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Le continent africain a bel et bien son mot à dire sur les grandes questions qui concernent le monde.Le 25è sommet Afrique-France s’est ouvert hier à Nice en présence de 38 chefs d’État et de gouvernement africains dont le président de la République, Amadou Toumani Touré. Le président de la Commission de l’Union africaine Jean Ping, son homologue de la Banque mondiale, Robert Zoellick, le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-Moon, le directeur général de la FAO, Jacques Diouf, étaient également présents dans la métropole de la Côte d’Azur.

jpg_france-afrique.jpgLa ville établie sur les bords de la mer Méditerranée, le long de la baie des Anges et à l’embouchure du Paillon, enregistre cependant quelques grands absents, notamment le président ivoirien Laurent Gbagbo ou le Guide de la révolution libyenne Muammar Al Khadafi qui se sont fait représenter.

Ce grand rendez-vous entre Français et Africains traitera des thèmes qui constituent aujourd’hui des enjeux pour l’avenir du continent africain à savoir la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, la question de paix et de sécurité ainsi que celle relative au climat et au développement.

La particularité du rendez-vous de Nice est que pour la première fois le sommet Afrique-France s’ouvre à près de 200 chefs d’entreprise français et africains. Une poignée d’opérateurs économiques maliens a ainsi répondu à l’invitation du gouvernement français.

Le volet économique du sommet, considéré comme le plus important, est marqué par des ateliers de travail sur le renforcement des dispositifs juridiques pour favoriser les affaires en Afrique, la facilitation de l’accès des entreprises aux financements, la construction et le renforcement de la compétitivité des entreprises africaines. La cérémonie d’ouverture a été marquée par le discours du président français Nicolas Sarkozy et de celui de son homologue égyptien, Mohamed Hosni Moubarak, dont les pays coprésident le sommet.

Relation particulière.

Après avoir souhaité la bienvenue aux différentes délégations, le chef de l’État français a souligné la pertinence du partenariat entre la France et les États africains dans ce monde du 21è siècle où les défis économiques, sécuritaires et politiques sont de plus en plus nombreux. « Oui, nos réunions ont un sens. Oui, il existe une relation particulière entre la France et l’Afrique. Nous avons des choses à nous dire, et par-dessus tout nous avons des choses à faire ensemble », a-t-il assuré.

Le continent africain, a estimé Nicolas Sarkozy, a bel et bien son mot à dire sur les grandes questions qui concernent l’Europe et le monde entier. A ce propos, il a plaidé pour une coopération partenaire sans complexe entre l’Afrique et l’Europe.

« Je suis convaincu qu’on ne peut pas évoquer les grandes questions du monde sans la présence du continent africain. Ce qui fonde notre conviction, c’est la claire conscience que nos destins sont indissolublement liés. L’échec de l’Afrique serait aujourd’hui le drame de l’Europe. Entre amis, nous devons parler de tout sans gêne. La nouvelle relation franco-africaine, je la veux décomplexée.

Une relation partenaire, il n’y a pas d’un côté des grands pays, de l’autre des petits, mais des partenaires qui ont des intérêts à défendre, des points de vue à faire valoir, sur la base d’une relation d’égalité et tournée vers le futur », a expliqué le président français. Et Nicolas Sarkozy d’ajouter : « Dieu que nous avons passé beaucoup de temps à évoquer le passé alors que nous avons tant à faire pour construire l’avenir, bien sûr en tirant les leçons de ce passé ».

Il a reconnu que l’Afrique a des valeurs et des potentialités que l’Europe ne peut ignorer. « L’Afrique est notre avenir. Le continent africain s’impose chaque jour davantage comme un acteur majeur de la vie internationale. Le formidable dynamisme démographique de l’Afrique, ses ressources considérables, en font la principale réserve de croissance économique mondiale pour les décennies à venir », relèvera le chef de l’État français.

En évoquant les thèmes du sommet, notamment la place de l’Afrique dans la gouvernance mondiale, Nicolas Sarkozy a confirmé : « Si on se dit ami de l’Afrique, alors il faut être prêt à lui faire une place ». Il s’est déclaré favorable à la reforme du Conseil de sécurité de l’ONU en tenant compte du souhait des pays africains. Il est inadmissible, a-t-il jugé, que l’Afrique n’ait pas un membre permanent au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

Aujourd’hui, les États africains disposent de trois sièges de membres non permanents. Ils réclament quatre postes supplémentaires, deux permanents avec droit de veto et deux non permanents. Abordant la paix et la sécurité, Nicolas Sarkozy a assuré du soutien de

la France dans la lutte contre les nouvelles menaces d’insécurité sur le continent africain comme le trafic de drogue, le terrorisme, la piraterie, les prises d’otages.

Ces menaces, déplore-t-il, fragilisent les États africains. Développant le thème « climat et développement », le président français jugera primordial de travailler ensemble conformément aux décisions prises à Copenhague lors du sommet mondial sur le changement climatique.

Nicolas Sarkozy n’a pas manqué de saluer la présence de près de 200 entrepreneurs économiques français et africains au sommet de Nice. « Ensemble nous pouvons construire la gouvernance mondiale », a-t-il lancé avant d’annoncer que le prochain sommet se tiendra en Égypte.

Un grand pas.

Le président égyptien a, lui, évoqué les défis que le continent africain doit relever pour assurer son développement dans le cadre de sa coopération avec la France. « J’espère que le sommet de Nice sera un grand pas dans notre coopération, après quatre décennies de rencontres entre nos deux parties », a-t-il indiqué.

Mohamed Hosni Moubarak estime que le continent pour se développer, doit relever plusieurs défis comme ceux liés à la paix et la sécurité, à l’autosuffisance alimentaire, au développement des infrastructures et des ressources énergétiques.

Il a souhaité la prise en compte par le sommet des priorités de l’Afrique en matière de développement global, la création d’un mécanisme de suivi pour l’application correcte des décisions issues du sommet, le renforcement du rôle du secteur privé dans le développement de nos États et la création d’un fonds pour financer les projets de coopération entre la France et l’Afrique.

Les chefs d’État et du gouvernement se sont ensuite retirés de la grande salle de conférence pour un huis clos dans une autre salle du Palais des congrès de Nice-Acropolis.

Il est ainsi prévu que Nicolas Sarkozy tienne trois réunions à huis clos avec l’ensemble des chefs d’État et de gouvernement sur les trois thèmes du sommet.

Ce 25è sommet Afrique-France prend fin aujourd’hui par une déclaration finale des chefs d’État et de gouvernement. La France pourrait s’engager à consacrer 300 millions d’euros (plus de 196 milliards Fcfa) pour la période 2010-2012 pour soutenir les efforts des États africains et de leurs organisations sous-régionales. Paris pourrait aussi s’engager à former 12 000 militaires africains au profit des forces de maintien de la paix de l’Union africaine et de l’ONU sur la même période. Nous reviendrons sur la fin des travaux du sommet dans nos prochaines éditions.

Envoyé spécial M. KEITA

L’Essor du 01 Juin 2010.