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Solo Niaré, Malien d’origine, vient de publier chez l’Harmattan, deux ouvrages intitulés : « La tirelire de maman » et « Le temps d’un mensonge ». Ecrivain très mal connu au Mali, nous lui avons posé des questions pour en savoir plus sur lui et sur ses œuvres.


Les Echos : De quoi parlez-vous dans vos livres et qu’est-ce qui a guidé ce choix littéraire ?

Solo Niaré : J’ai été d’abord confronté à un besoin de textes pour enfants africains au cours d’une animation théâtrale dont j’avais la responsabilité à l’Alliance française. Vu le peu d’éléments disponibles, à l’époque, et surtout vu la démarche d’interprétation des sujets traités dans les œuvres existant qui ne répondaient pas à mes aspirations, j’ai eu l’idée de m’essayer à ce genre littéraire pour mes petits élèves composés d’enfants d’expatriés et de locaux.

Je me suis alors penché sur deux mythes et deux traditions sur comment gagne-t-on les bébés. En occident, on raconte aux tout-petits que c’est une cigogne qui livre les bébés aux parents, et en Afrique, je me rappelle qu’on me disait que les parents les achetaient au marché. Un enfant, dans ma vision des choses, n’avait-il pas le droit de donner sa lecture des faits ? A mon avis oui !

Et le fait de les côtoyer sur une bonne période m’a permis de faire le feed-back sur la logique d’agencement des idées dans la tête d’un enfant. Cette extraordinaire faculté des enfants d’imager tout, autour d’eux, en fonction de leur vécu, donne des résultats absolument dignes de mérite. Avec les années, nous avons perdu cette spontanéité. C’est donc cela l’idée de départ de « La Tirelire de maman ».

Le temps d’un mensonge est une prise de position et la manifestation d’un ras-le-bol de la conduite de certains des gouvernants de nos républiques tropicales. Voir ces dictatures qui profitent des outils républicains pour réconforter leurs assises et museler le peuple ne pouvait pas laisser indifférent.

Passer par l’absurde pour dénoncer et me démarquer de cet outrage à toute une génération me semblait être une des bonnes formules pour toujours sonner l’alarme. Il est temps pour l’Afrique de franchir ce pas, les Etats latino américains à partir desquels, à mon avis, nos dictateurs se sont inspirés pour imposer ces régimes à leurs pays n’existent plus, car ils ont senti la nécessité d’aller vers des gouvernances profitables au peuple, synonyme de stabilité.

Ne nous le cachons pas, dans tous ces pays aujourd’hui au sud du Sahara, pourquoi la période des élections est-elle toujours synonyme de période de turbulences, c’est qu’il n’existe vraiment pas une histoire d’amour entre ces dirigeants et Dame Election, qui est la plus belle de Démocratie (pays). Le temps que les œuvres soient disponibles en librairie au Mali, si ce n’est pas déjà fait, elles sont accessibles sur le site des éditions Harmattan.

Les Echos : Pourquoi ne pas vous faire éditer au Mali ?

S. L. : Une bonne question. Je n’ai pas vu assez d’informations sur les éditeurs maliens. Vous savez, Internet est un extraordinaire lieu de se faire connaître, j’ai eu du mal à trouver un éditeur qui me convenait. C’est pas que j’avais l’arrogance de me sentir supérieur à un éditeur ou un autre, je n’ai pas eu, en fait, assez d’informations sur les catalogues, sur les œuvres déjà éditées par eux, sur leurs écrivains, en bref pleins de questions sans réponses. Je ne pense que cette éventualité ne puisse pas être envisageable un jour, ce sera avec grand honneur.

Les Echos : A quand le prochain livre ?


S. L. :
Un grand écrivain qui restera à jamais une référence pour moi, Williams Sassine, me disait chaque fois, qu’il ne suffisait pas seulement d’être édité, mais que l’essentiel se trouvait dans la suite que tu proposerais à tes lecteurs : répondre à leurs attentes, ne pas les décevoir, les surprendre toujours, qu’ils sentent ta plume qui s’affine, de la suite dans tes idées, qu’ils se sentent acteurs dans ton évolution.

Et cela ne se brocante pas du jour au lendemain, il faut travailler de façon acharnée. De toutes les façons, c’est le travail qui paye toujours et ça c’est une vérité universelle.

J’ai donc ce souci présent dans mon quotidien, je travaille tant que je peux et le salaire n’est plus très loin, j’ai des manuscrits déjà terminés et des projets d’écritures en plus des offres de résidence qui me sont faites. Donc le prochain, c’est au bon vouloir de mon éditeur (rires) le temps qu’il amortisse suffisamment son investissement.

Ah, c’est les affaires hein ! J’ajouterai aussi, au bon vouloir des lecteurs qui, il ne faut pas l’ignorer, font et défont les écrivains, c’est surtout eux qui te plébiscitent, qui te motivent. Une œuvre sans accueil enthousiaste des lecteurs est vouée à un avenir de mise au pilon immédiate en un rien de temps.

Les Echos : êtes-vous en contact avec d’autres écrivains Maliens ?


S. L. :
Je souhaiterais de tout cœur avoir le maximum de contacts qu’il faut dans le milieu littéraire malien, je vous avoue qu’à ce niveau, j’ai horriblement accusé du retard, j’en ai honte. Profiter de leurs expériences ne peut être qu’enrichissant pour des écrivains comme nous. Je le redis, le fait de n’avoir pas eu de contacts à ce niveau jusqu’ici n’est non seulement pas flatteur, mais c’est honteux, je m’en excuse.

Veillez le leur transmettre humblement. Seulement, je trouvais trop prétentieux, à l’époque, de me hisser à leur niveau et même là, c’est parce que je viens d’être édité que je peux me prendre pour un écrivain confirmé, il faut que je le confirme par d’autres œuvres encore mieux abouties que celles-ci.


Propos recueillis par

Alexis Kalambry

Encadré

Une vie entre Paris et Conakry

Solo Niaré, fils d’un Malien, Dramane Niaré et d’une Guinéenne, a quitté le Mali lorsqu’il était encore enfant pour suivre sa mère en Guinée. « Je garde d’agréables souvenirs de cette enfance entre ces maisons à l’architecture encore soudanienne et ces rues très géométriques et fréquentées de Niaréla et de Bagadadji », dit-il.

A Conakry, Solo poursuit ses études déjà entamées à Bamako (Quinzambougou, Opam). Après le DEUG en math à Conakry, il s’oriente en informatique où il se spécialise en infographie à Orsys en France. Il a été informaticien en charge de la production des supports de communication et du site web du Centre culturel Français à Conakry pendant plusieurs années.

« C’est pendant ces années que je profite de cette proximité avec la culture pour m’essayer à l’écriture et surtout au théâtre. Plusieurs tournées et festivals à mon actif avec pas mal de groupes en France jusqu’à la publication de ces deux œuvres « La tirelire de maman » et « Le temps d’un mensonge » en juin 2008 », dit-il.

Avant la publication de « La Tirelire de maman », il l’a longtemps interprété sous forme de one man show sur plusieurs planches en Afrique comme en France. La pièce reste d’ailleurs demandée par plusieurs salles. « Nous sommes en train de voir avec un tourneur comment lié un planning de tournée à celui de la promo de l’ouvrage », affirme Solo.


A. K.

09 Juillet 2008