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Les militants Adéma n’ont pas besoin de changer de parti pour manifester leur soutien à ATT. ATT restera à égale distance des Partis qui le soutiennent et l’accompagnent. Le succès de l’action unitaire des partis et du Mouvement Citoyen dans le cadre de l’AMM déplaît à certains. Alpha Oumar Konaré est loin d’être inactif et prendra toute sa part dans les différents processus.

Les Échos : Que pensez-vous du PDES ?

jpg_boubeye-3.jpgSoumeylou B. Maiga : Personnellement, j’estime que chaque fois qu’il y a création d’un parti politique, cela signifie que les gens réalisent qu’il n’y a pas de raccourci alternatif quand on veut porter un projet collectif et avoir une légitimité à participer à la gestion des affaires publiques.

En l’occurrence, l’initiative dont vous parlez provient de milieux qui pensaient, majoritairement, faire prospérer une doctrine et une pratique basées sur la négation du fait partisan. Il faut donc saluer cette conversion en ce qu’elle va contribuer de manière décisive à nous sortir de la question des indépendants.

Il y aura probablement d’autres créations. Ne dramatisons pas la multiplication des partis parce que quelles que soient leur taille et leur audience, ils contribuent à élargir l’espace d’expression démocratique, à offrir un cadre et une perspective à des préoccupations qui estiment être insuffisamment prises en charge.

Étant entendu qu’il nous appartient de travailler ensemble à trouver les bases et les conditions de nous fédérer sur ce qui est essentiel pour notre pays et nos concitoyens.

Les Echos : ATT ne va-t-il pas le préférer aux autres partis ?

S.BM : C’est vrai que le PDES se réfère explicitement à ATT. Je pense que cela n’aura d’effet sur l’équidistance dans laquelle ce dernier se tient par rapport à tous les partis qui le soutiennent. Quant à nous, cela ne nous pose aucun problème dans la mesure où les militants de l’Adéma-PASJ contribuent de manière déterminante, depuis bientôt dix ans, au double quinquennat d’ATT sur la base de valeurs et d’ambitions communes pour le Mali.

Ce sont des valeurs d’engagement patriotique, de générosité pour construire un pays démocratique, solidaire, de justice, de progrès économique et social pour le plus grand nombre, qui ont marqué notre combat individuel et collectif et qui s’inscrivent dans l’histoire au-delà des personnes. Je peux vous assurer que pour nos cadres et militants, ils n’ont guère besoin de changer de parti ni pour rester fidèles à ces valeurs ni pour manifester leur soutien à ATT.

J’ajouterais que nous nous inscrivons plus dans un bilan qui a besoin d’être constamment transformé que nous ne revendiquons d’héritage.
A ma connaissance, nous avons de bonnes relations avec les promoteurs du PDES.

Avec eux et beaucoup d’autres nous avons engagé, depuis quelque moment, des échanges sur la nécessité de bâtir un cadre unitaire de réflexion, d’organisation et de mobilisation de forces désireuses de s’inscrire dans une démarche de rassemblement, essentiel pour renforcer notre capacité collective de bâtir une société de démocratie, de justice et de progrès, pour garantir l’autorité et l’impartialité de l’État ainsi que la morale et l’éthique du service public, pour assurer une meilleure présence au monde. Maintenant que la création du PDES apporte plus de clarification dans le paysage politique, je pense qu’il nous sera plus facile d’avancer.

Les Echos : La situation à l’AMM ne démontre t-elle pas division de l’Adéma ?

S.BM : Non. Bien au contraire. Parce que nos maires sont quasiment tous suivis la décision du parti. En fait, nous savons que le succès de l’action unitaire de la quasi-totalité des partis ayant des maires et du Mouvement Citoyen déplaît à certains milieux davantage soucieux de protéger des situations de rente.

Nous restons sereins, vigilants, mobilisés, solidaires et confiants parce que, même si par extraordinaire, les élections devaient êtres repris à l’issue du parcours judiciaire inutilement imposé à la nouvelle équipe, la ligne que nous défendons en sortira vainqueur.

Les Echos : Et Alpha dans tout ça ?

S.BM : Je peux vous rassurer qu’Alpha est très attentif à tout ce qui se passe et est très loin d’être inactif. Le moment venu, il ne se soustraira pas à ce qui est attendu de lui et prendra toute sa part aux différents processus.

Les Echos : Quelles lectures faites-vous de l’assassinat au Mali d’un otage enlevé au Niger par AQMI ? Le droit de poursuite que le Mali a accordé à ses voisins inclut-il ce genre d’opération ? Qu’est-ce que cette notion de droit de poursuite contient ?

Soumeylou B. Maïga : De prime abord, l’on peut considérer que c’est une entorse à notre souveraineté, quand bien même c’est de la part de pays amis, puisque nous sommes en présence d’une action planifiée qui ne me semble pas entrer dans le champ d’application du droit de poursuite. Même si je ne suis pas sûr qu’elle ait pu se dérouler dans la profondeur mentionnée par les médias ?

