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La qualité d’une fête se mesure à ses préparatifs, dit la sagesse africaine. La Mission des Nations unies au Mali (MINUSMA) devrait débuter son déploiement dans un peu moins d’un mois, c’est-à-dire à partir de début juillet prochain. Ban Ki Moon, en prélude à cela, a fait une sortie on ne peut plus remarquée. En effet, le Secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) a relevé l’insuffisante formation des militaires pour se déployer ainsi que l’insuffisance de matériels logistiques disponibles pour cette mission. En d’autres termes, le Secrétaire général est inquiet quant à la capacité de ses hommes à relever le défi dans ce Mali où la sécurité n’est pas encore au beau fixe.

Il faut dire que ces inquiétudes du Secrétaire général de l’ONU sont fondées. Sans un matériel logistique de pointe, il est difficile de réussir à sécuriser une zone si infestée de « parasites » de tous genres. La situation n’est guère meilleure sans formation appropriée des hommes. En effet, même avec les meilleures armes du monde, si les militaires n’ont pas la formation adéquate, ce sera également peine perdue.

Toutes proportions gardées, il ne serait pas étonnant qu’ils détalent au premier coup de feu, abandonnant armes et bagages entre les mains de l’ennemi qui se renforcerait à l’occasion. Ban Ki Moon ne se trompe donc pas : l’insuffisante formation des hommes et l’insuffisance de matériels logistiques sont des motifs sérieux d’inquiétude en ce qui concerne la mission onusienne au Mali. La sécurité des troupes serait fortement sujette à caution si le déploiement s’effectue sans une amélioration de ces conditions. Cette sortie du Secrétaire général de l’ONU sonne comme un aveu d’impuissance des Nations unies.

A moins d’un mois du début de la mission, les Nations unies n’ont pas réussi à réunir les conditions idoines à sa bonne tenue. Mais à y regarder de près, cette déclaration du « patron » des Nations unies est beaucoup plus un aveu de réalisme. La capacité d’action de l’ONU est pour beaucoup, tributaire des contributions de ses États membres. Les missions de ce genre, on le sait, sont très coûteuses. Et comme pour bien des organisations interétatiques, le versement régulier des cotisations par les Etats membres de l’ONU n’est pas la chose la mieux partagée.

Les Nations unies se retrouvent ainsi sur les épaules de quelques grandes puissances dont les Etats-Unis d’Amérique, la Grande Bretagne et la France. En toute logique, ces Etats ne se font pas prier pour renforcer leur hégémonie au sein de l’Organisation et imposer d’une manière ou d’une autre, leurs desiderata. Et la sécurisation du Sahel n’est visiblement pas, en dépit des promesses de dons, une véritable priorité pour ces grandes puissances.

Les préparatifs de la mission onusienne au Mali ne sont donc pas satisfaisants à ce jour. Pourtant, la communauté internationale a vraiment intérêt à faire de la lutte contre les islamistes au Sahel, une priorité. Ces terroristes constituent un vrai danger et il faudra tout faire pour éviter que le Mali ne soit leur nouveau sanctuaire. Certes, ils ont pris la poudre d’escampette à la faveur de l’intervention militaire franco-malienne avec la courageuse participation de militaires tchadiens. Mais, à la moindre défaillance des forces armées régulières dans cette guerre asymétrique, ces illuminés pourraient reprendre du poil de la bête. Il ne serait donc pas raisonnable de lésiner sur les moyens à déployer à l’occasion de cette mission.

La communauté internationale est donc interpellée. Et il est temps que les Africains en particulier, se réveillent vraiment. Car, s’il est vrai que ces islamistes du Nord-Mali représentent une menace mondiale, il n’en demeure pas moins vrai que c’est en terre africaine qu’ils veulent s’établir et que leurs effectifs sont constitués pour l’essentiel d’Africains. C’est donc un problème qui concerne au premier chef l’Afrique et il n’est pas raisonnable qu’elle soit encore réduite à compter autant sur l’appui extérieur. C’est à se demander ce que valent vraiment les structures de prévention, de gestion et de règlement des conflits, de maintien de la paix et de la sécurité à l’échelle de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest et de l’Union africaine (UA).

Les forces en attente ont-elles vocation à rester ainsi en « attente » alors même que l’heure est venue d’aller sur le terrain, de passer à l’acte ? Il y a lieu de faire en sorte que les structures créées à grand renfort de publicité cessent d’être juste là à titre décoratif, qu’elles servent vraiment à quelque chose. La future mise en place de la force d’intervention rapide décidée lors du sommet du cinquantenaire de l’UA suffira-t-elle à changer la donne ? On ne saurait encore le dire. En attendant, il faut espérer que le projet d’accord préliminaire auquel ont abouti les négociations de Ouagadougou permettra d’aboutir à une paix durable dans le septentrion malien.

Publié le mardi 11 juin 2013

Source : « Le Pays »