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L’équipe du magazine des jeunes Grin-Grin est émue devant la situation chaotique que connaît l’Association malienne de lutte contre les déficiences mentales chez l’enfant (Amaldeme). Au moment où des chèques sont offerts au président de la République qui n’en n’a nullement besoin, le personnel de Grin-Grin, demande solennellement aux « amis des enfants » de mettre la main sur le cœur et de transférer le fonds à l’Amaldeme qui se meurt faute de financements.

Nul n’est à l’abri d’un handicap dans la vie, et dans cette existence de plus en plus aléatoire, il est très facile de basculer d’une vie à l’autre. Etre attentif à celui qui vit une situation précaire n’est ni plus ni moins qu’une mesure de précaution pour soi-même. Le Malien, reconnu pour sa solidarité à toute épreuve, doit refuser le sort qui est aujourd’hui réservé à l’Amaldème.

Nous avons tous le devoir de nous engager dans la réhabilitation de cette structure humanitaire qui a fait ses preuves dans la prise en charge des enfants déficients mentaux permettant ainsi à des dizaines de parents de minimiser leur « sort » et de s’adonner quasi tranquillement à leurs activités quotidiennes.

Les conditions de vie des enfants déficients mentaux ont été chantées par de nombreux artistes maliens rappelant un adage malien selon lequel les enfants (sains ou malades) appartiennent à tous.

Initiative de Mme Sanogho Kadi Bagayogo (paix à son âme), l’Amaldeme rend d’énormes services à de multiples familles en difficulté par rapport à l’éducation et à l’encadrement de ceux dont le destin a décidé qu’ils ne connaîtront guère la joie et l’épanouissement d’une enfance normale.

Grâce au soutien et aux soins spécialisés de l’Amaldeme, les enfants déficients mentaux au Mali ont été reconnus, tolérés et côtoyés dans la société malienne. En son temps des déficients d’autres pays occidentaux ont fréquenté la structure, témoignant ainsi de sa renommée au-delà des frontières africaines. Les Maliens, par une indifférence qui ne sied guère à leur tradition, accepteront-ils de voir cet effort titanesque anéanti ?

La Fondation pour l’Enfance que dirige Mme Touré Lobbo Traoré fournit de gros efforts dans l’amélioration des conditions de vie des enfants au Mali. Mais, il est indéniable que c’est sur les terrains du genre de l’Amaldeme que les populations attendent l’appui de la première Dame.

Dans un reportage dans Les Echos, un confrère dépeint la situation catastrophique de l’Amaldeme, crise qui a poussé la direction à fermer plusieurs centres, notamment à Baguinéda, Moribabougou et Djélibougou. Aussi, les enfants malades mentaux de plus de 18 ans ont été rendus à leurs parents.

Les déficients sont aussi vos amis

Il est clair que cette rupture dans l’encadrement des handicapés mentaux représente un trouble de plus (de trop) dans l’évolution de ces jeunes. En effet, habitués au confort d’un système spécialisé, les jeunes déficients mentaux sont aujourd’hui versés dans un environnement qui n’est pas forcément attentif à leur évolution. Et Dieu sait que cela ne s’improvise pas.

La prise en compte des préoccupations de l’Amaldeme à ce stade permettra de limiter les dégâts en préservant les plus jeunes déficients mentaux à qui il faut tout donner et tout apprendre.

Les élections générales et les débats politiques noient les dures réalités sociales du pays. En décidant de s’engager dans la mobilisation nationale et internationale pour la réhabilitation de l’Amaldeme, le magazine des jeunes Grin-Grin est en parfaite conformité avec sa ligne éditoriale qui consiste à offrir à la jeunesse un espace de culture et de récréation, mais aussi à œuvrer à son épanouissement.

Devant la détresse des enfants déficients mentaux, des mères de familles ont opté pour une cotisation au président de la République. Certainement à leurs yeux, le président de la République est le plus nécessiteux. A chacun son calcul.

Au nom de la jeunesse, le magazine Grin-Grin en appelle à l’esprit de partage et surtout de justice du président de la République Amadou Toumani Touré. S. E. ATT est conscient qu’il n’est pas à 10 millions près pour poursuivre sa candidature.

A l’Amaldeme, par contre les 10 millions seront d’un apport inestimable pour un meilleur traitement des enfants déficients mentaux. L’ami des enfants acceptera-t-il de mettre l’argent là où on en a le plus besoin, surtout qu’il s’agit de la cause d’une frange extrêmement vulnérable.

Au nom de « l’amitié » qui le lie aux enfants, l’attention du président ATT est attirée par l’impérieuse nécessité de réparer et de remettre en marche l’utile et l’unique machine Amaldeme en marche. L’histoire interpellera quiconque laissera mourir cette structure.

D’ores et déjà, le magazine Grin-Grin prépare, à titre symbolique, une cotisation pour la réhabilitation de l’Amaldeme. Au moment où le débat politique mine la presse, le magazine des jeunes espère pouvoir réunir tous les confrères pour une véritable campagne de mobilisation autour de l’Amaldeme.

Maïmouna Coulibaly (directrice de publication de Grin-Grin)

22 mars 2007.