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C’était une revendication pressante des populations maliennes qui, à plusieurs reprises, ont battu le pavé, pancartes rivalisant de slogans hostiles à la présence française dans leur pays, en main, pour réclamer le départ de la force Barkhane. Le dernier sommet du G5 a été l’occasion, pour le président français, Emmanuel Macron, d’acter officiellement ce départ et d’en préciser les contours en annonçant la fermeture d’ici au début de l’année 2022, de toutes les bases de l’armée française au Nord-Mali, en l’occurrence celles de Kidal, de Tessalit et de Gao. Par la même occasion, le chef de l’Etat français a défini les nouveaux contours de la présence française au Sahel : les effectifs militaires passeront à terme de 5100 hommes aujourd’hui à un contingent de 2500 à 3000 tandis que l’appui aérien, à partir de la base de Niamey, sera davantage musclé. Ce réaménagement vise à s’adapter à la nouvelle posture des groupes terroristes qui auraient renoncé à leurs ambitions territoriales au profit d’un projet de dissémination dans toute l’Afrique de l’Ouest. Désormais donc, l’armée française concentrera ses efforts sur la neutralisation et la désorganisation du haut commandement des deux organisations terroristes ennemies, Al-Qaida et l’Etat islamique, ainsi qu’à l’appui à la montée en puissance des armées de la région. 

Le risque est grand que l’on assiste au même scénario qu’en Afghanistan

Si l’on ne peut mettre en doute les raisons stratégiques mises sur la table par le locataire de l’Elysée pour réaménager le dispositif militaire français au Sahel, il est tout aussi indéniable que l’Hexagone a été quelque peu contrainte par la montée du sentiment anti-français au Mali qui, pourtant, a été sauvé du naufrage par l’opération française Serval en 2013. C’est donc malgré elle que la France fait son paquetage au Mali qui la récompense en monnaie de singe. Cela dit, la situation dans les pays du Sahel ne suffit pas, à elle seule, à expliquer la décision de Macron, qui est en partie dictée par les enjeux de la politique française. A la veille de la campagne pour la présidentielle, le président sortant, candidat à sa succession, veut calmer son opinion intérieure en faisant l’économie de morts de soldats français dans le Sahel en plus de la cinquantaine déjà tombée et  éviter ainsi la  montée de critiques sur une opération coûteuse au contribuable français, soit près d’un milliard d’euros par an. ,Mais quelles que soient les raisons avancées,  l’on peut nourrir de sérieuses inquiétudes pour la sécurité au Sahel ; tant il est évident que le départ de l’armée française réclamée à cor et à cri par les souverainistes, n’entraînera pas, ipso facto, le retour de la paix. Pour l’Etat malien, en particulier, qui se montre déjà incapable de réoccuper les territoires arrachés aux groupes armés par la France, il faut craindre le pire. Le risque est grand, en effet,  que l’on assiste au même scénario qu’en Afghanistan où le départ des troupes américaines s’accompagne du retour en force des Talibans. Dans ce cas de figure, le pays n’aura pas d’autre choix que de  négocier ou périr. La solution russe envisagée n’est qu’un leurre. 

Il est manifeste que si les armées africaines veulent changer la donne sur le plan sécuritaire, ce n’est pas en étant aux sommets des Etats

Car, toutes les puissances impérialistes sont mues par les mêmes intérêts et il faut même craindre que l’Afrique ne devienne à nouveau le terrain des rivalités étrangères comme ce fut le cas au sortir du Congrès de Berlin de 1884-1885. Mais « à quelque chose malheur est bon », dit-on. Car l’occasion sera donnée au Mali et à tous les autres Etats du Sahel, d’assumer leurs responsabilités et de faire leurs preuves en montrant de quoi sont véritablement capables leurs armées respectives. C’est dans ce contexte plein d’interrogations sur l’avenir des pays du Sahel, posé par le sommet du G5, que le président nigérien, Mohamed Bazoum, a fait une sortie qui a effarouché les autorités de la Transition au Mali. En effet, le chef de l’Etat nigérien n’a pas fait dans la dentelle pour rappeler à la soldatesque africaine qui rêve d’installer ses quartiers dans les palais présidentiels, que sa place est au front de la lutte contre l’insécurité. En le faisant, l’homme a dit tout haut ce tout le  monde pense tout bas. Il faut donc non seulement saluer le courage du président nigérien qui est connu, à l’instar de ses prédécesseurs, pour n’avoir pas sa langue dans la poche, mais aussi le féliciter pour la pertinence de sa sortie dans un contexte sous-régional où l’exemple malien, encouragé par le cas tchadien, risque de faire des émules. Or, il est manifeste que si les armées africaines veulent changer la donne sur le plan sécuritaire, ce n’est pas en étant aux sommets des Etats, mais c’est bien en étant sur les théâtres d’opérations. N’en déplaise donc à Assimi Goïta et ses camarades d’armes qui ne se sont pas gênés de convoquer l’ambassadeur nigérien à Bamako, pour protester contre ces propos jugés offensants.  Cela dit, l’on peut se poser la question suivante : quel impact le coup de froid diplomatique entre Niamey et Bamako  peut-il avoir sur la lutte contre l’insécurité ?  S’il est vrai que les autorités maliennes se sont empressées de dire qu’il ne nuit en rien aux liens historiques et géographiques entre les deux pays,  il faut craindre l’apparition de nouvelles barrières dans la coopération entre deux armées traditionnellement jalouses de leurs territoires respectifs dans un contexte de démarquage aujourd’hui  entre « pro et anti-français »

« Le Pays »