Partager

Pour la première fois depuis son accession au trône en 1999, Sa Majesté le Roi du Maroc, Mohammed VI, se déplace pour assister à la cérémonie d’investiture d’un Chef d’Etat. Ainsi, il sera l’hôte du Mali le 19 septembre à l’occasion de la grande cérémonie d’investiture du Président Ibrahim Boubacar Keïta. Pour l’occasion, l’Ambassadeur du Royaume chérifien au Mali, Hassan Naciri, nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il évoque le sens et la portée de la présence de Sa Majesté Mohamamed VI au Mali, la coopération maroco-malienne qui connait un véritable essor notamment dans le domaine des affaires. L’ambassadeur Naciri revient aussi sur le soutien multiforme que son pays continue d’apporter au Mali.

L’Indépendant : Excellence Monsieur l’Ambassadeur, quelle signification donnez-vous à la présence de sa Majesté, le Roi Mohammed VI à la cérémonie d’investiture du Président Ibrahim Boubacar Keïta, le 19 septembre prochain ?
Hassan Naciri :
Je pense que la plus grande signification est d’envoyer un message d’amitié, d’estime et de considération au Mali, son Président, son gouvernement, la société civile et tout le peuple malien. Un message fort de fraternité pour dire aux Maliens que le Maroc ne les a jamais abandonnés et qu’il ne les abandonnera jamais. C’est également un message de soutien pour le Mali qui sort d’une crise multidimensionnelle, je dirai même une crise existentielle.

Sa Majesté le Roi Mohammed VI est venu dire aux Maliens: » Nous sommes à vos côtés, nous vous félicitons pour l’exercice démocratique que vous avez réussi, pour la qualité exceptionnelle des élections, pour la bonne conduite de la transition, pour le débat politique et démocratique que vous avez conduit de manière sereine, sage et qui a permis tout ce que nous vivons aujourd’hui « . Le Mali a des défis à relever mais il peut compter sur ses amis et ses frères parmi lesquels le Maroc sous la conduite éclairée de sa Majesté le Roi Mohammed VI. Pour moi la signification de cette visite, c’est d’essayer de consolider davantage nos relations et d’ouvrir une page nouvelle en terme de coopération, de partenariat et de solidarité.

L’Indépendant : Il semble que ce soit la première fois que le Roi du Maroc se déplace spécialement pour une cérémonie d’investiture d’un Président de la République en Afrique ?

Hassan Naciri : C’est tout à fait vrai. Votre constat correspond exactement à la réalité. Comme je le disais tantôt, c’est un signal fort pour dire aux Maliens que le Maroc est à vos côtés et que nous vous souhaitons un très bon départ pour la restauration de l’Etat, pour le retour complet à l’ordre constitutionnel et pour la relance économique dans tout le pays.

A cela s’ajoute la réconciliation nationale dont le Président Ibrahim Boubacar Keïta a fait sa priorité. Comme il a été dit par les membres de son gouvernement, rien ne se fera sans la paix et le vivre ensemble au Mali. Je crois que les amis et les frères du Mali sont appelés naturellement à apporter leur contribution pour ce nouveau départ du Mali, à le soutenir, à l’accompagner jusqu’au retour à la situation normale.

L’Indépendant : Pouvez-vous nous rappeler quelques actes concrets posés par le Maroc à l’endroit du Mali durant la crise qu’il vient de vivre ?

Hassan Naciri : Tout le monde sait que nous avons toujours considéré que nous avons un devoir envers le Mali. Ce devoir c’est celui de rester solidaire avec ce pays dans toutes les circonstances au niveau du soutien à lui apporter chaque fois que c’est nécessaire. En 2012, le Mali a connu une crise sans précédent et unique dans l’histoire de cet Etat. Le Maroc a été parmi les premiers à affirmer solennellement et officiellement son attachement à l’unité de ce pays ainsi qu’à son intégrité territoriale. Nous l’avons fait solennellement au Maroc et dans tous les foras internationaux.

Nous avons également entrepris des démarches avec nos frères maliens pour faciliter le retour à l’ordre constitutionnel. Sous la conduite éclairée du Roi Mohammed VI, nous avons entrepris de nombreuses démarches que les autorités de la transition connaissent parfaitement pour l’atteinte de cet objectif. Nous avons trouvé auprès des autorités de la transition et de tous nos interlocuteurs au Mali la compréhension à l’endroit de nos initiatives qui sont sincères et sans aucun calcul si ce n’est la préservation de l’unité de ce pays et sa stabilité qui est aussi celle de toute la région.

Le Mali est un grand pays et tout le monde a intérêt à ce qu’il retrouve la paix, la stabilité et prospère en terme socio-économique. C’est dans cette même logique que nous l’avons aidé sur le plan humanitaire. Nous sommes ainsi les premiers à apporter de l’aide aux réfugiés et déplacés maliens dans les pays voisins en Mauritanie, au Niger et au Burkina Faso.

