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Un silence s’installe quand Sara Jadallah passe devant des ruines coincées entre deux immeubles d’une rue de Khartoum. A cet endroit se trouvait autrefois le premier studio de cinéma privé du Soudan, créé par son père dont elle honore la mémoire en sauvant les vieux films de son pays. A la suite de différends fonciers et au terme de huit ans de procès, le gouvernement a démoli ce local qui a vu le jour dans les années 70 à l’initiative de Jadallah Jubara. Et ce peu de temps après la mort en 2008, à l’âge de 88 ans, de ce célèbre réalisateur. « L’écran est toujours là », fait remarquer Sara Jadallah, montrant un bandeau blanc accroché au seul mur encore debout du « Studio Jad ». « A travers sa caméra, mon père a documenté l’histoire soudanaise. Je veux protéger son héritage ». Avec l’aide d’experts allemands, elle a commencé à numériser toute la collection cinématographique de Jadallah Jubara pour rassembler, dit-elle, les plus importantes archives privées de pellicules 15 et 35 mm au Soudan. Son père était officier dans l’armée britannique et devint, après la Deuxième Guerre mondiale, projectionniste dans un petit cinéma ambulant. Il a ensuite filmé les faits marquants de l’histoire de son pays, notamment la cérémonie d’indépendance en 1956. En cinquante ans, il a produit plus de cent documentaires et quatre longs métrages, dont le film romantique « Tajooj » (1984). Stockées pendant des dizaines d’années dans de mauvaises conditions, ses archives ont souffert. AFP