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Bien que du temps se soit écoulé, Nabiga parle aujourd’hui encore avec émotion de son incroyable aventure. C’était du temps où la première mission de médecins chinois opéraient à Koudougou. A cette époque-là, Nabiga souffrait d’un mal qui dévorait sa santé et qui se jouait des efforts des médecins tant traditionnels que modernes.

C’est alors que certains parents de bons conseils, suggérèrent à la famille de le conduire chez les Chinois qui, affirmèrent-ils, sont réputés faire des miracles en associant médecine traditionnelle et médecine moderne.

C’est donc ainsi que Nabiga fut reçu et hospitalisé au Centre médical chinois dans un état suffisamment critique. Les Chinois firent ce qu’ils purent mais ils ne réussirent pas le miracle. Du moins après l’avoir tourné et retourné dans tous les sens, les médecins le déclarèrent mort. Le corps fut donc conduit à la morgue en attendant que les parents viennent l’y chercher. Or, les parents étaient en conciliabule : fallait-il l’enterrer sur place à Koudougou ou fallait-il le conduire au village où l’inhumation aurait lieu ?

En fin de compte, arguant le fait que Nabiga était l’aîné de la famille régnante dans sa région d’origine et que le village n’était situé qu’à une trentaine de kilomètres de là, ceux qui préconisèrent l’enterrement au village eurent gain de cause. L’on désigna donc deux personnes issues de la famille qui traditionnellement s’occupe d’apprêter les cadavres, et il leur fut demandé d’accomplir les actes nécessaires avant le déplacement du corps sur le village. Ces deux personnes s’enfermèrent donc avec le mort et commencèrent sa toilette. Lorsqu’elles versèrent l’eau froide sur lui, elles sentirent et entendirent une sorte de souffle, comme une exhalaison provenir du cadavre.

Ils ne firent pas attention à cela, se disant que ce n’était que de l’air bloqué dans les poumons de Nabiga juste avant qu’il ne rende l’âme. La toilette terminée, il fallait maintenant habiller le corps dans une tenue spéciale qui demandait à être attachée à certains endroits. Les deux croque-morts étaient à cette tâche lorsque le mort éternua bruyamment à deux reprises. Dans un même mouvement les deux hommes lâchèrent le corps pour se précipiter vers la sortie. En très peu de temps les médecins furent avertis de ce que le mort n’était pas totalement mort. C’est ainsi qu’il fut conduit de la morgue à la salle de réanimation et bien plus tard de la salle de réanimation dans la chambre qu’il occupait avant sa mort.

Son état était toujours critique. Deux jours plus tard alors que les médecins se posaient toujours des questions sur le cas de ce ressuscité, le vieil oncle de Nabiga qui était arrivé du village et qui l’avait rejoint dans sa chambre, lui faisait avaler une mixture de poudre noire. Les médecins ne furent appelés que pour constater que Nabiga avait vomi des touffes de cheveux, de petits cailloux, des mouches, des épines et bien d’autres étrangetés. Puis l’oncle s’en est allé laissant les médecins plus perplexes que jamais.

On ne leur avait pas appris à leur formation qu’un être humain pouvait avoir toutes ces choses dans son ventre. Et pourtant ils furent bien obligés d’accepter cette vérité et surtout d’accepter que c’est parce qu’il en a été débarrassé, que Nabiga a rapidement recouvré la santé. Comment toutes ces choses ont pu être introduites dans le ventre de Nabiga ? Sorcellerie ? Je n’ose point l’affirmer de peur que tous ceux qui clament aujourd’hui que la sorcellerie n’existe pas ne me tombent dessus à bras raccourcis. Et pourtant…

Sacré Chédou Ouédraogo | Sidwaya

19 novembre 2007