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Le candidat malheureux à la dernière présidentielle malienne, Soumaïla Cissé, prépare les législatives prévues pour le 24 novembre. Le patron de l’Union pour la république et la démocratie (URD) fustige le manque de considération dont le nouveau pouvoir et de la communauté internationale feraient preuve à son égard.

JEUNE AFRIQUE : Quel est votre sentiment concernant l’enquête ouverte suite à la mutinerie du 30 septembre ?

Nous avons salué la fermeté et la détermination affichées par le président. On ne peut tourner la page du coup d’État que si l’on cède la place à Kati, et la remise en ordre doit être faite de façon totale et impartiale. La junte a toujours été présente au Mali depuis le coup d’État du 22 mars 2012. Nous l’avions dénoncé : le comportement de certains membres de la junte donnait le sentiment d’une immixtion de certains d’entre eux au sein du jeu politique. Tourner la page, c’est deux choses : dissoudre par décret le CNRDRE [junte, NDLR] et gérer le problème des grades exceptionnels qui ont été distribués à la fin de la transition et par l’actuel chef d’État.

Comment, selon vous ?

Il faut éviter de vouloir contenter tout le monde. Il serait plus sage de prendre attache avec la hiérarchie militaire elle-même et de procéder à une enquête sérieuse. Le plus important, c’est qu’il y ait justice. Il y a eu mort d’hommes. Il ne faut pas qu’une culture de l’impunité s’installe. Il faut identifier les auteurs des assassinats, et des agressions contre des journalistes, afin de retrouver une vie constitutionnelle normale et, de plus en plus, revenir à l’État de droit.

La normalisation, c’est aussi la préparation des législatives. Où en êtres-vous ?

Les observateurs et l’opposition apparaissent seulement comme des faire-valoir.

Les listes sont déposées, les dossiers doivent être examinés. J’ai essayé d’œuvrer à ce que ces élections ne connaissent pas les mêmes tares que la présidentielle. J’ai écrit au président de la République ainsi qu’au Premier ministre, mais le gouvernement fait fi de ce que peuvent penser ceux qui ne sont pas avec lui. J’ai vu la Minusma, les ambassadeurs de France, des États-Unis, les représentants de l’UE, de l’UA, de la Cedeao, afin qu’un cadre de concertations se réunisse pour améliorer les conditions de vote.

Mais, là encore, nous avons fait face à un mépris souverain. C’est une attitude que je déplore, tant du côté des partenaires que du côté du gouvernement. Louis Michel [chef des observateurs de l’UE, NDLR] est venu ; manifestement rien ne sera fait. Les observateurs et l’opposition apparaissent seulement comme des faire-valoir. Nous qui voulons construire une opposition démocratique responsable, on ne nous écoute pas.

Que voulez-vous changer ?

Il serait de bon ton de réfléchir sur ce qui peut être amélioré. Nous avons fait des propositions concrètes, c’était l’occasion de moderniser le code électoral malien, qui est une pâle copie de ce qui se fait en France. Et ceux qui auront 18 ans ne pourront pas voter. On ne peut pas prendre ce problème au sérieux ? Que fait-on des réfugiés ? Pourrons-nous faire campagne et voter dans de bonnes conditions ? On tue à Kati, on bombarde à Gao, à Kidal, et on va aux élections. Cela me semble cavalier. J’aurais voulu que l’on se parle, que l’on décide si la date est raisonnable, qu’on prenne un minimum de temps. Autant je peux comprendre l’impatience qui prévalait dans l’organisation de la présidentielle, autant je ne saisis pas la précipitation actuelle. C’est notre pays à tous. Tout cela n’augure pas d’une gouvernance politique respectable.


23/10/2013 à 11:28 Par Dorothée Thiénot, à Bamako

Jeune Afrique