De même que sur le plan diplomatique, nous avons mené une vraie campagne au Conseil de sécurité des Nations-Unies. Comme vous le savez le Maroc a présidé le Conseil de sécurité durant le mois de décembre 2012. Ce qui nous a permis d’initier et de contribuer à l’adoption des résolutions qui ont enclenché tout le processus de normalisation actuel. Il faut dire en toute franchise et en toute modestie que le Maroc a fait du dossier malien sa priorité auprès du Conseil de sécurité. Au-delà de cela, nous avons aussi travaillé à Genève dans le cadre des questions des droits de l’homme et au sein de l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine humanitaire au Nord du Mali notamment à Tombouctou.

A part le côté diplomatique et humanitaire, je pourrai aussi signaler qu’en matière de formation des cadres nous avons eu l’habitude de donner cinquante bourses par an aux Maliens. Celles-ci sont entièrement prises en charge et offertes par l’Etat marocain. Il y a aussi un nombre important de Maliens qui poursuivent leurs études au Maroc aussi bien dans les universités publiques et privées que dans les écoles et les centres de formation.

En 2012, vu les conditions que le Mali a traversées, sa Majesté a décidé de doubler le nombre de bourses qui est passé à 100. Sa Majesté a voulu aussi que ce chiffre soit reconduit en 2013 pour la deuxième année consécutive. En dehors de cela, il y a plusieurs stages organisés pratiquement tout le temps et dans tous les domaines d’activités pour le renforcement des capacités des ressources humaines qu’il s’agisse des civils ou des militaires.

L’Indépendant :Vieille de plusieurs siècles, et plutôt excellente à l’époque de sa Majesté le Roi Mohammed V et du Président Modibo Keïta, la relation entre le Maroc et le Mali a quelque peu baissé d’intensité au plan diplomatique à cause du coparrainage par le Mali de l’adhésion de la soi-disant République Arabe Sahraoui Démocratique à l’OUA. Depuis, la position de Bamako a considérablement évolué, le Mali n’entretenant plus de relation dans un cadre officiel ni avec le front Polisario ni avec sa fantomatique République. Espérez-vous une rupture définitive avec le pouvoir IBK qui se met en place cette semaine?

Hassan Naciri : Je crois qu’il ne m’appartient pas d’anticiper sur les choses ni de faire dire aux autorités maliennes ce que je souhaite qu’elles disent. Le Mali est un pays souverain et nos relations se basent entre autres sur le respect mutuel. Cependant, je dois rappeler que pour nous, la question du Sahara occidental est tout simplement sacrée. C’est une question nationale, c’est notre priorité politique absolue au Maroc et partout.

La situation aujourd’hui est claire, il y a un processus de règlement de la question par les Nations-Unies qui est en cours. Celui-ci repose sur le chapitre 6 de la charte de cette organisation internationale qui privilégie les solutions de compromis, acceptées mutuellement par les parties et la négociation. Nous appelons ainsi nos frères et amis dans le monde entier à soutenir ce processus et à ne pas le compromettre ou à anticiper sur ses résultats.

L’Indépendant : Quel regard portez-vous sur les relations d’affaires maroco-maliennes plutôt à un très bon niveau, le Maroc étant le premier investisseur africain au Mali avec une présence très remarquée dans le secteur des télécommunications (Maroc télécom qui est co-propriétaire de la SOTELMA) et le secteur de la banque avec la présence du groupe Attijariwafa Bank à la BIM S.A.?

Hassan Naciri :Je voudrais, si vous me permettez, vous rappeler sur quoi repose cette présence marocaine au Mali. Au-delà des affaires, c’est d’abord une action volontariste voulue par sa Majesté le Roi Mohammed VI et par feu le Roi Hassan II. L’idée qui est d’ailleurs toujours d’actualité, c’était de donner une impulsion à la coopération sud-sud et d’essayer de faire le maximum avec les pays qui sont du même niveau en terme de complémentarité, d’échange et de partenariat.

C’est donc cette présence qui apporte beaucoup d’abord à l’économie malienne. Il faut noter que ces opérations se réalisent dans un environnement qui n’est pas facile. D’ailleurs, vous vous souvenez des circonstances de 2012 et les difficultés auxquelles ces entreprises avaient fait face avec beaucoup de détermination et un esprit de solidarité tous azimuts. Elles sont restées et elles ont continué malgré les dégâts qu’elles ont subis au nord du pays. En ma qualité d’ambassadeur de son Excellence le Roi, je leur rends hommage et salue leur détermination, leur immersion réussie au Mali parce que maintenant ce sont des opérations qui entrent de plain-pied dans la culture de coopération maroco-malienne. Ce sont de très bons exemples que nous avons tout intérêt à encourager et à leur préparer le cadre le plus adéquat pour qu’elles puissent évoluer dans l’intérêt des deux peuples frères et amis.

Clarisse Njikam

Cnjikam2007@yahoo.fr

L’Indépendant du 18 Septembre 2013