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Il n’est pas encore admis par certains maliens, que le coup d’état militaire du 22 mars 2012 a précipité l’occupation des 2/3 de notre territoire, par des forces hostiles à l’Etat malien. Cependant la crise institutionnelle persistante, que vit le Mali depuis cette date, a mis le pays tout entier devant un choix difficile de priorité d’actions, tant la situation est complexe. Dilemme, imbroglio ?

Malgré ces divergences sur les conséquences du putsch, il est avéré qu’en une semaine les assaillants ont gagné largement plus de terrain que durant les 3 mois précédant le coup d’état militaire. En d’autres termes, il est indéniable que c’est le renversement du régime ATT à Bamako, qui a crée l’absence totale de ligne de commandement et aggravé considérablement l’insuffisance de moyens matériels à la disposition de nos soldats, en guerre contre des ennemis déterminés et puissamment dotés d’armements sophistiqués. Des faiblesses, que les forces rebelles et islamistes ont exploitées pour prendre possession et occuper des villes importantes comme Tessalit, Kidal, Tombouctou et Gao, avec une rapidité déconcertante.

Ces assaillants viennent d’ailleurs de régler leur différence d’approche de l’occupation des 3 régions du Mali par les armes. Les combats meurtriers ont abouti à la défaite des forces pro indépendantistes du MNLA et à la maîtrise totale du terrain par les seuls islamistes, adeptes de l’application de la charia, d’Ançar Eddine et du MUJAO associés d’AQMI.

Ces évènements douloureux ont engendré des drames humains et humanitaires, qui ne cessent de prendre de l’ampleur, dans cette partie du Mali, sans qu’aucune lueur d’espoir d’un règlement durable ne pointe à l’horizon.

L’Etat se retrouve ainsi face à des groupes armés qui occupent le territoire malien, constitué d’un mouvement indépendantiste, défait et affaibli par manque de soutien, et d’un groupe islamiste, allié au sanctuaire AQMI et aux trafiquants en tout genre.

Quelle sera la stratégie de l’Etat malien ?

Encore faudrait-il que le Mali arrive se doter d’un Etat capable de répondre avec lucidité à cette question et agir en toute urgence pour restaurer l’intégrité du pays. Or, il y a comme une certaine tergiversation et des calculs interminables qui font perdre du temps au pays tout entier. Chaque heure qui passe, rend encore plus difficile le rétablissement de la paix dans les régions nord, et entame davantage la cohésion nationale.

Difficilement, la majorité des acteurs de la classe politique et de la société civile sont arrivés, à reconnaître que la résolution de la crise institutionnelle est un préalable, qui commande toute tentative de restauration de l’intégrité territoriale, laquelle demeure la priorité pour la totale sortie des différentes crises que connaît le Mali.

Cette convergence de vue des regroupements nés après le coup d’Etat du 22 mars se retrouve aussi dans la proposition unanime de la tenue d’une réunion entre les forces vives du Mali, que les uns et les autres ont dénommée différemment : Conférence nationale, convention nationale, concertation nationale, etc. Il y a dans cette exigence de rencontre entre les acteurs du pays un but affiché par tous : se parler pour se comprendre ; déterminer une feuille de route pour donner la vision de la transition ; et dégager le profil des hommes susceptibles de la conduire. C’est du moins ce que demandent tous les protagonistes de la situation présente au Mali sous divers vocables.

Pour compléter le tableau des opportunités en faveur de la sortie de crise institutionnelle, on peut valablement citer les recommandations du mini sommet d’Ouagadougou du 7 juillet 2012, qui « renvoient la balle » dans le camp des maliens, afin que nous prenions notre destin en main. Pour qu’enfin les maliens confirment définitivement la légitimité du président Dioncounda Traoré pendant la transition et que le Mali dispose d’un gouvernement plus crédible doté d’une feuille de route dont l’axe majeur devra être la restauration de l’intégrité territoriale du pays.

Qui prendra l’initiative d’organiser cette rencontre tant souhaitée ?

En réponse à cette question, l’on est en droit de se tourner vers le Président de la république et le Premier ministre, tout naturellement. Cependant, depuis plusieurs jours, l’on assiste à des faits, qui laissent perplexe le citoyen malien sur la volonté réelle des deux plus autorités du pays, à diligenter un plan de sortie de crise partagée par les démocrates.

Depuis le sommet du groupe de contact à Ouagadougou, le Premier ministre s’active beaucoup plus sur le front de l’élargissement de son gouvernement que sur celui de l’organisation de cette rencontre tant souhaitée par plusieurs regroupements des forces vives. Afin de plaider son poste et ceux des membres de son équipe, pourtant sévèrement mis en cause dans la léthargie actuelle que connaît le pays, le Premier Ministre vient de passer en revue plusieurs chefs d’Etat et de gouvernements, auxquels il a fourni des éléments de bilan de son action depuis 3 mois. Le PM a son propre agenda.

