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Ces deux thèmes sont revenus en leitmotiv dans toutes les interventions d’hier matin.

Le 11è sommet de l’Organisation de la conférence islamique (OCI) s’est ouvert hier à Dakar en présence d’une quarantaine de souverains, présidents de la République et de chefs de gouvernement, ainsi que du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-Moon.

Le chef de l’Etat Amadou Toumani Touré, arrivé dans la capitale sénégalaise mercredi après-midi, prend part à cette grande rencontre de la Ummah islamique. près son élection, la présidence de l’organisation qui compte 57 États membres, l’hôte du sommet, Me Abdoulaye Wade, le président sénégalais, a expliqué qu’il accueille cette rencontre au nom de toute l’Afrique musulmane. Rappelant que le Sénégal a déjà abrité un sommet de l’Organisation en 1991, Me Wade a indiqué que le renouveau de la Ummah islamique à travers des textes rénovés est une exigence pour répondre aux défis du ce siècle ci.
D’où le thème du présent sommet, « La Ummah islamique au 21è siècle« .

Le chef de l’Etat sénégalais a appelé ses pairs à placer l’organisation sur une courbe ascendante afin de répondre aux attentes des peuples. « J’espère que l’adoption du nouveau texte interviendra au cours de ce sommet« , a-t-il souhaité en faisant allusion à la proposition de nouvelle Charte soumise à l’approbation des chefs de délégations par les hauts fonctionnaires et les ministres des Affaires étrangères. Le nouveau président de l’Organisation de la conférence islamique a ensuite abordé le conflit israélo-palestinienne, soulignant la justesse de la lutte des Palestiniens qui aspirent à un Etat indépendant dont les frontières seraient reconnues par la communauté internationale.

Il n’a pas manqué d’appeler les Palestiniens à s’unir pour une Palestine libre et indépendante. « Unissez-vous et discutez en toute fraternité. La Ummah islamique sera toujours à vos côtés« , a exhorté Me Wade, appelant d’autre part l’Etat hébreux à mettre fin à la répression et aux réactions disproportionnées. Annonçant que la paix entre la Palestine et Israël sera l’une des priorités de son mandat, le président de l’OCI a exhorté à l’arrêt de la violence d’où qu’elle vienne. Revenant au thème du sommet, Abdoulaye Wade a expliqué qu’il renvoie au partenariat économique et social ainsi qu’au partage du savoir au sein de la Ummah islamique.

500 milliards de dollars

Parlant du partenariat économique et social, le chef de l’Etat sénégalais a mis le doigt sur le paradoxe qui existe entre les énormes potentialités de la Ummah islamique et son retard dans le développement économique. « Notre communauté est riche et indigente à la fois« , a-t-il constaté, en souhaitant que le plan décennal de lutte contre la pauvreté élaboré lors de la présidence de la Malaisie, qui vient de prendre fin, soit l’occasion pour les différents pays de mieux de se connaître pour développer les opportunités d’échanges. « La Ummah islamique ne doit pas être seulement l’assistance« , a-t-il soutenu.

Le président de la République du Sénégal a ensuite fait des propositions de financements novateurs dans le cadre du partenariat économique et social.

A ce propos, il a appelé les investisseurs musulmans à venir en Afrique où les investissements ne courent plus de dangers grâce à la démocratisation de nombreux pays. Pour lui, la mobilisation massive des ressources est possible rien qu’en faisant venir en Afrique les intérêts des dépôts des pays riches membres de la Ummah islamique.

Ces pays n’utilisent pas ces ressources, estimées à près de 500 milliards de dollars, pour cause de prohibition par l’islam des prises d’intérêts sur les prêts. « Créons des conditions pour investir ces fonds en Afrique. Laissés dans les banques, ils profiteront aux Occidentaux« , a insisté Me Wade. Sur la même lancée, il appelé à l’effacement de la dette des pays africains membres de l’OCI. Selon le président sénégalais, les pays pauvres de la Ummah islamique peuvent profiter de la hausse des prix du pétrole si l’OPEP acceptait d’ajouter 2 % sur le prix du baril pour alimenter un fonds de lutte contre la pauvreté.

Abordant le partage du savoir au sein de la communauté islamique, il a rappelé que l’islam a toujours exalté le savoir et que de nombreux centres islamiques dont Tombouctou ont contribué par le passé au développement de l’humanité. Ces centres peuvent encore aider aux échanges du savoir au sein de la communauté musulmane dans son intervention, le président palestinien Mahmoud Abbas s’est réjoui de l’appel du président Wade à l’unité de ses compatriotes. « Sans l’unité des Palestiniens, notre cause triomphera difficilement« , a insisté à son tour le président palestinien, saluant l’engagement indéfectible de la Ummah islamique pour la cause palestinienne.

Il a rappelé ensuite que ce sont les appels à la paix qui l’ont amené à la rencontre d’Annapolis. Cette avancée est mise en péril aujourd’hui, a-t-il déploré, par les massacres de femmes et d’enfants perpétrés par Israël. « Notre peuple subit une épuration ethnique à travers la construction des murs de séparation et les colonies de peuplement, a dénoncé Mahmoud Abbas. Sans retour des réfugiés, pas de solution au conflit. La colonisation est inacceptable. Nous rejetons toute solution unilatérale. »

Affronter la modernité

Quant au secrétaire général de lONU, Ban Ki-Moon, il a salué l’Organisation de la conférence islamique pour son action en faveur d’une meilleure compréhension entre les religions. Pour lui, rien ne justifie le terrorisme au nom de la religion. Il est tout aussi erroné d’associer l’islam au terrorisme. Abordant la question israélo-palestinienne, le secrétaire général a condamné les violences et les réactions disproportionnées de l’Etat hébreu à l’encontre du peuple palestinien. Il a également condamné les tirs de roquettes visant les civils israéliens, estimant qu’ils participent à l’exacerbation de la situation.

Le président sortant de la Commission de l’Union africaine Alpha Oumar Konaré a, pour sa part, souligné la nécessité pour l’OCI de se réformer pour affronter la modernité et relever les nombreux défis ayant trait à la pauvreté et aux conflits. Il a fustigé l’injustice, l’occupation et l’humiliation que subit le peuple palestinien, appelant au dialogue pour que la Palestine recouvre ses droits.

Parlant de la situation en Somalie, Alpha Oumar Konaré a exhorté à la concertation en vue de la création d’un gouvernement fort. En ce qui concerne le Darfour, il a estimé que seule la réussite du processus de Syrte avec la participation de toutes les parties au conflit peut permettre une paix durable.

Évoquant la situation au Tchad, Konaré a stigmatisé toute tentative de prise de pouvoir par la force, appelant encore une fois à un « dialogue franc pour une paix durable ».

Alpha Oumar Konaré a également abordé l’islamophobie ambiante en faisant allusion aux caricatures du prophète Mahomet (PSL) dans la presse danoise. « Ce sont des groupes marginaux mais qui sont dangereux« , a souligné le président de la Commission de l’Union africaine. Il a critiqué l’attitude des « grands pays qui ne prennent pas le temps d’écouter les autres et qui font du deux poids deux mesures« .

C’est pourquoi il y a tant de défiance à leur égard à travers le monde, a analysé l’ancien président du Mali auquel le président Wade a demandé de rester au service de l’Afrique après la fin de son mandat à la tête de la Commission de l’Union africaine.

B. TOURE
Envoyé spécial – L’Essor

14 Mars 2008.