Partager

C’est arrivé le dimanche 1er août 2010, lors d’une assemblée générale des cadres de la section Adema-PASJ de la Commune V, qui s’est tenue au Palais de la culture. En effet, suite aux folles rumeurs qui circulent sur leur (in)fidélité au parti de la ruche, les cadres Adema ont soumis Ibrahima N’Diaye dit Iba, 1er vice-président du Comité exécutif de l’Adema et ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle, et Sékou Diakité, 2ème vice-président du parti et ministre du Développement social, de la solidarité et des personnes âgées, à un interrogatoire quasi musclé. Comme si les présumés coupables avaient commis un « crime de sang » ou un « crime de lèse-majesté ». C’est dire que la guerre des clans, au sein de la ruche, ne fait que commencer.

En effet, c’est cette scène surréaliste à laquelle les téléspectateurs de l’Ortm ont eu droit le dimanche, 1er août 2010 dans le JT (journal télévisé) de 20 heures, quand deux des ministres les plus en vue de la République se sont présentés, tels de pauvres hères, à la barre de l’assemblée générale des cadres Adema, devant micro et face au présidium dirigé par le président du parti, Dioncounda Traoré, pour jurer, la main sur le cœur, qu’ils n’ont pas l’intention de migrer au PDES.

Le PDES étant l’avant-dernier né des partis politiques, la bête noire des grandes formations. Lors de cette sorte d’inquisition, la défense des deux vice-présidents de la ruche était assurée par eux-mêmes. Un rôle qu’ils ont, d’après des témoins oculaires, joué à merveille. A leur corps défendant.

Que l’Adema-PASJ ait osé laisser la télévision nationale couvrir des débats d’une rencontre interne d’un si haut niveau de représentativité, atteste de la gravité de la suspicion. Mais, également, cela présage une guerre des clans qui pourrait être des plus féroces. Car, au sein de la ruche il y a eu rarement de fumée sans feu. Si ces personnalités ont été les seules épinglées et sommées de s’expliquer, cela veut dire que dans cette affaire, la présomption d’innocence a été largement dépassée. Pour atteindre le niveau critique de la chambre d’accusation.

Le fait également, que ce soit précisément la partie de l’interpellation des ministres qui ait été diffusée dans le reportage de la télévision nationale est un signe qui ne trompe personne.

Pourquoi la presse, en l’occurrence l’Ortm, a-t-elle été autorisée à assister à un débat censé se tenir à huis clos? Cela donne l’impression que les ministres indexés avaient été invités dans le but de s’exprimer devant les caméras. Comme pour prendre le peuple de l’Adema et l’opinion nationale à témoin. Si tel était l’objectif, il a été amplement atteint. Désormais, ces ministres ne sont plus libres ni de leur choix, ni de leur mouvement, encore moins de leurs propos qu’ils doivent, dorénavant, peser et sous-peser pour ne pas avoir à prononcer le mot PDES. Dans le but d’éviter toute confusion entre le parti PDES et le programme PDES du président de la République.

Comme on le constate, d’ailleurs, depuis que le PDES est né, un samedi 17 juillet 2010, c’est l’insomnie au sein des grandes formations politiques et des ministres, issus de ces partis, qui évitent, comme la peste, de prononcer dans leurs discours le mot PDES. Alors qu’il n’y a pas longtemps, cet acronyme revenait, tel un leitmotiv, dans tous les discours officiels des ministres concernés.

Pourquoi précisément ces deux ministres ?

Comme le pays tout entier a été témoin que ni Iba N’Diaye ni Sékou Diakité ne plieront armes et bagages pour le PDES, les militants et cadres de l’Adema sont, maintenant, plus ou moins rassurés. Les intéressés, considérés comme des proches du président ATT, ont été trop longtemps dans cette situation de suspicion. Si cette clarification vient à point nommé, elle ne les lave pas, aux dires de certains cadres de la ruche, de tout soupçon.

Certes, elle va les soulager momentanément d’un poids qui devenait, de jour en jour, difficile à porter. Même après leurs aveux, les deux ministres, seront, maintenant, constamment épiés, surveillés dans leurs moindres faits et gestes. Même s’il faudra, pour cela, installer des caméras infra rouges, dans leurs lieux de fréquentation, il se trouvera des cadres Adema prêts à mettre la main à la poche.

