a été planqué à la BRS-Mali pour ressortir sous forme de prêt accordé à son dépositaire. Le rôle joué par Madani Sylla a été déterminant parce qu’il aurait utilisé tous les moyens pour faciliter la transaction mafieuse en brouillant les pistes. C’est sur la foi des indices graves contre lui que Madani était lui aussi concerné par les enquêtes policières.
Un juge tout puissant

Le chef d’agence de la BRS-Mali s’est prévalu de ses propres turpitudes. Au cours de sa déposition le vendredi 4 octobre, il a promis à l’Epervier du Mandé la somme de 1 million de F CFA contre son élargissement. Un geste qui a précipité son inculpation pour tentative de corruption d’officier de police dans l’exercice de ses fonctions et gardé en vue au commissariat du 3e arrondissement.

Mais, selon nos informations, Madani n’a passé que la nuit de vendredi à samedi au commissariat. Il a été libéré le vendredi soir par le juge de la Commune II, Souleymane Doumbia, celui-là même qui avait eu en charge le dossier pendant plus d’un an et qui n’avait daigné arrêter ni Ila ni Madani pour insuffisance de preuves. Le dossier n’a été rouvert que grâce à l’implication du procureur près la Cour d’appel.

Le juge Doumbia n’est même plus du ressort du Tribunal de la Commune II puisqu’il vient d’être muté à Badiangara à la faveur du vaste mouvement fait dans les tribunaux par le dernier Conseil supérieur de la magistrature.

Mais il a décidé que Madani n’a pas sa place dans le violon et qu’il peut vaquer tranquillement à ses occupations en ayant le loisir de se présenter chaque matin à la police. Un dossier à rebondissement, dira-t-on.


Abdrahamane Dicko

06 Octobre 2008