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A 46 ans, l’ancienne entraîneuse de l’équipe féminine de basket-ball du Djoliba ne regrette pas d’être passée par là. Ex-joueuse du Djoliba et actuellement adjointe de l’entraîneur des basketteuses de la même formation, Sokona Sissoko, revient dans l’interview ci-dessous sur ses souvenirs et les contraintes de la profession d’entraîneuse.

Les Echos : Comment devient-on entraîneuse de basket-ball ?

Sokona Sissoko : Je suis Sokona Sissoko, ex-basketteuse du Djoliba. J’ai fréquenté l’Institut national des sports actuel INJS. Je suis professeur d’éducation physique mais je n’exerce pas cette fonction.

C’est cette année que le Djoliba m’a sollicitée pour être entraîneuse adjointe de l’équipe. J’étais entraîneuse avant que je ne me marie, mais à cause de la maternité j’avais arrêté. C’est seulement cette année que j’ai repris. Pour revenir à votre question, je dirais que pour devenir entraîneuse de basket, il faut savoir d’abord jouer et connaître les règlements de la discipline.

Les Echos : En tant que femme comment vous-vous sentiez dans la peau d’une entraîneuse ?

S. S. : Je me sens parfaitement à l’aise parce que j’aime ce sport.

Les Echos : Aviez-vous rencontré de problème d’ordre social dans l’accomplissement de votre mission ?

S. S. : Au Mali quand on est marié, on n’est plus libre. J’ai accouché de ma première fille au moment où j’entraînais le club mais j’ai arrêté parce que je n’avais pas le temps.

A ce moment-là, l’entraînement commençait à 18 h pour prendre fin à 20 h 30. Pour une femme mariée, ce n’était pas facile et c’est la raison pour laquelle j’avais arrêté. Présentement, je suis une femme libre après mon divorce. Au Mali, pour qu’une femme soit entraîneuse ce n’est pas facile.

Les Echos : Avant d’être divorcée comment conciliiez-vous ce métier et la vie de ménage ?

S. S. : J’aimerais rester dans mon ménage car, c’est à cause du mariage précisément que j’avais arrêté. C’est pour vous dire que c’est difficile de mener une carrière d’entraîneur et de femme au foyer. Les basketteuses que j’avais dans les années 1992-1993 ne sont pas les mêmes que celles d’aujourd’hui. C’est pourquoi j’ai dit aux Djolibistes d’engager un autre entraîneur à mes côtés.

Les Echos : Est-ce à dire que la fonction d’entraîneur et le mariage ne peuvent pas aller de pair ?

S. S. : Ils peuvent aller ensemble à condition que votre mari soit du milieu. Sinon, ce n’est pas facile du moins, au Mali. Si votre époux évolue dans le milieu, les choses peuvent marcher facilement. Mais si tel n’est pas le cas ce n’est pas facile.

Les Echos : C’est par amour du métier que vous avez divorcé ?

S. S. : Ce n’est pas à cause de ma fonction que j’ai divorcé d’avec mon mari il y a 3 ans. Mais, je suppose que c’est parce que les responsables du Djoliba ont su que je suis divorcée qu’ils m’ont fait appel. Au départ, j’étais réticente pour la simple raison que j’habite loin (Magnambougou) et les mentalités des jeunes ont également changé.

Les Echos : La fonction d’entraîneur nourrit-elle son homme ?

S. S. : Oui ! Je vous avoue en toute franchise que le Djoliba est un club très bien organisé. Grâce au Djoliba, j’ai une moto pour mes déplacements. Et les frais d’essence sont pris en charge par l’équipe. Ce n’est pas facile, mais c’est un bon départ et il faut s’y mettre.

Propos recueillis par

Mohamed Daou

11 Juillet 2008