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Avec près de 20 % des voix, le candidat de l’Union pour la république et la démocratie (URD), Soumaïla Cissé, est arrivé en second position du premier tour de la présidentielle malienne. Même si son adversaire, Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », a récolté près du double des voix, celui qui fait figure d’outsider reste confiant. Entretien.

Samedi 3 août, dans un hôtel de Bamako. C’est le matin. Soumaïla Cissé a de petits yeux. Il se dit fatigué : il a reçu jusque tard dans la nuit – des partisans et des candidats venus négocier leur ralliement. La veille, le ministre de l’Administration territoriale a dévoilé les résultats provisoires du premier tour de l’élection présidentielle, que la Cour constitutionnelle doit entériner en ce début de semaine. Soumaïla Cissé est arrivé en deuxième position avec 19,4% des suffrages, très loin derrière son vieux rival Ibrahim Boubacar Keïta (39,2%), mais loin aussi devant le troisième, le candidat de l’Adema, Dramane Dembélé (9,6%). Le 11 août, les Maliens devront donc choisir, pour diriger le pays, entre ces deux anciens dauphins du président Alpha Oumar Konaré. S’il ne part pas favori, Cissé croit encore en ses chances.

Jeune Afrique : Vous attendiez-vous à de tels résultats ?

Soumaïla Cissé : Non. Nous pensions que l’écart (avec Keïta, NDLR) serait moins grand, nous espérions même être devant. Mais il y a eu trop de dysfonctionnements. Le nombre de bulletins nuls est anormal, 400 000 ! Je peux affirmer que la moitié sont les miens. D’autre part, beaucoup de bulletins ont été vendus en ville, la veille du scrutin, ce qui signifie que des gens ont voté à l’avance. Nous avons aussi dénombré 900 bureaux fictifs. Il n’y aurait pas dû avoir un écart aussi grand (entre lui et Ibrahim Boubacar Keïta, NDLR). Enfin, le ministre de l’Administration territoriale, le colonel Moussa colonel Moussa Sinko Coulibaly, a montré un réel parti pris, nous ne lui faisons pas confiance.

Est-il rattrapable ?

Oui. C’est une nouvelle élection qui débute au Mali. Je vais me battre pour que ce second tour soit transparent. Il faut régler trois choses : le dépouillement – il ne faut plus que l’on jette le vote des gens à la poubelle simplement parce que l’encre dépasse légèrement du cadre -, la sécurisation du bulletin de vote, qui ne doit pas venir de l’extérieur, et mettre fin aux bureaux fictifs.

Êtes-vous favorable à un report du second tour ?

Non, reporter pour reporter ne mènerait à rien. Il faut régler les problèmes, et c’est possible.

De nombreux candidats ont rallié – ou vont le faire – votre adversaire…

Chez nous, le report des voix n’a rien d’automatique.

Mais sans eux, difficile de rattraper votre retard…

Nous mènerons une campagne plus offensive à Bamako (où Keïta le devance de 350 000 voix, un gouffre, NDLR). Je reconnais que durant la campagne du premier tour, j’ai surtout fait campagne hors de la capitale. Cette fois, je vais faire le maximum à Bamako et à Kati.

« Je vais mettre l’accent sur les solutions aux problèmes de tous les jours, le pouvoir d’achat, la pauvreté, l’emploi »…

Qu’allez-vous dire aux Maliens pour les convaincre de vous choisir ?

Je crois que l’attente des Maliens se situe au niveau des besoins de la vie quotidienne, plus que sur les questions de sécurité ou de fierté nationale. Je vais mettre l’accent sur les solutions à apporter aux problèmes de tous les jours, comme le pouvoir d’achat, la pauvreté, l’emploi… Il n’y a pas qu’au Nord où les gens veulent la sécurité, des routes et de l’électricité. Il y a des zones, au Sud, qui ne sont pas plus développées qu’au Nord.

Tout de même, la pacification du Nord sera un des chantiers les plus urgents du futur président…

Oui, mais je persiste, le problème au Nord est, comme au Sud, un problème de développement.

Votre adversaire a l’image d’un homme de rupture avec le régime d’Amadou Toumani Touré. Pas vous…

Mais il a été pendant dix ans à ses côtés ! Pendant cinq ans, il a été le président de l’Assemblée nationale. Et les cinq autres années, son parti a compté un ministre dans le gouvernement. Mais je ne veux pas rentrer dans ce petit jeu. Je n’ai pas fait d’attaque personnelle au premier tour, je n’en ferais pas au second.