C’est dire, en ces temps de fortes suspicions, en cette saison de fortes migrations politiques, qu’il n’est pas vraiment bon d’être ministre Adema et se dire proche d’ATT, le parrain non attitré du PDES. Comme si ce jeune parti était venu pour tout rafler sur son chemin. Ou bien comme s’il avait préparé du piment destiné à aveugler les grandes formations, qui ne cessent, elles-mêmes, de se faire peur au vu de tout ce qui est étoilé ou bleu dans le ciel. Alors qu’elles ont tout intérêt à se réveiller, et cela dès maintenant, avant l’éveil du PDES qui ne saurait tarder.

Maintenant, si on jette un rapide coup d’œil au parcours politique de l’un et de l’autre dans cette histoire de fidélité à confirmer, on se rend compte que les deux ministres incriminés sont des militants historiques de l’Adema. Sékou Diakité, de même que son aîné Iba N’Diaye ont eu à déblayer le terrain, tant à Bamako qu’à l’intérieur du pays, pour l’implantation et la consolidation de la ruche. L’un et l’autre en ont été, en retour, récompensés par l’occupation de postes juteux sous le mandat d’Alpha Oumar Konaré.

Si le premier a fait ses armes à la Direction administrative et financière du ministère chargé de l’Administration du territoire et au projet FAFPA rattaché au ministère de l’Emploi, le second fut maire du District, président de l’Association des municipalités du Mali, après avoir été secrétaire général de l’Adema au temps où Ibrahim Boubacar Kéïta, président du parti et Premier ministre, arrosait de sa générosité – mensuellement pour certains – un nombre non négligeable de cadres de la ruche.

Si c’est vrai que Iba N’Diaye est l’ami d’ATT, sinon le camarade de classe du président de la République qu’il a rencontré sur les bancs de l’Ecole normale secondaire (Ensec) de Badalabougou, cela ne devrait pas, obligatoirement, le pousser à migrer vers le camp des « amis d’ATT », c’est-à-dire vers le PDES.

Dans la mesure où le ministre de l’Emploi et de la formation professionnelle peut très bien soutenir le poulain d’ATT même étant dans son propre parti. Difficile à comprendre ? Que nenni !

Rappelez-vous seulement l’élection présidentielle de 2002 et le Groupe dit des Dix de l’Adema, dont il était l’un des membres les plus influents avec Madame Konté Fatoumata Doumbia, actuelle présidente du Mouvement des femmes Adema et maire de la Commune I. En effet, ce groupe avait ouvertement appelé à voter ATT contre le candidat de l’Adema, en l’occurrence Soumaïla Cissé.

Iba N’Diaye a toujours été aux premières loges du pouvoir depuis l’accession d’Alpha Oumar Konaré à la magistrature suprême du pays, auquel il serait lié par de solides liens de parenté. Maintenant, qu’il est à côté d’ATT, s’il partait au PDES, cela ne devrait point surprendre. Seulement, on ne connaît à ce haut cadre aucune base électorale réelle pouvant pousser le PDES à lui tendre une main amie.

C’est dire qu’il est loin d’être une foudre de guerre pouvant apporter au parti présidentiel des viatiques que tout candidat à l’émigration devrait normalement avoir. Maintenant que l’opinion nationale et internationale a enregistré son aveu de fidélité à l’Adema, ses adversaires le laisseront certainement tranquille.

En effet, c’est le PDES qui fait le malheur de toutes ces personnalités. Le fait que le parti présidentiel rassemble toutes les compétences nécessaires pour un ancrage dans le microcosme ne fait pas, évidemment, le bonheur des grands partis. Alors que ce nouveau parti, né avec une cuillère dorée à la bouche, est, depuis, l’objet de toutes les causeries dans les grins, les salons feutrés, les bars et même dans les marchés où écouter la traditionnelle revue de presse des radios privées est devenu, comme le petit déjeuner, indispensable pour agrémenter les causeries.


Le PDES n’ira pas loin, d’après un cadre

Quant à Sékou Diakité, en 2002, il était secrétaire à la communication du Comité exécutif de l’Adema, quand Iba N’Diaye en était, depuis, l’un des vice-présidents. On ne se rappelle pas s’il a eu à trahir son parti au profit du candidat indépendant ATT. Mais, c’est en 2007, qu’il a eu à mouiller le maillot pour le président ATT, candidat à sa propre succession, et cela principalement dans son fief en Commune II du District de Bamako et dans sa localité d’origine, le Filadougou. C’est cet engagement, à côté de l’homme fort de Koulouba, qui lui a, certainement, ouvert les portes du gouvernement de Modibo Sidibé dont on le dit, par ailleurs, assez proche. Fait-il partie de ceux qui se battent, au sein de la ruche, pour que Modibo Sidibé soit le candidat de l’Adema à la présidentielle de 2012 ?

05 Août 2010.