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Il ne faut pas voir, dans les constatations du Bureau du Végal, une preuve de culpabilité”

“Justice et corruption”. Tel était le thème de ce 58ème Club de la Presse organisé ce samedi 25 Avril 2009 au Centre du Secteur Privé (CSP) par la Radio Klédu, en collaboration avec la fondation Freidrich Ebert. Le panel de cette rencontre était composé, entre autres, du Procureur de la République chargé du Pôle Economique et Financier, M. Sombé Théra, du Président du Comité préparatoire des Etats Généraux de la Corruption et ancien Premier ministre, M. Modibo Keïta, du Représentant du Bureau du Vérificateur Général (BVG) et de celui du Barreau malien, Me Alassane Sangaré. Au présidium, on notait également le Représentant de la fondation Fiedrich Ebert (partenaire de la Radio Klédu) le Docteur Salabari Doumbia.

Deux journalistes de la Radio Klédu, Kassim Traoré et Celia Dalmeida, assuraient la police des débats. d’entrée de jeu, le juge Sombé Théra a saisi l’occasion pour évoquer les difficultés auxquelles la justice fait aujourd’hui face. Comme toute personne, le juge peut aussi faillir. Pour cela, il faut qu’il soit protégé, dira Sombé Théra. Le juge anti-corruption a tenu ces propos en raison surtout des fortes pressions qui sont exercées sur les magistrats, que ce soit au niveau de son cabinet ou dans son foyer.

Aux dires du juge Procureur en charge du Pôle Economique et Financier, malgré cette situation qui pèse sur les hommes en robe, ils seront toujours là pour veiller aux intérêts de la collectivité. “Gardien du temple, il sera toujours présent pour que force reste à la loi. Le juge a besoin d’être aidé pour travailler sereinement“, a déclaré M. Sombé Théra.

Pour le juge anti-corruption, la force de la justice, c’est avant tout la légalité. En raison des fortes pressions qui sont exercées sur elle, Sombé Théra a laissé entendre que la justice a avant bout besoin d’être comprise, d’être respectée aussi. Car sans une bonne distribution de la justice, la société en souffrira énormément.

Sans dissocier le concept de justice à celui de la corruption, tous les conférenciers ont expliqué les deux notions comme un sujet qui doit retenir l’attention de tout le monde. Le représentant du Barreau malien, lui, en a profité pour se focaliser surtout sur le phénomène de la corruption.

De ses explications, il ressort qu’il y a deux types de corruption : la corruption active et la corruption passive. Me Alassane Sangaré a surtout parlé des différentes formes de situations de corruption auxquelles les citoyens font face. Il s’agit des dessous de table, du favoritisme, du trafic d’influence, de la concussion, de la prise illégale d’intérêt, etc.

Dans son intervention, le Président du Comité préparatoire des Etats Généraux de la Corruption et ancien Premier ministre, M. Modibo Keïta, a évoqué les défis de cette expérience, mais surtout, les attentes des Maliennes et des Maliens.

Selon le Président de son Comité préparatoire, les Etats Généraux de la Corruption organisés par notre pays ont suscité passion et scepticisme chez les Maliens. A l’en croire, l’initiative démontre la volonté des autorités de lutter vaille que vaille contre le phénomène de la corruption.

A ce propos, M. Modibo Keîta a évoqué les nombreuses actions mises en oeuvre pour arriver à bout du fléau. Comme acquis de cette initiative, l’ancien Premier ministre Modibo Keïta a cité la décision prise par le gouvernement d’ouvrir le débat sur un sujet trop sensible et difficile à cerner.

Il a également parlé du tabou qui entourait le phénomène et qui a été levé. Le conférencier a enfin rappelé les recommandations issues de cette initiative et qui touchent tous les secteur de la vie. Le résultat de tout cela contribue à enrichir le patrimoine national de lutte contre le phénomène, dira-t-il.

Les débats auront permis aux conférenciers d’aborder d’autres préoccupations non moins essentielles pour les Maliens. C’est le cas, par exemple, du Bureau du Vérificateur Général (BVG). Selon le Procureur de la République chargé du Pôle Economique et Financier,la justice et le BVG sont tous investis de la mission de service public, mais chacun, dans son domaine de compétence, a-t-il précisé.

A ce propos, le juge Sombé Théra a déclaré, pour éviter toute confusion : “Le Bureau du Vérificateur Général est un Auditeur ; il n’est pas un Officier de Police Judiciaire. Pour tout dire, le Bureau du Vérificateur Général n’est pas un agent de poursuite”. Cependant, la justice a besoin de lui, de son expertise, pour apprécier certains éléments dans la recherche de l’infraction pénale, dira t-il.

Il ne faut pas aussi voir, dans les constatations du Bureau du Vérificateur Général, une preuve de culpabilité”, a-t-il également averti. Le juge Sombé Théra, qui faisait ainsi allusion à la grande confusion qui se fait à ce niveau, a également tenu à souligner que dans une affaire, il n’y a jamais eu un classement sans suite, chaque fois qu’il y a l’existence de l’élément infractionnel.

Le Procureur de la République aussi ne reçoit jamais des rapports du BVG ; mais il reçoit des renonciations. Et c’est sur cette base que le justice doit suivre. Les dénonciations faites par le BVG sont d’une extrême utilité pour la justice, a tenu a informé le juge Théra qui a déploré la mauvaise interprétation qu’on donne à certaines situations entre le Parquet et l’institution de vérification (BVG).

Au cours du débat, les conférenciers ont unanimement reconnu que l’Etat déploie d’énormes efforts pour endiguer le fléau de la corruption, même s’ils reconnaissent que beaucoup reste encore à faire. Pour le Procureur de la République Sombé Théra, il n’y a pas lieu de désespérer de la justice malienne.


Laya DIARRA

27 Avril 2009