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L’organisation continentale butait sur le contenu à donner au gouvernement de l’Union, une idée chère au guide libyen Mouamar Khadafi.

Tard dans la nuit de mardi à mercredi, le nouveau président en exercice de l’Union avait invité ses pairs à se retrouver huit heures plus tard dans la grande salle de conférences de la Commission Economique pour l’Afrique pour se mettre d’accord sur la question afin qu’Addis 2009 ne soit pas un échec retentissant.

Le temps (ou la fatigue) aidant, un accord est survenu confirmant la transformation de la Commission de l’Union en Autorité de l’Union. Cette décision prise à l’unanimité est une avancée majeure qui met fin à tous ces débats sur la mani�re de faire avancer l’UA que nous avons depuis plus de trois ans, a souligné Jean Ping, le président de la Commission. Avancée très importante, confirmera Mouamar Khadafi en remarquant que nous, Africains, nous n’avons que l’unité pour nous renforcer.

Nous vivons dans un monde implacable. Le fort vit mais le faible est contraint à l’asservissement. Chaud partisan du gouvernement de l’Union, le Sénégalais Abdoulaye Wade fera état d’un très grand succès.

Le président Wade ajoutera que les ministres des affaires étrangères de l’UA ont été chargés par les chefs d’Etat de faire des propositions pour le prochain sommet de l’UA sur les structures et les personnes. L’Autorité, a-t-il cependant précisé, sera composée de 14 secrétaires .

A l’issue d’une session spéciale de l’organisation, deux jours plutôt, ce sont pourtant neuf portefeuilles qui avaient été annoncés, couvrant autant de domaines de compétence retenus par les chefs d’Etat et de gouvernement.

Ces domaines de compétences sont : la réduction de la pauvreté; la libre circulation des biens et des personnes; les infrastructures régionales et continentales; les changements climatiques; la pandémie du sida; la recherche; les négociations sur le commerce international; la paix et la drogue ainsi que la coordination des politiques internationales.


Pomme de Discorde

L’Autorité de l’union, avait indiqué la session spéciale, sera présidée par le président de la Commission, Jean Ping, assisté de son vice-président. Elle sera lancée au cours du prochain sommet prévu en principe ˆ Madagascar en juillet prochain.

L’armature, on pouvait sÕen douter, a posé moins de problèmes que le contenu à donner à cet exécutif. Les désaccords entre souverainistes et fédéralistes (des étiquettes faciles mais réductrices des nuances relevées dans les positions des uns et des autres) portaient notamment sur la feuille de route, la nature du gouvernement, la souveraineté et la mobilisation des communautés économiques régionales.

Au sein de l’UA, la question du gouvernement de l’union a été depuis longtemps une pomme de discorde. Nombre d’Etats membres, avec en t�te la Libye, principal initiateur du Êconcept, et le Sénégal, ont plaidé pour la création immédiate du Êgouvernement de l’Union africaine.

Dans l’autre camp, des pays de l’Afrique australe, dont l’Afrique du Sud et des Etats membres de la SADC, prênent une intégration par étapes et un renforcement des communautés sous-régionales, jugeant qu’il est trop tôt et qu’il y a trop de disparités entre les Etats membres pour réussir aujourd’hui.

Un compromis avait été envisagé qui passerait par un renforcement du pouvoir de la Commission de l’UA sur le plan de la coordination entre les Etats membres sur les dossiers majeurs du continent.

C’est peut-être pour cela que le président sortant de l’organisation continentale, avant de passer le témoin au Guide de la révolution libyenne, avait adhéré à la proposition d’une autorité de l’union. Mais finalement le forcing du nouveau président en exercice et la prolongation des travaux, ont permis d’accentuer le tournant.

Mouamar Khadafi se défend d’une quelconque mauvaise foi et promet d’insuffler une nouvelle dynamique à l’organisation continentale. Il a assuré que son intention avait toujours été d’encourager en coulisses les reformes au niveau de l’institution panafricaine, insistant sur le fait que son plaidoyer de longue date en faveur de l’unité africaine n’avait rien à voir avec une prétendue ambition de diriger l’UA, encore moins le continent. Selon le Guide de la révolution libyenne, c’est le peuple africain qui veut l’unité de l’Afrique, pas Khadafi en tant qu’individu.

Le projet des Etats-Unis d’Afrique ayant accaparé une grande part du temps et des énergies, le thème de ce douzième sommet – le développement des infrastructures en Afrique – en a souffert tout comme l’examen des crises (Darfour, Grands Lacs, Madagascar) et coups d’Etat (Mauritanie et Guinée).

Un fait marquant du rendez-vous éthiopien aura néanmoins été l’élection du Guide libyen, Mouamar Khadafi, à la tête de l’organisation continentale. Cette présidence libyenne est survenue sans suspense dans la mesure où c’était le tour de l’Afrique du Nord de proposer un candidat à la succession de Jakaya Kikwete de la Tanzanie.

Aucun autre dirigeant de la zone n’ayant posé de candidature pour concurrencer la sienne, le Guide de la Jamahiriya arabe libyenne a été porté à la tête de l’U.A. pour un mandat d’un an à l’issue d’un huis-clos.

Conscient du fait que son élection soulevait des réticences chez certains de ses pairs, Mouamar Khadafi a fait montre d’humour pour d’étendre l’atmosphère : Je sais que certains d’entre vous sont déçus et je vais vous provoquer, mais c’est dans l’intérêt de l’Afrique. Il a ensuite placé son mandat sous le signe du travail sérieux plutôt que des mots.


Envoyé spécial

B. COULIBALY

Essor du 05 Février 2009