En même temps, c’est une action qui intervient dans un contexte marqué par un engagement inégal des Etats de la région face à une menace transnationale, dont l’évolution devient chaque jour plus dangereuse pour la sécurité et la stabilité régionale et internationale.
De ce point de vue, ces groupes vont au moins intégrer qu’ils peuvent être désormais attaqués de la part de plusieurs protagonistes et qu’ils ne demeureront plus impunis.

Toutefois, je pense qu’en dépit de la nature de la menace, chaque État est le premier et principal responsable de la sécurité sur son territoire et c’est cet engagement qui le rend apte à être partie prenante dans le nécessaire partenariat multilatéral. Dans cet ordre d’idée, aucun État ne peut déléguer à d’autres la tâche de faire le ménage chez lui, en l’occurrence de mener une action de guerre, surtout préventive, sur son territoire.

C’est donc une situation qui interpelle avant tout notre responsabilité et notre degré d’engagement contre les réseaux terroristes. Et nous ne devons pas développer de discours pouvant faire croire que c’est l’engagement international qui est prioritaire et fondamental.

Les Échos : Et maintenant ? Qu’est-ce qui peut se passer ?

S. B. M. : Le premier risque, si on ne fait rien et qu’on accepte le fait accompli, est de conforter objectivement la volonté de AQMI de nous projeter dans le champ de sa confrontation globale et de transformer ainsi cette partie de notre territoire en un point de ralliement de différents groupes djihadistes, qui trouveraient là un nouveau front contre les apostats et autres mécréants, comme ils disent.
Avec une extension possible sous différentes formes, à l’ensemble de nos territoires.

A l’évidence, l’incrustation de AQMI sur une partie de notre territoire, à partir duquel il y a un corridor qui ouvre jusqu’au Nigeria ainsi que vers l’océan Indien, constitue une menace stratégique grave pour la stabilité de nos Etats mais aussi pour la cohésion de nos sociétés, majoritairement musulmanes, au sein desquelles il y a de grosses franges de la population, jeunes surtout, en forte quête identitaire et d’engagement qui sont des cibles idéales de recrutement.

En observant ce qui se passe vers la partie orientale du continent à partir du foyer somalien, on peut craindre à terme une jonction des fronts comme c’est déjà le cas pour les flux de la drogue (la cocaïne venant de l’Ouest, l’héroïne de l’Est).

Le deuxième risque, c’est une sanctuarisation qui consacrerait une érosion de la souveraineté de l’État et qui prendrait les populations en otage, rendant impossible tout l’effort de développement parce qu’en même temps que le retrait des intervenants étrangers, les programmes nationaux, eux-mêmes, seront difficilement exécutés.

C’est pourquoi, l’instauration et le maintien de la sécurité demeurent, pour nous, le premier enjeu de gouvernance et de développement dans cette zone. Ceci suppose, outre un engagement militaire tangible, la mobilisation de tous les démembrements de l’appareil sécuritaire et judiciaire à travers notamment la poursuite, l’instruction et le jugement des actes terroristes, la détection et la répression des transactions financières suspectes en vue d’assécher les ressources illicites qui contribuent à accroître les capacités des terroristes, à alimenter leurs activités et dont on observe le recyclage ici et là.

Je pense modestement que c’est une telle posture qui pourrait faciliter la concrétisation de notre proposition d’un sommet sur la sécurité, la paix et le développement dans la bande sahélo-saharienne.

Les Echos : La situation ne désavantage-t-elle pas ATT ?

S. B. M. : Le président ATT a raison dans l’analyse qu’il fait du caractère incontournable de la coopération multinationale et de la chronologie que devrait observer la mise en œuvre de la démarche régionale.

A savoir tenir d’abord une conférence des chefs d’État qui donnera les orientations et directives aux différents échelons.

En effet, même si on doit saluer la tenue de différentes réunions au niveau des ministres et des structures sécuritaires et militaires ainsi que l’installation d’un état-major conjoint à Tamanrasset, dont on n’a d’ailleurs pas mention du rôle qu’il a pu jouer dans les opérations des 22-23 juillet, je pense qu’il s’agit-là d’instances et d’outils qui ne pourront être pleinement efficaces et opérationnels qu’à partir d’un partenariat stratégique fondé sur une unité de doctrine, que seuls les chefs d’État peuvent décider.

C’est une étape essentielle pour la confiance mutuelle indispensable dans une telle coopération qui doit porter sur des domaines de souveraineté par excellence comme la mutualisation de la collecte, de l’analyse et de l’évaluation du renseignement, la mise en place de modules d’instruction communs aux unités dédiées au sein de nos forces armées respectives en vue d’obtenir une plus grande cohérence dans les modes opératoires, la mise sur pied d’opérations conjointes et coordonnées, etc.

C’est à cette condition que nous pourrions aussi avoir la maîtrise de la riposte au terrorisme et développer dans une démarche commune une meilleure articulation avec les partenariats mis en place par des pays extra-africains dont la sécurité et les intérêts peuvent être menacés chez nous.

Parce qu’il faut bien réaliser que l’espace sahélo-saharien est une réalité géopolitique et géostratégique nouvelle qui nous impose une démarche totalement novatrice en matière de sécurité collective.

Propos recueillis par

Alexis Kalambry

Les Échos du 30 Juillet 2010.