Propos recueillis par Rémi Carayol, à Bamako


Encadré : Bamako : la différence

D’un côté, le Nord, globalement favorable à Soumaïla Cissé, originaire de Tombouctou (même si certaines voix de ses poches sont allées à son adversaire). De l’autre, le Sud, largement acquis à Ibrahim Boubacar Keïta, qui vient du Sikasso. Entre les deux, Bamako. L’analyse des résultats du premier tour montre que c’est dans la capitale que la différence se fait entre les deux hommes. Sur 580 136 votes exprimés, IBK en recueille 414 087 (soit 71%), quand « Soumi » n’en obtient que 62 975 (11%). Cela ne suffit pas à expliquer l’écart entre les deux hommes (Cissé a recueilli, en tout, 605 000 voix, Keïta 1 222 000), mais dans l’entourage de l’économiste, on admet qu’il y a une « cassure » entre le Mali des villes et le Mali des champs, et qu’il faudra la résorber pour l’emporter le 11 août. R.C.

05/08/2013 à 12h:02 Par Rémi Carayol, à Bamako

Source : Jeuneafrique.com


Présidentielle, second tour : “Le scrutin du 11 août sera une nouvelle élection et non un rajout de voix” – estime Soumaïla Cissé –

C’est serein et surtout très confiant pour le second tour de l’élection présidentielle, que le candidat de l’Union pour la République et la Démocratie (URD), Soumaïla Cissé a rencontré vendredi après midi, la presse nationale et internationale pour donner son analyse du scrutin du 28 juillet et se projeter pour la seconde manche de ce scrutin prévu pour le 11 août.

Dans une introduction liminaire, Soumaïla Cissé a rendu un hommage mérité au peuple malien pour sa forte mobilisation le 28 juillet. « Cette forte mobilisation a démontré au monde entier que nous ne désespérons pas de notre grande nation et de notre vieux pays.

Je voudrai saluer tout particulièrement les centaines de milliers d’électeurs et d’électrices dont la confiance me permettent d’être présent au second tour de cette élection présidentielle. Cependant, l’arbre de la grande mobilisation du peuple malien le 28 juillet, ne doit pas cacher la forêt de l’impréparation, de la mauvaise organisation et de la fraude qui, ont caractérisé ce premier tour.

En vue donc du deuxième tour, j’invite le gouvernement et les partenaires du Mali à prendre des mesures vigoureuses pour permettre l’expression claire et nette de la volonté du peuple » a-t-il introduit en insistant sur la nécessité d’inclure les refugiés dans le processus. Le candidat Cissé rappellera aussi les multiples entraves qui ont empêché le vote dans les ambassades et les consulats.

Après cette introduction les journalistes sont entrés dans le vif du sujet. Les confrères poseront des questions au candidat de l’URD, sur la situation de ses alliés notamment les partis membres du FDR, les soupçons de fraudes massives, la sortie controversée du ministre de l’Administration territoriale, de la Décentralisation et de l’Aménagement du territoire, mais aussi et surtout sur la stratégie de candidat pour inverser la tendance et même gagner l’élection présidentielle.

« Le scrutin du 11 août sera une nouvelle élection et non un rajout des voix », a-t-il indiqué en appelant l’administration à la correction et la rectification des imperfections constatées lors du scrutin du 28 juillet. Le candidat de l’Union pour la République et la démocratie s’est inquiété du pourcentage très important de bulletins nuls et le nombre important de bulletins de vote qui ont circulé à travers le pays, avant même l’opération de vote. « Pour le second tour, je propose que le bulletin de vote soit signé par les deux délégués des candidats dans les bureaux de vote.

A l’administration, nous prônons la neutralité. J’exige que des mesures concrètes soient prises pour juguler la fraude en mettant fin au système de bureaux de vote parallèles et officieux, en sécurisant le bulletin de vote et le processus de dépouillement. La campagne reprend et nous allons nous réorganiser pour affronter ce second tour avec sérénité, mais aussi vigilance pour que les irrégularités du premier tour soient corrigées. Et si chaque acteur du processus joue sa partition, nous aurons un second tour transparent », a-t-il déclaré.

Très confiant, Soumaïla Cissé indiquera que la victoire est toute proche. Le candidat de l’URD a rendu hommage à ses alliés pour leur soutien fraternel.

D. DJIRE

Essor du 05 Août 2013