Aussi, après avoir versé quelques larmes (d’impuissance ?) suite à l’attentat contre le Président Traoré, Cheick Modibo Diarra a entrepris de se rapprocher de celui-ci sur un plan purement affectif. L’on soupçonne M. Traoré de devenir sensible et de manquer de réalisme face à cette posture de son Premier ministre. Dans la situation actuelle, le pays a fortement besoin de pragmatisme et de fermeté.

Les faits constatés à ce jour prouvent que le Président Traoré semble confirmer cette fusion en cours, et il pourrait donner une fois de plus sa caution aux propositions du Premier ministre:

– D’abord, reconduire son Premier ministre, et une majorité des ministres actuels, tout en lui conseillant de faire valider « sa » feuille de route par l’assemblée nationale.

– Ensuite, réserver une large place, aux putschistes-activistes qui sont minoritaires dans le pays, espérant obtenir leur allégeance durant la période de transition.

– Enfin, se couper de ses alliés et soutiens, regroupés au sein du front anti putsch dont la majorité des élus de la nation, sous prétexte de prouver son impartialité et son ouverture vers tous les maliens.

Au regard de ce scénario qui se dessine de façon insistante, beaucoup d’observateurs africains et même des amis français du Mali ne cachent pas leur inquiétude et leur déception au cas où elles venaient à se réaliser.

Car, depuis la nomination du Premier ministre, le Mali s’enfonce davantage dans les abîmes : domination barbare des populations par des islamistes dans les régions nord du Mali ; arrestations et violences perpétrées par des militaires en toute impunité contre les citoyens de toute catégorie; résurgence des hordes de badauds qui réclament toujours la présidence de la transition pour leur champion le capitaine Sanogo ; aucune enquête digne de ce nom sur la tentative d’assassinat du Président Dioncounda Traoré, dont les coupables et leurs commanditaires ont repris confiance, et se lancent depuis quelques jours dans la défiance à visage découvert de l’autorité de l’Etat.

Or, le Président Traoré donne l’impression de soutenir sa reconduction à la tête du gouvernement d’union en gestation. Comme preuve, il est en train de poser des actes déterminants dans le contexte de crise, en concertation permanente (quasi complicité) avec le Premier ministre. Et le gouvernement ne rate aucune occasion pour faire savoir qu’il agit en parfait accord avec le président de la république. Ce qui en fait une caution de l’action gouvernementale en berne.

Pendant ce temps on relève que Dioncounda prendrait ces distances avec les démocrates, qui l’ont soutenu pourtant, depuis toujours. Selon certaines indiscrétions, ces derniers affirment que le Président ne prend pas en compte leurs points de vue, leurs avis sur certaines questions d’importance. De plus, personne ne sait réellement ce qu’il fait, ce qu’il décide. Style de ses prédécesseurs : gestion solitaire !

Les démocrates se rappellent encore, avec tristesse, de la nomination du premier ministre, mais surtout du gouvernement actuel, dont les décrets ont été signés, à la surprise générale par le président Dioncounda Traoré sans aucune concertation préalable de ses « amis », sans protester contre certains vices violant l’accord-cadre, dénoncés par l’ensemble des forces vives : manque de concertations, aucun caractère inclusif (union nationale avec les forces vives), etc.

Ce sentiment de froid sibérien installé entre le Président Traoré et ses partisans au Mali se confirme, chaque fois que l’on cherche à connaître son point de vue sur tel ou tel sujet.

Personne ne le sait, y compris ceux qui sont censés être ses proches de longue date.

L’impression, qui prévaut de plus en plus, au sein des maliens en France, c’est qu’une épure de confiance se profilerait entre le Premier ministre et le Président Traoré tandis qu’un mur de méfiance s’érigerait entre ce dernier et ceux qui, dès les premières heures, n’ont pas ménagé leur énergie, leur engagement en faveur des institutions républicaines, dont le Président de la république.

C’est dire que le Président est en train de s’isoler, et de ce fait, il risque de se fragiliser.

1- Or, pour triompher de ceux qui ont voulu l’anéantir sauvagement dans son engagement de plusieurs décennies pour ce pays, seule la réussite de sa mission pour sortir le Mali de cette crise pourrait être considérée, par la postérité, comme une réelle victoire de la démocratie sur l’anarchie et le fascisme dans notre Mali.

2- Aussi, le Président Traoré doit savoir qu’il est temps de donner des gages de détermination, d’ouverture et d’implication, à ses partisans, dans la gouvernance du pays.

3- Car, tout pouvoir a besoin « de bras », c’est-à-dire d’une base dynamique et active, qui lui donne la puissance nécessaire pour s’exercer. Lorsque le Prophète Mohamed (PSL) a reçu le Message, afin de mener à bien cette lourde mission, Dieu lui a donné des hommes aux valeurs complémentaires, y compris le bras armé d’Ali Ibn Taleb pour combattre les mécréants.

Que dieu nous inspire et nous guide pour sauvegarder la démocratie et la république !

Mamoudou, Paris

Le Républicain du 19 Juillet 2012